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Notre combat à tous !

26 janvier 2008, 20:00

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La population est angoissée, elle peur. La raison serait le climat de violence et le profond sentiment d?insécurité qu?il suscite. Ce climat et ce sentiment ont-ils des fondements objectifs ? Ou est-ce qu?ils cristallisent tout le mal-être actuel ? Il appartient aux autorités, avec l?aide des experts, de prendre la réelle mesure du problème. Si ce qui est en jeu ce sont les fondations sur lesquelles repose le vivre-ensemble mauricien, nos responsables doivent se garder des pirouettes. On ne peut tolérer les pyromanes qui sont à l??uvre, car cela revient à les encourager. Il faut empêcher que les gangs prennent en otage la république mauricienne.

Dans la période de transition ? délicate et difficile ? que connaît le pays, les rapports intercommunautaires sont fragilisés.

À force de répéter qu?on est assis sur une poudrière sociale, ce constat grave, sa signification et ses conséquences se trouvent presque banalisés. Les événements entre Vallée-des-Prêtres et Cité-la- Cure autour d?une agression sur un bijoutier, et ceux à Plainte-Verte (autour d?un contentieux entre deux marchands ambulants de différentes communautés), ainsi que les risques réels de dérapages en conflits opposant musulmans et créoles, doivent nous interpeller individuellement et collectivement. Commençons par mesurer le sens, la portée et les conséquences de nos paroles et de nos actes.

Le pays a la chance d?avoir en son sein ces travailleurs sociaux et autres personnes qui ont tout fait et vont tout faire pour calmer les esprits et éviter ainsi un quelconque dérapage dangereux. L?initiative d?instituer une plateforme pour l?harmonie et la paix animée par l?ex-président de la République, Cassam Uteem, est fort louable. La question de la violence et de l?insécurité ne peut être une affaire de politique partisane. Un consensus national sur la question est nécessaire.

Les agressions liées au vol de biens tant dans les endroits publics que dans les résidences, semblent prendre des proportions inquiétantes : agressions à l?arme blanche, commerces attaqués, maisons et campements cambriolés, touristes détroussés et violentés, policiers agressés. On a manifestement franchi un palier avec l?existence de bandes organisées, de gangs qui ont une logistique et opèrent en réseaux avec des malfaiteurs impliqués dans d?autres trafics ? prostitution, drogue, recel.

Ici, il convient d?attirer l?attention sur un aspect du développement de la violence organisée, à savoir les liens organiques existant entre partis politiques et gros bras, dont certains sont membres de gangs. Dans les incidents de la semaine dernière, d?aucuns disent qu?on aurait assisté à un autre épisode de « Guvernma dan nou la main », soit d?agissements de personnes qui se croient au-dessus des lois en raison de la protection que leur confère leur proximité avec les puissants du jour.

Une des premières missions d?un gouvernement est d?assurer la sécurité de tous ses citoyens et de tous ceux qui se trouvent sur le territoire national. Et c?est à la police qu?incombe cette responsabilité. Dans le débat sur la situation du « Law & Order », il a beaucoup été question du rôle de la police et du commissaire de police, Mahen Gopalsingh. Ce dernier est sorti de sa réserve pour dire qu?il sera « ruthless » pour faire respecter l?ordre public. La situation actuelle exige sans aucun doute de la force policière des actions fortes, fermes et réfléchies. Il convient d?apprécier comme il se doit la façon dont la police, avec à sa tête sur le terrain Jean Bruneau et V. Appadoo, a géré et su maîtriser la situation à Port-Louis. Ceci étant, les aspects problématiques non seulement de la direction, mais de l?ensemble de la force policière, ne peuvent être occultés et exigent d?être résolus dans les plus brefs délais. Il y a besoin d?une réelle politique résolument volontariste.

Au-delà d?une police performante, des initiatives de prévention sont nécessaires si nous voulons trouver des solutions durables à moyen et long termes pour combattre la violence. Une étude en profondeur de la problématique de la violence sous toutes ses formes s?impose. Il y aurait, selon Rama Valayden, une initiative dans ce sens qui serait rendue publique bientôt. On est en droit d?attendre de ceux à qui a été confiée cette responsabilité qu?ils ont bien cerné la complexité de la question et ses différents volets par des analyses appropriées, afin de situer tant les niveaux de responsabilité, que les mesures à prendre, les orientations à dégager et les politiques à conduire.

Aucune étude sérieuse sur la violence ne peut faire l?impasse sur le paysage social et les dynamiques qui l?animent : inégalités sociales croissantes, frustrations engendrées par la société de consommation et le matraquage publicitaire, crise de valeurs et absence de repères, avec le règne de l?argent roi et le triomphe du « bling bling », formes d?exclusion et de précarités, développement de zones et d?espaces de non-droit, « corruption » des élites, aveuglement partisan et ses pratiques qui transforment l?État de droit en État de passe-droits.

Il ne faut pas se faire d?illusion, les problèmes associés à la violence sont complexes et la politique pour la combattre doit être multiforme. S?il incombe d?abord et avant tout aux autorités gouvernementales et politiciennes d?assumer pleinement leurs responsabilités, reste que c?est aussi notre combat à tous. Chacun d?entre nous, en tant que citoyen, et/ou membre d?une institution, peut et doit activement apporter sa contribution pour aider à assainir le climat social ambiant. En cette année de 40e anniversaire de l?indépendance, nous devons gagner la bataille contre la violence qui peut saper les bases du vouloir vivre-ensemble mauricien, notre bien commun le plus précieux.

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