Publicité

Nicolas Ritter: «C’est souvent la connerie qui me met hors de moi»

1 décembre 2008, 01:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

Nicolas Ritter: «C’est souvent la connerie qui me met hors de moi»

Constamment sur le devant de la scène, dans les médias comme sur le terrain, Nicolas Ritter ne mâche pas ses mots, fascinant certains et irritant d’autres. Confidences de l’homme qui a déclenché la lutte contre le VIH/sida à Maurice.

Qui est Nicolas Ritter en dehors de PILS, CUT, Ravanne Plus…?

Je reste moi-même. Je suis assez simple, je ne me prends pas trop la tête et j’essaye de prendre de l’altitude par rapport aux choses. Je suis honnête envers moi-même et surtout envers les autres. J’ai 40 ans, je suis célibataire, un peu bordélique, pas suffisamment sportif. J’aime les bonnes choses et je crois en profiter relativement bien. Je peux dire que je suis chanceux. Parce que je suis entouré de mes parents, mes amis, les personnes qui m’ont aidé à m’accepter comme je suis. Je pense que c’est un vrai privilège de pouvoir être ce que je suis vraiment, sans jouer la comédie. A Maurice, nous sommes segmentés selon notre culture et religion et il y a de nombreux tabous tout autour qui font que les gens essayent d’être ceci ou cela pour faire plaisir à leurs parents, à leurs amis et leur communauté. Et en fin de compte, nous avons plein de gens malheureux et hypocrites.

Qu’est-ce qui vous a poussé à révéler votre séropositivité en 2001, cinq après avoir fondé PILS, sept ans après avoir découvert que vous avez le VIH/sida?

En fait, ça faisait un moment que je voulais partager à l’échelle nationale que j’étais séropositif. Je n’ai jamais vraiment caché mon statut sérologique à quiconque, mais je n’avais pas encore été à la radio ou à la télé pour l’affirmer. Les gens qui comptent pour moi l’ont appris tout de suite. Quand je me suis lancé dans la lutte contre le sida, les officiers du ministère de la Santé l’ont tout de suite su.

Puis, deux facteurs ont causé le déclic pour la révélation de ma séropositivité. (Regarder la vidéo)

Mon but n’était pas de choquer les gens, c’était de les interpeller… Mais, je ne pourrais jamais empêcher les gens de penser et je ne fais pas des choses pour plaire aux autres. Si ça plait tant mieux, si ça ne plait pas, tant pis. Moi, j’ai une mission et j’essaye d’aller jusqu’au bout. Mais, je ne suis pas Mère Theresa non plus. Je ne suis pas dans une totale abnégation. Si je lutte contre le sida, c’est aussi pour moi. En tant que séropositif, je voulais qu’il y ait une prise en charge pour moi et aussi pour tous les PVVIH. C’est très égoïste mais si les claques que je prends à la figure, les expériences que je vis peuvent aider à faire progresser la prise en charge médicale, faire reculer l’ignorance et les tabous, faire en sorte que les gens vivent mieux a ce niveau là, ben allons y.

Comment avez-vous vécu cette annonce?

Je l’ai très bien vécu parce que pour moi, c’était un vrai poids sorti de mes épaules. J’ai eu un vrai sentiment de liberté après avoir parlé publiquement en tant que PVVIH. Maintenant, quand je rencontre les gens, ils n’ont plus de doutes. Il n’y a plus d’ambigüité, de non-dits, de flou. Les gens viennent vers moi, des Mauriciens, et c’est ce qui m’importe parce que Maurice, c’est mon pays et je l’aime.

Quelle espérance de vie a un PVVIH?

Un PVVIH perd 20 années d’après une étude scientifique qui a été publiée dans The Lancet cette année. L’espérance de vie d’une PVVIH dans un pays avec une bonne prise en charge comme en Europe et on va dire que Maurice s’y approche est de 65-67 ans au lieu de 85-89 ans si on n’est pas porteur du VIH/sida. Avant on vivait 10 années au maximum entre le moment où l’on est contaminé et le moment où l’on meurt. Mais il y a encore des gens qui meurent à Maurice parce qu’ils ne vont pas faire le test de dépistage ou parce qu’ils ne prennent pas leur traitement une fois qu’ils sont conscients qu’ils sont séropositifs. Tout ça parce qu’ils ont peur d’être reconnus quand ils vont au dispensaire, ils ont peur de prendre leur médicaments devant leurs copains et leur parents. Ils cachent leur séropositivité. Donc, on est toujours dans la peur, dans la stigmatisation, dans ces préjugés et les gens meurent à cause de ça. Et c’est quand même grave dans un pays où les médicaments sont gratuits, où les traitements et analyses sont accessibles. Dire qu’en Afrique les gens meurent parce qu’ils n’ont pas accès aux médicaments…

Quel regard portez-vous sur vous-même aujourd’hui?

Je suis conscient que j’ai un parcours un peu particulier depuis que j’ai fait un choix de vie par rapport à mon engagement. Aujourd’hui, tout ne fait qu’un, entre moi, ma séropositivité, mon combat, l’association, mon travail, même ma vie personnelle. Mon regard sur moi est que je suis quelqu’un qui bosse excessivement. C’est un reproche qu’on me fait souvent. J’essaie de me remettre un peu en question de temps en temps et de voir si je vais dans la bonne direction. Et j’ai besoin de passion. J’ai besoin d’être dans l’action et dans une espèce de dynamique.

Qu’est-ce que vous détestez le plus dans la vie?

Je déteste l’injustice et ça été un peu ma motivation à la base pour créer PILS. Avant, je piquais de grosses colères mais aujourd’hui, avec l’expérience je relativise. Parfois j’ai des coups de colère et c’est souvent la connerie qui me met hors de moi.

Publicité