Publicité
?On ne fait qu?écouter l?enfant et puis noter sa poésie?
Par
Partager cet article
?On ne fait qu?écouter l?enfant et puis noter sa poésie?
Michèle Guérandel, directrice du Centre d?éducation préscolaire (CEP) de Quatre-Bornes, a présenté, du 6 au 10 juillet 2004, au Centre culturel Charles Baudelaire, l??uvre de ses 120 élèves-poètes, une exposition titrée La Poésie des Enfants. Elle nous partage l?expérience vécue avec ses élèves et ses éducatrices, de l?initiation à la poésie, de l?exploration de l?imaginaire des petits, de l?accompagnement de cette enfance vierge vers l?éclosion de ses images, et son ouverture aux poètes adultes.
Après l?expérience ?Les Masques en Fête? de 2003 au domaine les Pailles, quel a été l?élément déclencheur de ?La Poésie des Enfants? 2004 ?
J?ai écouté les enfants partager leurs réflexions et leurs impressions sur leurs masques. La fraîcheur de leurs pensées et la simplicité de leurs mots m?ont fait penser à la poésie. Un facteur déterminant pour cette activité choisie est le fait que l?enfant, à la maternelle, n?a accès à la lecture et à l?écriture qu?après son passage chez nous. Ce qui lui laisse toute la fraîcheur de ses propres images, non influencées par ce qu?il apprendra.
Comment initiez-vous l?enfant à la poésie ?
D?abord, il y a les recherches. Savoir moi-même, par expérience, ce qu?est la poésie à travers la lecture de différents auteurs ? tels que Verlaine, Prévert ? et d?auteurs Mauriciens. Puis le passage de cet enrichissement aux maîtresses, les inciter à lire, sans leur donner un mode d?emploi précis. On passe ensuite aux enfants. A l?heure de la poésie, calés entre des coussins, ils écoutent des textes lus de différentes façons : frappés, rythmés, chantés? avec une voix douce, forte, mielleuse? pour les faire rêver et développer leur sensibilité à la poésie.
Etes-vous alors rendue au moment de l?exploration de l?imaginaire de l?enfant ? Celui de sa propre expression poétique ? Comment vous-y prenez-vous ?
On prend chaque enfant individuellement, pour éviter qu?il ne soit influencé par la pensée des autres. Car certains parlent beaucoup. Il est face à la maîtresse, dans un environnement choisi : soit la cour de l?école, après un jeu précis, ou la salle de classe, où il a été imprégné du thème vécu, avec les images aux murs. Ou encore, les yeux fermés. On lui demande alors d?une toute petite voix : ?Que vois-tu ?? Et l?élève a des images. On ne fait qu?écouter l?enfant et puis noter sa poésie. C?est l?enfant qui est important.
Ces images sont-elles livrées en vrac ? Ou construites ? Qu?en faites-vous ?
Ce sont des émotions transcrites parfois en vrac, parfois construites, dépendant de la sensibilité et de l?imaginaire de l?enfant. Le travail est presque déjà fait. Dans certains cas, en déplaçant un mot ou une phrase, on donne un sens. Chaque expérience est tapée sur une feuille A3, laissant à l?enfant l?espace nécessaire à son illustration libre de son poème à travers différentes techniques d?arts plastiques.
Notre récompense est le partage culturel avec tous les élèves et toutes les maîtresses. Je lis les poèmes en modulant ma voix. L?image inattendue de leur création enchante les élèves. Ils sont fiers et heureux, parce que valorisés. Suit la sortie pédagogique en présence des parents, pour les introduire au monde des poètes adultes en action. J?avais contacté Sedley Assonne des ?Plumitifs Asso-ciés? à ce sujet. Les élèves ont alors pu les écouter à La Maison du Poète et échanger.
Comment avez-vous procédé au choix du lieu où exposer les poèmes de vos élèves et passer au ?dire? public ?
Comme notre activité ?Les Livres d?Art? avait eu lieu à la bibliothèque municipale, les ?Tableaux? à la galerie Max Boullé, et ?Les Masques en Fête? au musée des Masques, j?avais espéré, pour créer des repères au niveau de la poésie, obtenir la Maison du Poète. Mais elle n?était pas disponible. Nous avons donc exposé au centre Charles Baudelaire.
Du partage culturel entre vous à la récitation en public, comment cela se passe-t-il ?
Nous avons choisi quelques élèves de la grande section pour la récitation des poésies. C?est le stade ?Lire sans mots?, avec des images comme repères. Ces fiches de ?lecture sans mots? inciteront nos élèves à rechercher plus tard la poésie aussi dans des livres. Ce qui est notre finalité. Ces mêmes fiches pourraient servir aux maîtresses d?écoles primaires comme apprentissage de la lecture. Les enfants liraient avec des images, sans utiliser mécaniquement des mots qu?ils pourraient ne pas comprendre.
Extraits
De ?La Poésie des Enfants? à ?La Lecture Sans Mots?
- Cent-vingt petites graines sont tombées d?un arbre. Michèle Guérandel et ses éducatrices de la maternelle du CEP les ont arrosées jour après jour pour qu?éclose la plante que recèle chacune d?elle. Elles sont aujourd?hui un jardin parsemé d?arbustes en fleurs. Près de 120 poèmes illustrés ont laissé dans leur sillage, la semaine dernière au CCB, le parfum d?une enfance éblouie.
Nous vous proposons une traversée d?imaginaires aux images variées, fraîches comme la rosée de l?aube. Et vous offrons, à travers une ?lecture sans mots?, hors des sentiers battus, les sonorités savoureuses d?un éveil au monde.
Alors qu?aux alentours de la petite Léa, le joujou se fait panacée, ?Joujoux pour jouer ? joujoux pour bébé ? joujoux pour dormir ? joujoux pour peindre - joujoux joujoux?, Alex plonge dans l?inconscient de ses cinq ans et en ressort riche de symboles, son papa dans une feuille.
La poésie de la pluie de Zakariya rappelle qu?à cette heure, ?le courpas sort ? le crapaud sort ? le rat sort ? ?mais?, lui, rentre. Chloë a passé une année avec papa qui travaille à Mahé avant de retrouver son île natale. Son imaginaire en est heureusement marqué :? A Mahé ? Il y a des gâteaux ? Il y a des poissons ? Il y a de l?eau.?
Mais un raccourci, bien que séduisant, chute abruptement dans la réalité d?une peine d?enfant. ?A Mahé ? Papa est à côté.?
Vivant de mouvement, Ashfaq a l?ouïe intacte. ?Pip pip ? Fait l?auto ? Broume broume ? Fait la moto ? Pin pon fait le camion - Bye bye dit maman.? Et Jesha, du haut de ses trois ans ?cherche Cling Cling ? Cling Cling est tombé?.
Si les petits poètes partagent souvent leur environnement, ils restent quelque part accrochés à la fabuleuse aire des images, l??il émerveillé d?enfance. Et Alicia, la benjamine, deux ans et demi, ?Si Site pour écouter les oiseaux?.
Pourtant, quittant l?aire merveilleuse des Zakariya, Jesha, Ashfaq, il arrive que Rowan vous arrache une larme. ?Je pleure et des larmes ne coulent pas ? Les lions creusent la terre ? Et mettent quelqu?un dedans ? Ils le recouvrent de terre ? Mon ami est mort?. Mais, soudain, l?enfance revient. ?Le moustique pleure?.
Propos recueillis par Jeanne Gerval-Arouff
Publicité
Publicité
Les plus récents