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Ne vous souciez pas des railleries
Cher Rajesh Jeetah,
Je dois l?avouer, j?ai beaucoup hésité avant de vous adresser cette lettre. Hésité, parce que je ne vous connais pas. Hésité, parce que j?ai cru déceler dans vos interventions la modestie, l?humilité, l?intégrité des vrais intelligents. Les gens intelligents ont rarement besoin d?être défendus. Mais quelque chose de plus fort me pousse à refuser de me taire. Il est difficile de s?habituer au mépris ordinaire. Il est impossible d?accepter le mépris institutionnalisé.
Mardi, au Parlement, vous avez été l?objet de moqueries et de railleries qui, depuis votre arrivée démocratique à l?Assemblée, vont en s?accentuant. Non content d?avoir subi une déculottée, ces gens-là semblent vouloir vous la faire payer. Ne vous en souciez pas. Vous ne verrez cela écrit nulle part, personne ne vous le dira, mais ils sont comme ça. Cela fait longtemps qu?ils sont comme ça. Ils ont toujours été comme ça. Ils vous ont attaqué sur votre physique. C?est de leur niveau. C?est une vieille tradition qui se perpétue.
Dans les années 50, il y avait ceux qui traitaient le vieux Ramgoolam de borgne. En 97, il y eut ceux qui parlèrent de la stérilité du jeune couple Ramgoolam, ceux qui le qualifièrent d?ivrogne, ceux qui disaient de leur ?langue de putes? qu?il tabassait son épouse Veena. En 76, ils bavaient déjà sur l?homosexualité de Gaëtan Duval, ramenaient Hervé Duval à un ?bolomme divin?.
Au Parlement, Paul Bérenger traita Navin Ramgoolam de ?caniche londonien?, de batchiara, avant de le supplier quelques mois plus tard de faire alliance avec lui. Son ami Anerood Jugnauth, à qui il avait arraché le micro avec mépris, ce Jugnauth formé à la même école, l?appellerait ?lérat blanc? quelques années plus tard. Il y a quelques jours, Ivan Collendavelloo, qui naguère déballait son linge sale avec élégance et sobriété, a traité l?inspecteur Hector Tuyau de ?Zako?. Ce dernier a, paraît-il, deux gros défauts : il n?a que le CPE et veut faire son métier avec intégrité.
La salissure, cher Rajesh Jeetah, fait partie de leur être profond. Ceux qui ont été contre eux le savent. Rien n?est assez puant à leur goût pour salir ceux qui ont l?esprit libre et ne marchent pas dans leurs combines. Ils peuvent même aller jusqu?à jurer sur la tête de leur enfant pour mieux installer leurs mensonges. Ça ne leur pose aucun problème. Il faut juste le savoir. Cela dure depuis avant 1976 et il n?y a aucune raison pour que ça s?arrête.
Le Premier ministre Bérenger, homme d?une grande finesse, d?une grande culture et d?une immense connaissance littéraire et linguistique, se rit de votre anglais, raillant vos fausses dents dans cette langue raffinée, avec ce bel accent d?homme cultivé qui lui est propre. On se croirait dans un champ de cannes dans les années 60. Mais de grâce, ne l?attaquez pas. Vous risquerez d?être qualifié de raciste. Ils sont dans la logique de leur propre histoire. Vous ne pourrez rien. Vous êtes né dans une famille où les principes, la rigueur, la droiture et l?humanisme sont érigés en valeurs quotidiennes.
Vous voyez bien que vous n?avez rien à faire de ces gens-là.
Je vous souhaite le courage, la patience qui, dit-on, vont même jusqu?à guérir de la pire des gales : celle du mépris.
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