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Notre téléphone a 125 ans

22 mai 2008, 00:00

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Vingt-cinq lustres ou cinq quarts de siècle pour notre téléphone non seulement fixe mais de plus en plus portable, mobile, multifonctionnel même puisqu?il peut tout aussi bien photographier, filmer, pornographier, servir de téléviseur et d?ordinateur de poche et tout cela avec la simplicité d?un jeu d?enfant. Comprenez par là qu?un enfant est d?instinct à l?aise dans ce clavier-labyrinthe tandis que ses parents, élevés dans le culte de la logique cartésienne, sont encore à essayer de comprendre un mode d?emploi, traduit du japonais en français avec l?aide de l?ordinateur, dans le respect du mot à mot et de nos comptines scolaires : la line = dimoune ; ananas = panier poule ; ou même = femme ; bell = la closse. Cogito ergo sum se traduit désormais par «je clic donc je suis» (la tendance).

Notre Mauritius Telecom a-t-elle fêté ses 125 ans ? Si oui, elle s?est bien cachée pour le faire. Rien de comparable avec le faire-part de ses fiançailles avec Orange, «fiançailles» étant, bien sûr, un euphémisme, nous évitant de parler, ici, d?ingestion. S?il n?y a pas eu de célébration des 125 ans du téléphone à Maurice, on peut y voir une influence déterminante de la couleur orange, ayant déjà dissuadé le MSM de Pravind de fêter son premier quart de siècle d?existence. Ce n?est pas pour rien que Prem Jughroo a brocardé, lors des premiers cent ans de Keerodhur Ramjuttun, jeudi dernier, à la Vallée-des-Prêtres, Sarat Lallah, présentement directeur du MT, après avoir été le secrétaire général du PTr, en soulignant, avec humour, son passage du rouge à l?orange et en lui souhaitant la bienvenue dans l?orangeraie ou, plus frileusement encore, dans l?orangerie.

Mauritius Telecom, affichant plus de deux milliards de profits, ne peut quand même pas prétexter des difficultés financières, du type fonds solaire, pour justifier une prétendue incapacité de célébrer 125 ans de téléphone à Maurice. Elle laisserait alors le champ libre à la concurrence. Ce prétexte serait d?autant plus volatile qu?il y a un quart de siècle, avec un chiffre d?affaires, des profits, une autonomie administrative moindres, les services des Télécommunications, alors logés dans un modeste immeuble en pierres de taille à un étage ? immeuble ayant quand même abrité l?aspect le plus courtelinesque de la carrière des deux grands poètes que sont Emmanuel Juste et Malcolm de Chazal ? purent mettre sur pied un programme spécial et étoffé d?activités pour marquer autant leur premier siècle d?existence que la journée mondiale des Télécommunications (17 mai de chaque année).

L?on doit à Graham Bell, un spécialiste d?équipements auditifs pour sourds, la mise au point, en 1876, de l?appareil téléphonique. Son invention devient système téléphonique deux ans plus tard (1878), avec une installation, aux Etats-Unis, regroupant 21 abonnés. Cinq ans après, en 1883 donc, le téléphone devient réalité à Maurice, grâce à l?installation d?un câble téléphonique reliant le château du Réduit, où réside le gouverneur Georges Bowen, et l?Hôtel du gouvernement au Port-Louis où travaillent ledit Bowen et tous les fonctionnaires appelés à assurer avec lui le bon gouvernement de Maurice. Les louables efforts de Bowen pour introduire le téléphone à Maurice sont bien mal récompensés car la célèbre rue Téléphone, à Beau Bassin, porte en fait le nom de son successeur, Frederik Napier-Broome, le premier gouverneur à visiter Rodrigues. L?inauguration du premier central téléphonique au Port-Louis a lieu le 19 octobre 1883. L?on compte alors 18 abonnés. L?on pense que ce central se trouve alors à la rue de La Comédie (aujourd?hui Félicien-Malefille) et fort probablement dans l?immeuble appartenant à Abdullah and Sons qui vient de s?effondrer (voir l?express de mardi dernier). L?initiative d?introduire le téléphone revient, à Maurice, à l?Oriental Telegraph Company qui verse des redevances au gouvernement sur ses revenus.

En 1900, le central est toujours au Port-Louis et compte 70 abonnés. En 1912-14, l?Oriental Telegraph déménage et s?installe à la rue du Rempart (aujourd?hui Edith-Cavell). Rose-Hill et Curepipe ont alors leur propre central. Moka meurt d?envie d?imiter leur exemple. La nationalisation vient en 1938 avec la création du Electricity and Telephone Department. Cinq centraux desservent alors 666 abonnés. Le service téléphonique s?étend aux régions rurales. On atteint 3 500 abonnés en 1947. En 1962, les centraux de Rose- Hill et de Port-Louis passent à l?automatique. Dix-sept centraux desservent 6 300 abonnés. En 1975, Cable and Wireless inaugure sa station terrienne aux Cassis. En 1976, l?on inaugure le central de Floréal. On introduit, en 1978, les centraux électroniques temporels et les faisceaux hertziens, en 1981.

Ce rappel historique ne tient pas compte, bien sûr, des données du tam-tam africain, du téléphone arabe ni du téléphone créole (deux boîtes de cigarettes capstan, reliées par une ficelle).

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