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Ne plus subir
Le miracle mauricien a pris fin il y a des années déjà. Dès le début des années 90, l?usure du pouvoir avait gagné le gouvernement Jugnauth père avant que le PTr ne fasse sombrer la deuxième moitié de la décennie dans une béate léthargie. Le processus de modernisation de la société mauricienne en subissait les contre-effets de front. La mondialisation galopante et un marché local atrophié qui, malgré un nouvel aggiornamento, ne faisait au mieux que de reproduire de vieux modèles de développement, confortait le pays dans l?immobilisme.
C?est dans cette mouvance générale que le pays avançait vers les années 2000. Le politique était de nouveau appelé à accompagner un mouvement qui le dépassait, et la société des affaires autant que la société civile ne montraient guère des signes d?une régénération. C?est alors qu?on pensait le pays condamné à une course perdue d?avance, que les Mauriciens faisaient preuve de caractère. Il ne faisait plus de doute : la société mauricienne était en train de passer de l?adolescence à l?âge adulte. Ce passage entraînait dans son sillage une série d?événements. Les affaires sales remontaient à la surface. Le circuit du crime organisé éclaboussait la fausse morale. Des institutions financières et étatiques chancelaient sur des fondements qui cachaient mal des pratiques souterraines. Les femmes revendiquaient leurs droits. Les personnes accompagnant celles atteintes de troubles physiques ou psychiatriques faisaient ressortir le dysfonctionnement d?une société incapable de prendre en charge, voire seulement d?aider les plus vulnérables. Parallèlement, d?autres forces se manifestaient bruyamment plaidant pour le statu quo. Un vent de folie soufflait dans tous les sens. On criait à un État fragilisé et subissant de toutes parts des lobbies multiples. Cet État maintenait, pour ne pas être submergé, en état de vie artificielle des secteurs et des institutions déjà condamnés. On pouvait craindre le pire.
Mais, signe que le pays devenait adulte, la société mauricienne intériorisait mieux les conflits qui la taraudaient. Un régime rigide de rigueur semble lui avoir appris la patience. Son conservatisme se laissait mettre à l?épreuve de nouveaux paris. Le temps jouait contre elle. Il fallait aller vite. Et la société mauricienne a effectivement fait très vite. D?abord en relativisant les choses. En acceptant ensuite une normalisation économique et institutionnelle. Enfin, en se soumettant à un réformisme parfois osé et souvent plutôt velléitaire.
Cette société sort aujourd?hui grandie de cette aventure. Si, pour les politiques, il s?agira dans quelques semaines de se prononcer pour un camp ou un autre, par contre, pour la population, il est avant tout question de sa faculté à éperonner continuellement les forces qui la composent. C?est en cela que, quels que soient les résultats des prochaines législatives, une partie du pari est déjà réussie. Lorsque le leader de l?opposition affirme que l?idée d?une île hors taxes n?est pas mauvaise en soi, c?est le signe qu?il a compris que la population tient au mouvement. La fatalité et l?immobilisme ne font plus loi. Ce pays a retrouvé un dessein. Une envie. Le désespoir d?une vision.
C?est le principal enseignement à tirer des événements de ces derniers jours. L?industrialisation classique a fait son heure. Les stupides cours de rattrapage économiques ne mènent évidemment à rien. C?est à l?État de faire des choix. C?est à la population de les assumer. Elle les porte lorsqu?elle a une ambition. C?est ce goût de l?ambition qui a été retrouvé. Ceux de nos politiques et de nos leaders économiques qui n?aspirent qu?à s?accrocher aux colifichets du pouvoir manquent singulièrement d?imagination pour prétendre à la confiance de cette population.
Il fallait créer une nouvelle atmosphère pour se battre contre la société à plusieurs vitesses. Il fallait un objectif, même si nous n?avons pas encore les moyens de l?atteindre. Au moins nous ne nous sentons plus impuissants et condamnés à subir?
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