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Neufs et timorés
par Nazim ESOOF
On a eu droit à une certaine abondance de nouvelles candidatures au sein des deux principaux blocs. On s?en est réjoui. On avait ici même insisté sur le fait que les nouveaux candidats ne seront pas soumis au même régime de critique et d?analyse qui est généralement destiné aux anciens. Les jours se sont écoulés. La parole leur a été, dans nos colonnes, abondamment offerte. Ils se sont exprimés. Et, à ce jour, il en est ressorti du bon mais plus souvent du moins bon. Plus prosaïquement, comme de nombreux électeurs, c?est à se demander si on ne va pas voter pour certains candidats qui, une fois élus, vont perdre le don de la parole ?
Ce n?est pas que les nouveaux candidats manquent de talent. Mais ils sont résolument restés dans le convenu jusqu?ici. Il semblerait que la récupération par les structures des partis a été très efficace. A l?image de leurs leaders, les nouveaux ont développé un discours manichéen et sont béatement admiratifs devant ces mêmes leaders. Un certain sentiment de peur également transpire de leurs propos. On y voit la marque de fabrique qui façonne nos politiques traditionnellement. On est bérengiste, ramgoolamiste, jugnauthiste? Et on respecte fidèlement la ligne du parti. Ce qui est tout à fait normal. Mais ce qui l?est moins, c?est cette uniformité dans le discours. C?est ?ad nauseam? le même refrain. Bêtement, ça donne : ?Nous sommes les gentils, ils sont les méchants.?
Il ne s?agit pas ici de faire le procès des nouveaux candidats. Ils sont certes à la hauteur des attentes des partis traditionnels. Mais ils sont à ce stade en-dessous des besoins d?un électorat qui aspire à une autre lecture critique de la chose politique. Lorsqu?ils ont investi la scène électorale, on s?est mis à espérer un choc des cultures mais certainement pas des jeunes qui allaient rapidement devenir des néo-conservateurs et qui allaient marcher aveuglément au son des ordres des caciques.
L?époque des leaders démiurges est donc loin d?être révolue. Pourtant, à un moment où on parle avec insistance du départ prochain de certains leaders, il convient de revoir le fonctionnement des partis. Il est vrai qu?une formation politique vit et s?organise autour d?un leadership. C?est ce leadership qui inspire les hommes et esquisse les grandes orientations du parti. Toutefois, un système qui n?est basé que sur le culte du leader laisse des héritages politiques très pauvres. On l?a vérifié dans le passé. A Maurice, le mécanisme dynastique a été suffisant pour garantir la survie des grands partis traditionnels.
On se rappellera qu?à une époque, certains partis fonctionnaient avec des courants de pensée et de cellules de réflexion, entre autres. Il y avait des tendances au sein des partis. C?était une pluralité de voix qui exprimait des visions multiples et des possibilités diverses pour un pays. Au fil des décennies, la flamme s?est éteinte. Une même philosophie économique. Une même ambition sociale. A quelques nuances près, les partis étaient devenus quasiment interchangeables. S?il y a un service que les nouveaux politiques peuvent rendre à la population, c?est bien celle d?insuffler un nouveau dynamisme aux partis traditionnels.
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