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NATACHA « Mo ti ena lambisyon ? »

5 mars 2005, 20:00

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Drapée dans sa robe d?été rose bonbon, les canines en or bien visibles, Natacha Rangasamy, 24 ans, est vraiment décidée. Elle veut coûte que coûte récupérer ses Rs 406 000 gelées à la Mauritius Commercial Bank sur les consignes de l?Independant commission against corruption (Icac).

Son bébé de six mois dans un bras, son téléphone portable dans l?autre main, elle passe en revue sa semaine mouvementée en présence de ses parents dans leur modeste maison nichée entre les blocs difformes et sans couleurs de Cité Briquetterie, à Ste-Croix. D?une voix pleine d?assurance, la jeune femme jure par tous les saints qu?elle a été lésée par la commission anti-corruption. Depuis mardi, elle n?est pas encore parvenue à digérer le fait que l?organisme l?ait arrêtée et inculpée pour blanchiment d?argent.

En fait, l?Icac la soupçonne de gérer l?argent de Gino Gustave, un présumé trafiquant de drogue de Batterie Cassée dont elle a été la maîtresse pendant un certain temps. Chose qu?elle nie. « Zot pe met Gino la dan alors ki li fine sorti dan mo la vie?»

« On dit que j?ai amassé plus de Rs 2,9 millions sur mon compte. Si c?est vrai, pensez-vous que je me contenterais d?une chambre minable que je partage avec mon compagnon et mon enfant. De surcroît chez mes parents ? Ene lakaz cité sa et éna trwa famille ki viv la , s?emporte Natacha.

Et elle n?a pas froid aux yeux la petite. Comme ligne de défense, elle a fait comprendre aux agents de l?Icac que son train de vie n?est pas si extravagant que qu?il n?en a l?air. Les Rs 2,9 millions qui ont alimenté son compte sur une période s?étalant sur plus d?un an, dit-elle, proviennent de ses longues nuits passées à monnayer ses charmes à des clients « haut de gamme ».

Bien sûr, vendre son corps à des nantis ne permet pas d?accumuler des revenus aussi importants. Sinon, pour se faire une place au soleil, la majorité des filles aurait fait fortune en se faisant call-girl ? « J?opère un snack-bar qui fait aussi office de tabagie et de boutique dans le quartier. Ça représente 75 pourcent de mes gains », plaide la jeune femme qui ne projette pas vraiment l?image que l?on se fait d?une poule de luxe.

Loin d?être une beauté, elle fait plutôt penser à madame tout le monde. De plus, elle paraît avoir cinq ans de plus que son âge réel.

Comment donc est-elle tombée dans la marmite des poules de luxe ? Sous le regard imperturbable de son père qui brûle une cigarette, elle raconte. « J?avais dix-huit ans. Ou peut-être moins. J?allais en boîte pour me défouler et la mone truv bann kamuad ki vinn dan diskotek pou rod enn lavi. C?était une façon pour gagner de l?argent vite et facilement. J?ai succombé à la tentation. Des filles faisaient jusqu?à Rs 10 000 à 20 000 par nuit. Je me suis renseignée et je me suis mise à mon compte. »

Devenir prostituée n?est pas une décision facile à prendre, concède Natacha. « Ça a été très difficile au début mais on s?habitue vite ». Il faut avoir le c?ur à l?ouvrage. « Pa ti fasil pou rant ladan. Me mo ti ena boukou lambisyon. Mo ti envi ena mo prop lakaz pou mwa, mont mo tabazi. Pendan plis ki trwa zan monn fer sa? » Parfois, elle se fait des clients à la pelle. Mais Il faut bosser jusqu?à fort tard. À Rs 3 500 la passe, elle se fait vite un beau pactole à chaque fin de mois. « Sa depann, ena jour mo ti ena 5 klient. Mo sorti nek ek dimoun ki ena cas. Mo ti pe fer au moin Rs 15 000 par jour. Me ti ena lezot tifi ki ti pe fer bien plis ki mwa. »

« Moi ki soizir mo client »

Cependant Natacha se montre réticente à révéler le nom de ses riches clients. « Bann nom la mo pa kapab dir. Ena problem ladan. Ena zom ki maryer. Monn fer promesse zame mo pou dir. Monn promet konfidansyalite. Zot travay bon bon poste, ena la bank, ena impe de tout? Me pena depite », lance-t-elle dans un grand éclat de rire. Comment savait-elle à qui elle avait affaire ? « Zot ti bien cale, zot ti ena bel bel loto tou. » Ses clients ne la voyaient que pour assouvir leurs fantasmes, sans plus. Il ne fait pas bon se familiariser, c?est mauvais pour le business.

« Je négociais par téléphone. Mo pa alle lor trottoir mwa. Et moi ki soizir ar kisannla mo sorti. Herezman zame mo ine zwen dimoun ki brit. Voisin mem pa kone ki lavi mo ti pe amene. Mo boug, Brandon, pa ti kone li ousi. Me kan monn zwen li monn areter lerla, après line trouver ki kalite dimoun mo ete.»

Arrivée à ce tournant de son récit, elle ne veut pas s?éterniser sur sa vie de prostituée : « Tou seki mo ena pou dir, monn dire l?Ikak, mo pou dir li lakour? »

Les Gustave et la drogue, un ?family business?

Il a le look du rappeur américain. Un collier en or massif au cou, chaussures et survêtement de sport criards, portable dernier-cri collé à l?oreille, Gino Gustave ne passe pas inaperçu à Cité Briquetterie au volant de sa jeep Honda CRV. À 28 ans, il est officiellement pêcheur. Mais, comme son frère aîné, Panchoon, et sa s?ur, Brigitte Biberon - en attente d?un verdict - il a déjà eu des démêlés avec la justice pour délits de drogue. En juin dernier, l?Adsu l?arrête avec le soldat Jean-Paul François et le chauffeur Antoine Néville Rome, alors qu?ils viennent prendre livraison de 400 grammes d?héroïne, dont la valeur marchande approche les Rs 4 millions, auprès du Sud-Africain, Stephan Joseph Wasson, à Trou-aux-Biches. Depuis, Gino Gustave croupit en cellule en attendant sa comparution pour trafic de stupéfiants. Natacha figurerait sur la liste de la Commission des narcotiques comme sa maîtresse. La commission qui traque ces temps-ci les avoirs des trafiquants enquêtait sur sa proximité présumée avec le jeune homme.

Comment elle est tombée dans les filets de l?Icac

C?est en octobre dernier que la MCB a signalé à l?Icac ses dépôts importants, soit la somme de Rs 675 925 en plusieurs tranches, à sa succursale de Bell Village. Cet argent est largement incompatible avec son statut professionnel selon la banque. « Mo balance ti 406 000 roupi, mone sey servi mo kart dan enn ATM akoz mo ti bizin kass pou mo ti baba, masinn la dire mwa mo pa gagn drwa servi sa kont la. » Pensant que sa carte a dû être abîmée, elle contacte sa succursale. « Zot dir mwa zot pa konn narien .» Elle reçoit alors une sommation de comparaître en cour l?informant que son compte a été gelé dans le cadre d?une enquête sur ses avoirs. « Ils ont comptabilisé mes dépôts et mes retraits depuis 2003. C?est qui fait en tout plus de Rs 2,9 millions. L?Icac m?a interrogé, m?a demandé pourquoi j?effectuais des dépôts de plusieurs centaines de milliers de roupies sur des ATM? Mais je ne savais pas que c?était interdit. On m?a aussi demandé pourquoi les billets étaient en coupures de Rs 100 et 200 mais j e reçois des billets de toutes coupures en travaillant au snack. » Son père, Jean-Claude, justifie ici ses revenus. «Je lui ai laissé la gestion de la tabagie en 1997, lorsque ma femme et moi-même avons failli mourir dans un incendie. Peut-être qu?elle ne m?a pas écouté en ne signalant pas ses revenus au fisc. Notre tabagie est réputée à travers l?île. C?est la tabagie Disco. Je l?ai baptisée ainsi car à l?époque on organisait des concours de disco sur un terrain vague. Des gens de Mahébourg connaissent l?adresse? » , vante cet employé de la Cargo Handling Corpo-ration. Et il se targue d?avoir fait des ventes astronomiques en termes de « wan tan », et de « minn bwi ». Sans compter des recettes « de plusieurs milliers de roupies » dans la vente de bière. Et Natacha enchaîne que, suite à la demande des autorités sanitaires à rénover son boui-boui, elle a commencé à écouler son stock et à verser tout l?argent, dont ce qu?elle gardait chez elle, à la banque.

Mardi, l?Icac l?a inculpée sous une accusation provisoire de blanchiment de Rs 675 925 en violation de l?article 3(1)(b) & 8 de la Financial Intelligence and Anti Money Laundering Act. Elle n?a retrouvé la liberté qu?après le paiement d?une caution de Rs 25 000 et d?une reconnaissance de dettes de Rs 75 000. Elle a retenu les services de l?avocat Raouf Gulbul pour la défendre.

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