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Mythe ou réalité ?

21 novembre 2007, 20:00

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«Le temps du monopole de la Mauritius Broadcasting Corporation (MBC) est révolu.» Le directeur général de la MBC, Bijaye Madhou, est clair. Les téléspectateurs ont, depuis quelques années, vu du changement dans le paysage audiovisuel mauricien (PAM). La venue des opérateurs privés, par voie satellitaire, a étoffé l?offre des programmes. Il s?agit, cependant, uniquement d?émissions ou autres productions étrangères. L?objectif est clair : apporter des images venues d?ailleurs et divertir en proposant une grille de programme nettement différente de celle de la télévision nationale.

Si les investissements nécessaires pour la création de chaînes privées sont importants, les partenariats sont possibles. Mais le partenaire étranger est soumis à un ensemble de restrictions. Il ne peut détenir plus de 20 % des parts ou compter plus de 20 % de directeurs étrangers. Clairement, le but est de promouvoir au maximum la partie mauricienne engagée.

Les bouquets satellitaires seraient-ils des acteurs de la libéralisation télévisuelle ? La réponse pose problème. La libéralisation ne peut s?appuyer sur des acteurs étrangers. L?Independant Broadcasting Act (IBA) limite l?octroi des licences. Comme il est stipulé dans le texte du 19 août 2000.

Les bouquets satellitaires présents à Maurice ne sont pas venus libéraliser le secteur à proprement parler. «Nous n?offrons pas le même service, notre mission est de divertir. En cela, nous ne sommes pas concurrents de la télévision nationale car nos images viennent d?ailleurs, nous n?informons pas sur le contexte local», souligne Michel Juanico, directeur de Mediacom Ltée, représentant de Parabole Maurice. Le PAM n?a pas été enrichi de nouvelles chaînes mauriciennes. Franck Chalier de MC Vision CanalSat Maurice, tient un discours quelque peu différent : «nous avons participé à l?ouverture du secteur par le choix des chaînes et l?accessibilité du bouquet ; c?est une forme de libéralisation.»

<B>Privatisationde la MBC 3</B>

Il n?empêche que pour Bijaye Madhou : «La télévision privée est là.» Mais elle concerne les bouquets satellitaires offrant des programmes étrangers. Peut-on, donc, parler de véritables chaînes privées mauriciennes ? Vraisemblablement non, si l?on considère qu?une chaîne privée mauricienne se doit de proposer des productions locales, d?informer. Le président de l?Information and Communication Technologies Authority (ICTA), Trilock Dwarka, plaide pour la création d?une véritable chaîne privée afin de diversifier le PAM.

N?oublions pas que la transmission analogique est appelée à disparaître. Le numérique tend à supplanter l?ancien mode de transmission. Cette avancée technologique participe à la libéralisation du secteur. Car sur un seul canal de transmission, peuvent être émises plusieurs chaînes. Autrement dit, le nombre de canaux disponibles a considérablement augmenté. Ne manquent que des prétendants.

La MBC s?est lancée dans cette «transformation technologique». Bijaye Madhou se veut optimiste. «Nous travaillons actuellement sur une refonte de la télévision mauricienne, c?est une transformation dans les programmes, mais surtout dans la technologie et la formation.» Une nouvelle télévision nationale, en somme, loin de l?image dont elle a longtemps souffert ? Pour le directeur général de la MBC, le numérique est une chance car le coût initial est minime au regard des économies sur le long terme et les possibilités de développement. «Malgré notre volonté de passer au numérique, avec tout ce que cela implique, nous n?avons pas augmenté les cotisations.»

Parlant de la redevance télévisuelle, Trilock Dwarka pense que celle-ci devrait être versée directement à l?IBA. «La télé devient interactive. Il ne s?agit plus uniquement de broadcasting ; on rentre dans l?ère des multimédias.» Pour le moment, MC Vision et Mediacom Ltée sont les deux principaux opérateurs offrant des services télévisuels alternatifs à la traditionnelle station de la rue Pasteur.

Pour autant, ils ne proposent pas encore de chaînes privées locales. MC Vision offre les bouquets CanalSat Maurice, et Mediacom Ltée ceux de Parabole Maurice.

«Cela peut sembler rétrograde, mais pour créer une chaîne privée gratuite, il est nécessaire d?avoir une audience suffisante pour survivre avec la publicité.»

Mediacom avait manifesté son intérêt en 2001, lors d?un exercice d?appel d?offres, pour la privatisation de la MBC 3. Car la transmission analogique permet de couvrir la totalité ? ou presque concernant la MBC 3 ? de l?île. Elle n?a, finalement, pas eu lieu et aucune chaîne privée n?a vu le jour. L?IBA avait, du reste, lancé un appel à manifestation d?intérêt pour la création d?une chaîne privée en 2004. Mediacom ne s?est pas manifestée. «Nous aurions été intéressés si des fréquences hertziennes analogiques étaient disponibles.» Michel Juanico poursuit : «Cela peut sembler rétrograde, mais pour créer une chaîne privée gratuite, il est nécessaire d?avoir une audience suffisante pour survivre avec la publicité.» Or, le numérique ne couvre pas suffisamment de foyers (un peu plus de 20 %), même si le prix des boîtiers de connexion a baissé.

<B>Production locale</B>

Il s?agit simplement d?une logique marchande pour garantir la viabilité de la chaîne et de l?investissement. Mais, «dès le départ, il y avait contradiction car il n?y avait pas de fréquence analogique disponible». Trilock Dwarka abonde dans le même sens que Michel Juanico. Pour lui : «Il faudrait limiter la publicité sur les chaînes publiques pour favoriser l?émergence de chaînes privées.» Par ailleurs, le directeur de l?ICTA pense qu?il serait préférable de « privatiser la MBC 2 plutôt que la MBC 3 dans la mesure où cette dernière est moins bien captée.»

La libéralisation suppose la venue de concurrents locaux proposant un autre regard sur l?information et des productions locales. «Il est grand temps qu?elle vienne !», s?exclame d?ailleurs Trilock Dwarka. Franck Chalier de CanalSat Maurice pense qu?il faut «voir ce qui se fait ailleurs» pour, éventuellement, nouer des partenariats, étudier les potentiels.

L?arrivée des chaînes satellitaires a, sinon bouleversé, du moins grandement participé à l?évolution du PAM. De nombreux Mauriciens se sont tournés vers les nouvelles chaînes proposées ? plus de 75 000 foyers. Souvent thématiques, étoffées de programmes à succès, ces chaînes contrastent beaucoup avec les émissions de la MBC.

Franck Chalier rappelle cependant que CanalSat «diffuse des programmes mauriciens, notamment les journaux de la MBC, à travers nos chaînes, France Ô par exemple.» Michel Juanico corrobore : «Il y a de la place pour les programmes mauriciens sur les bouquets satellitaires.» Trilock Dwarka, lui, plaide pour la création d?un fonds de production locale géré par l?IBA ou le ministère de la Culture afin de favoriser l?émergence de programmes mauriciens. Cela tant pour les bouquets satellitaires que pour une éventuelle chaîne privée.

Cependant, l?aventure de la télévision privée, qui plus est gratuite, ne semble pas encore d?actualité. La libéralisation existe si elle se définit par l?accès à de nouvelles chaînes télé payantes. Elle n?est encore qu?un v?u pieux s?il faut la création d?une chaîne locale privée. Pour une source proche du secteur : «La libéralisation du secteur télévisuel n?existe pas : il n?y a que trois chaînes publiques, pas de chaînes privées. C?est un anachronisme !».

<B> Fréquence passée inaperçue</B>

■ Une fréquence hertzienne analogique a été libérée par Canal + au moment où la société MC Vision est passée totalement à la transmission satellitaire et numérique. Cette fréquence analogique disponible a été reprise par la MBC sans qu?il n?y ait eu d?exercice d?appel d?offres. Manque de transparence ? Nous n?avons pu obtenir d?information concernant cette fréquence analogique, entre autres, de la part de l?IBA, ou le «MultiCarrier Mauritius Ltd», les directeurs n?étant pas disponibles.

<B> Impartialité...</B>

■ La MBC a fait savoir qu?elle veillerait à être impartiale quant à la durée de passage des interventions des membres de l?opposition. La station de la rue Pasteur a souvent été critiquée de laisser une plus large place aux interventions de la majorité. Bijaye Madhou rappelle que la «MBC n?est pas une télévision étatique». Suivant les directives du «MBC Act», il semblerait que les chaînes nationales ne puissent être vues comme des outils de communication pour le gouvernement, quel que soit le parti concerné. Le directeur général se veut rassurant : «tout le monde est présent à la MBC, nous avons une politique claire qui nous interdit de diffuser les meetings publics et qui nous oblige à retransmettre les interventions parlementaires de manière équilibrée.» Par ailleurs, il faut souligner le rôle clé de l?IBA qui veille à l?impartialité pour éviter tout dérapage partisan. «Nous avons eu des remontrances par le passé, admet Bijaye Madhou, mais nous avons rapidement rectifié le tir.»

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