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?Ne tuons pas la poule aux oeufs d?or?
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?Ne tuons pas la poule aux oeufs d?or?
C?EST avec beaucoup d?intérêt que j?ai lu l?entrevue de Kishore Beegoo, parue dans l?édition de l?express du samedi 3 janvier dernier ? entrevue qui suscite chez moi un certain nombre de réflexions :
D?abord, contrairement à ce qu?avance Kishore Beegoo, les hôteliers ne comptent pas que sur les périodes de pointe pour remplir leurs établissements : ils baissent leurs tarifs de haute saison (à ne pas confondre avec la peak, qui est de 40 % plus chère que la haute saison et qui dure 15 jours, entre le 21 décembre et le 5 janvier) de près de 25 % entre mai et octobre (basse saison). Durant cette même période, les compagnies aériennes, principalement européennes, offrent, de leur côté, une baisse timide de leurs tarifs, alors qu?en juillet-août (période des vacances en Europe), nous assistons à une augmentation des tarifs aériens, vu que c?est la haute saison là-bas (mais l?hiver chez nous). Rappelons que cela fait des années que les hôteliers réclament une harmonisation des tarifs à cette période.
Je ne peux qu?être d?accord avec Kishore Beegoo sur Emirates Airlines. Cette compagnie aérienne transporte, en effet, une majorité d?Européens ? au détriment de la compagnie aérienne nationale, certes ?, mais en apportant les sièges qui nous manquent au départ de l?Europe ? avec la contrepartie d?une durée de séjour réduite, due au stop-over à Dubayy.
Kishore Beegoo doit également savoir qu?Air Europe nous a apporté, depuis son arrivée chez nous, 20 000 touristes de plus ? nous plafonnons autour de 30 000 ?, mais il faut préciser que cette clientèle additionnelle est moins riche. À noter que le marché italien, avant l?arrivée d?Air Europe, était pourvoyeur de riches clients, du gratin du marché de ce pays ? ce qui n?est plus le cas aujourd?hui. Si nous avons eu une augmentation en nombre d?arrivées, nous avons, en revanche, maintenant affaire à une clientèle disposant d?un pouvoir d?achat moindre.
Quant à Thomas Cook Airline, l?Allemagne, avec sa structure de voyage très différente des autres pays européens (ses méga tour-opérateurs), que le transporteur aérien soit Lufthansa ou autre, c?est la même clientèle qui nous est toujours parvenue. Il faut savoir que la clientèle allemande nous apporte nettement moins de revenus que le touriste britannique ou français.
C?est pourquoi je persiste et signe : il serait suicidaire pour Maurice d?autoriser sur nos principaux marchés que sont la France et la Grande-Bretagne ? marchés qui ?tirent? le produit Maurice vers le haut ? des expériences aériennes de ce type, car nous tuerons alors la poule aux ?ufs d?or. Ce sont les deux seuls marchés à nous fournir encore des clients riches et où nous pouvons pratiquer un service et des tarifs haut de gamme. N?oublions pas que l?île Maurice a construit toute sa stratégie de destination sur le luxe ? c?est elle la vitrine de Maurice.
Par contre, il est impérieux que la compagnie aérienne nationale fasse le maximum pour apporter le nombre de sièges nécessaires à ces hubs et qu?elle s?arrange pour ?alimenter? ces hubs tant au départ des régions que des pays avoisinants, et ce de façon confortable pour le passager, y compris en faisant des alliances stratégiques.
Enfin, sur la question des hôtels, j?estime que Kishore Beegoo s?avance beaucoup en laissant entendre que nous, les hôteliers, sommes des incompétents et que nous nous cachons derrière l?Irak et le SARS ! Kishore Beegoo devrait avoir une vue d?ensemble plus large que la seule Afrique du Sud ! N?oublions pas que ce pays, qui est extrêmement unsecure du point de vue law and order, n?a pas cette réputation à l?étranger et qu?il est perçu comme sans risque au niveau du terrorisme et donc, contre toute attente, voit ses arrivées du nombre de touristes progresser?
Ensuite, il faut souligner que, comme lors de la première guerre du Golfe en 1991, à Maurice, seuls les hôtels de luxe ont subi les contre-coups de la guerre en Irak, avec les conséquences que l?on sait sur toute l?industrie touristique et l?économie mauriciennes. Cet exemple devrait permettre à chacun de comprendre, comme moi qui ai commencé avec un petit hôtel 3-étoiles, l?importance de l?hôtellerie de luxe pour l?île Maurice. C?est elle qui est le moteur de notre tourisme et uniquement elle. Si elle devait disparaître, il ne faut surtout pas croire que les petits hôtels 3-étoiles ou encore le secteur informel (j?y reviendrai) marcheront mieux. Au contraire, ces derniers verraient leurs tarifs s?amenuiser comme une peau de chagrin, avec des conséquences économiques et sociales graves : faillites, licenciements?
Concurrence déloyale
Quant au secteur informel, Kishore Beegoo n?a que de belles phrases. Encore une fois, en me basant sur mon expérience de ?petit hôtelier 3-étoiles?, je peux lui affirmer qu?alors que j?emploie quelque 90 personnes directement (et deux fois plus indirectement) avec cet établissement et que je m?acquitte des différentes taxes ? taxe à la valeur ajoutée, l?Environment Protection Fee, Tourism Employee Welfare Fund, Fonds national de pension, permis d?opération, Sécurité sociale, etc. ? les campements et autres appartements (secteur informel) offrent leurs services à des prix plus intéressants à nos mêmes clients, et ce sans payer ces mêmes taxes et licences, sans employer ce même nombre de personnes et sans en payer les charges sociales.
J?appelle cela de la concurrence déloyale, de l?économie parallèle et de l?exploitation du personnel. Quant à l?argument que ce sont ces clients qui vont à la rencontre des Mauriciens, je ne peux que rire en lisant cela. Soit vous n?y connaissez vraiment rien Kishore Beegoo, soit vous défendez des intérêts particuliers?
Enfin, terminons par le nombre de touristes. Je suis d?accord avec Beegoo : l?île Maurice peut, doit et accueillera, à l?avenir, 500 000 touristes de plus. Pour cela, il y a certainement des marges dans certains hôtels (en général les petits ou les indépendants mal structurés commercialement), mais l?efficience prônée par Kishore Beegoo ne sera malheureusement pas au rendez-vous, le monde étant loin d?être parfait. Il nous faudra donc des chambres d?hôtels et des villas ? les deux, rappelons-le, sont prévues : les hôtels à Bel-Ombre, Saint-Félix et Les Salines alors que les villas le sont à travers les produits IRS ? et surtout, je l?espère, l?application de la loi (le Tourism Act 2002), qui prévoit que tout opérateur du secteur informel soit répertorié.
Je n?ai personnellement aucun doute que si l?île Maurice touristique continue à se positionner dans le haut de gamme et diversifie ses produits officiellement avec les bungalows-villas ; que si plus d?attention est donnée à nos partenaires traditionnels ? tour opérateurs, lignes aériennes, presse internationale ? au lieu de courir sans cesse derrière les stars, nous devrions continuer à nous développer avec succès dans ce créneau.
Patrice Hardy
?Cet exemple devrait permettre à chacun de comprendre, comme moi qui ai commencé avec un petit hôtel 3-étoiles, l?importance de l?hôtellerie de luxe pour l?île Maurice. C?est elle qui est le moteur de notre tourisme et uniquement elle.?
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