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Nicolas, dans les griffes des pédophiles pendant trois ans
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Nicolas, dans les griffes des pédophiles pendant trois ans
À 15 ans cet adolescent traîne déjà un lourd passé. Ses cheveux en bataille dissimulent à peine ses grands yeux marron. Plongé dans la lecture d?une bande dessinée, Nicolas (prénom fictif) ne semble pas enclin à se confier à un inconnu. Ses trois années noires ont instillé en lui une méfiance absolue envers les adultes. Et évoquer à présent ces souvenirs est un exercice douloureux. Comme trop d?enfants aujourd?hui, Nicolas a été victime d?abus sexuels alors qu?il n?avait que 10 ans. D?abord réticent, il faudra un peu plus d?une heure pour qu?il accepte enfin de lever un coin de voile sur son calvaire.
Né d?un père qu?il n?a jamais connu et d?une mère qui, explique-t-il, « ti pe rod la vie », Nicolas a très tôt appris à se débrouiller seul. Déscolarisé, il a commencé par mendier dans les rues de la capitale avant de faire des petits boulots. « Mo ti pe bat bate kot mo gaigne. Enn zour, enn kamouad inn dir mwa ki mo kapav gaign bokou kass si mo conn amen lavi la kouma bizin », murmure-t-il, comme rongé par les remords. C?est à partir de ce jour que sa vie a basculé. Cet « ami », de six ans son aîné, l?entraîne dans le Nord de l?île, avant de le présenter à un homme. « Li ti ena bag dan tou so bann ledoi », se rappelle l?adolescent. L?individu lui présentera, quelques jours plus tard, un touriste âgé qui l?emmènera dans un appartement de la localité. Ce dernier lui fera comprendre qu?il désire avoir des rapports sexuels avec lui contre de l?argent. C?est avec une voix émue qu?il donne une description des attouchements subis ce jour-là. « Ler mo finn sorti la, bolom la inn donne moi Rs 700 », confie Nicolas.
Vivre à peu près normalement
Choqué, il se confie auprès de son « ami » qui lui assure qu?il pourra se faire beaucoup d?argent en acceptant d?accompagner les touristes. « Li ti explik mwa tou sa bann zafer la kouma dir enn kitchoz normal. Premie foi mo ti ena kass la dan mo lamin. » Il se rend, les jours suivants, dans les régions touristiques du Nord pour « accompagner » des touristes, généralement âgés d?une cinquantaine d?années. La situation est toujours la même : l?individu lui présente un touriste, ce dernier l?emmène par la suite dans un appartement ou dans un campement pour avoir des rapports sexuels. Ce calvaire, explique Nicolas, se poursuivra pendant trois ans.
Ce cauchemar aura duré jusqu?à sa rencontre avec un travailleur social qui, après un travail de longue haleine, a su gagner sa confiance et le retirer des griffes de son proxénète.
« Lin finn fer mwa kompran ki sa lavi ki mo pe amene la pa bon. Mo finn realize ki li ena rezon ek mo finn sorti ladan », lâche Nicolas, reconnaissant envers ce travailleur social qui est, depuis, devenu son confident. Ce sont des membres de la famille maternelle de l?adolescent qui ont attiré l?attention du travailleur social sur le milieu dans lequel évoluait Nicolas.
L?adolescent vit depuis chez ces mêmes proches, qui l?ont accueilli sous leur toit. Scolarisé, il réapprend aujourd?hui à vivre à peu près normalement, même s?il lui reste encore des séquelles. Outre la méfiance constante qu?il éprouve envers les adultes qui ne sont pas issus de son cercle familial, Nicolas, laissent entendre ses proches, reste replié sur lui-même. Son niveau scolaire, quoi qu?en dessous de la moyenne générale à l?école, s?est sensiblement amélioré depuis l?année dernière, assurent ses proches, pas peu fiers de lui.
Il lui a pourtant fallu du temps pour trouver la force de refermer cette page sombre de sa vie. Le regard qu?il jette aujourd?hui sur le monde qui l?entoure n?est plus celui d?un adolescent comme les autres. Les quelques illusions qui lui restaient se sont peu à peu effacées tout au long de ces trois années de souffrance.
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