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?Mythes, faussetés et propagandes?, l?histoire selon Paul Bérenger
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?Mythes, faussetés et propagandes?, l?histoire selon Paul Bérenger
Ce sont les ennemis de l?Histoire qui, finalement, la font. Paul Bérenger, ancien Premier ministre et lui-même un acteur significatif de l?histoire contemporaine du pays, semble s?entendre parfaitement avec l?écrivain français Eugène Ionesco sur ce point. À son avis, le récit officiel de l?Histoire de Maurice est truffé de faussetés et de propagandes qui perpétuent des mythes et nourrissent la division.
Bérenger consacre huit conférences mensuelles à rétablir les faits tels qu?il les voit lui. La première a été donnée samedi, au théâtre de Port-Louis qui, pour une fois, a fait salle comble. C?est son camarade de parti et ancien ministre de l?Éducation, Steven Obeegadoo, qui a levé le rideau sur cette série d?exposés.
Un peuple qui ne connaît pas son histoire (la vraie, bien entendu) est comme un navire sans gouvernail, estime Bérenger. Clairement, il considère que les Mauriciens tombent dans cette catégorie. ?L?ignorance de leur Histoire est dramatique parmi les Mauriciens?, a-t-il dit en guise de préambule à la conférence. Cette séance-là n?était en réalité qu?un survol de ce qui suivra au cours des sept autres à venir. Le conférencier a expliqué comment il compte procéder et il a balisé les thèmes qu?il entend aborder.
?L?histoire de Maurice contient un formidable message d?unité, soutient Paul Bérenger. Si les Mauriciens la connaissait et la comprenait, ils ne tomberaient pas si facilement proie aux démagogies politiciennes et communales...?
?Je propose une lecture éminemment politique du pan de l?histoire allant de 1722 à 1982. Politique, oui, mais strictement non partisan. J?invite d?ailleurs quiconque désirant le faire à me contester, à me contredire, à me compléter. Je lance le débat?, a-t-il dit à propos des règles d?un jeu auquel il convie toute l?île Maurice.
Paul Bérenger se propose de démythifier certaines idées entretenues grâce à une version corrompue, selon lui, de l?histoire. Ainsi, il est entendu que Sir Seewoosagur Ramgoolam, l?ancien leader du Parti Travailliste (PTr), a toujours été un militant indépendantiste. De même, certaines écoles de pensées avancent que Ramgoolam a mal négocié l?indépendance de Maurice puisqu?il a cédé les Chagos. Plus récemment, il est courant de dire que c?est la montée en puissance du Mouvement militant mauricien (mené par Paul Bérenger en personne) qui l?a poussé à renvoyer les élections générales en 1969. Selon Bérenger, rien n?est aussi clair et net. Il convient de nuancer, dit-il.
L?histoire de Maurice contient un formidable message d?unité, soutient Paul Bérenger. Si les Mauriciens la connaissaient et la comprenaient, ils ne tomberaient pas si facilement proie aux démagogies politiciennes et communales qui divisent, a-t-il sous-entendu.
Ainsi, connaître l?histoire de Maurice c?est savoir que tous les composants ethniques de sa population sont venus d?ailleurs et de fait, personne ne peut revendiquer des traitements préférentiels basés sur son origine. ?Il n?y avait ici aucune population autochtone à être conquise au départ?, relève Bérenger. À son avis, cette spécificité fait de Maurice un cas unique au monde.
Histoire commune mais aussi douloureuse, rappelle Bérenger. Les routes de l?esclavage et de la coolitude se sont croisées à Maurice. L?île a été construite concurremment par ces deux traites qui sont parmi les plus tristes de l?Histoire de l?humanité. Qu?ils soient descendants des ouvriers engagés ou des esclaves, les Mauriciens sont liés par un lien de douleur, tissé lors de la même lutte pour la liberté, a dit en substance Paul Bérenger.
Approfondir la recherche
Dans ses exposés futurs, Bérenger élaborera sur la difficulté d?abolir l?esclavage à Maurice alors même qu?en Europe, on avait déjà franchi le pas. ?Les émissaires dépêchés par les gouvernements français d?abord et britannique par la suite, ont été renvoyés par la plantocratie. C?était là l?expression du tout premier élan indépendantiste par rapport aux pouvoirs coloniaux et elle eut lieu dès 1796.?
Influencés par le résultat de la révolte de Haïti, les propriétaires mauriciens se sont agrippés à leurs esclaves jusqu?au bout, de peur de n?avoir plus personne pour travailler dans les plantations. Ils ont éventuellement négocié une période de transition qui a été écourtée. L?arrivée, à partir de 1934, des ouvriers engagés de l?Inde sous l?impulsion des Anglais, démarrera une nouvelle période noire de l?histoire de Maurice.
Le Coolie Trade amena quelque 450 000 ouvriers engagés à Maurice. Deux sur trois d?entre eux sont restés, bouleversant ainsi la structure démographique de l?île qui comptait jusque-là environ 60 000 esclaves. ?Il faut approfondir la recherche sur ces premières années de cohabitation entre les ouvriers engagés dont environ un millier était des femmes et des esclaves?, estime Bérenger. Il entrevoit là des possibilités de métissage jusqu?ici peu explorées.
Dans une des conférences subséquentes, Paul Bérenger se propose de donner sa lecture de la transformation socio-politique survenue dans l?île après le passage en 1901, de Mohandas Gandhi, le leader mythique de l?Inde. Il estime que cette période de l?histoire mérite une étude approfondie, même si ce n?est que pour en évaluer l?impact sur l?éducation, la responsabilisation sociale et politique, entre autres.
?Gandhi a envoyé lManilall Doctor pour faire un travail de sape. Il fonde l?Action libérale, mouvement précurseur du Parti travailliste, avec une stratégie de prise de pouvoir. Très vite, l?Action libérale entre en conflit avec l?oligarchie et en 1911, le pays vit sa première émeute?, raconte Bérenger.
Il précise qu?à l?époque, et ce jusqu?en 1959, les soulèvements populaires dans l?île étaient essentiellement le fruit de luttes des classes. Le communalisme n?y était pour rien. ?Dans tous les pays, la lutte des classes comporte une dose de violence. C?était le cas du temps de l?Action libérale et ce fut encore le cas durant les années de braises poste indépendance?, ajoute Bérenger à une question de l?assistance peu après son exposé.
La lutte pour l?émancipation dure plusieurs décennies et entre-temps, d?autres acteurs politiques entrent en scène. Une première victoire est célébrée en 1948 quand ont lieu les premières vraies élections générales du pays. Tous ceux qui savent écrire leurs noms votent. Éventuellement, les dirigeants sont à la table de négociations à Lancaster House pour discuter de l?indépendance de Maurice. Paul Bérenger consacrera la dernière conférence aux 14 années décisives qui s?en suivirent, jusqu?en 1982.
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