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In My Country Yu u nobuntu
par Jean SUZANNE
Conseiller du Premier ministre. Président fondateur d?INFINITY GROUP.
Ubuntu. Un mot. Trois syllabes qui renferment, comme cette trinité qui fait l?équilibre des choses, l?essentiel de ce qui devrait être. Un concept philosophique africain très ancien, dont le nom connaît progressivement une renommée mondiale grâce aux technologies de l?information et de la communication (Tic). Drôle de paradoxe? Le continent noir, parent pauvre dans l?utilisation des technologies numériques, lègue à ces mêmes technologies une de ses expressions traditionnelles, chargée de valeurs universelles fondamentales.
C?est au cours d?un récent voyage en Afrique du Sud que m?est revenue toute l?essence du concept d?ubuntu. Le nom ne m?était pas inconnu, grâce à ma formation d?ingénieur et à mes activités dans les Tic. Point commun entre ce domaine et le concept traditionnel africain : les logiciels libres.
Le plus connu, Linux, développé dans les années 90 par Linus Torvalds, un jeune étudiant en informatique. Libre à chacun de l?utiliser pour créer les logiciels qui donnent leur intelligence aux ordinateurs. En contrepartie, ces créations doivent être mises gratuitement à la disposition des autres utilisateurs et développeurs. La connaissance de chacun se nourrit de celle des autres et devient elle-même source de connaissance pour d?autres. Le hic : sans réseau de marketing, de distribution et de support technique, ces outils bâtis sur Linux ne pouvaient toucher un grand public. Contre paiement des prestations d?installation, et parfois de développement pour des besoins particuliers, les ?distributions? Linux ont quand même permis au petit logiciel de Linus Torvalds de rayonner hors du cercle des informaticiens.
Depuis trois ans, ce logiciel libre se fait une place enviable auprès du grand public utilisateur de PC. Un changement découlant de sa distribution sous le package Ubuntu, qui le rend plus convivial pour les non-initiés. Liberté d?accès, ouverture, partage, convivialité, pour un logiciel porté par une idéologie d??Empowerment? : les promoteurs de cette distribution Linux, dirigés par le Sud-africain Mark Shuttleworth (donc un familier du concept d?ubuntu), ont été bien inspirés de lui donner un tel nom commercial.
Un nom adopté d?un mot d?origine bantoue, cet ?ubuntu? si simple à dire et à lire, mais aux connotations si complexes. Difficile en effet d?en exprimer toutes les subtilités en quelques mots, tant il est enraciné dans les réalités culturelles des peuples d?Afrique australe. Il pourrait se traduire librement par ?sens d?appartenance et sentiment de partage touchant l?humanité?. Ou encore : ?exprimer son humanité en reconnaissant celle des autres?. Bref, une prise de conscience par chaque individu, qu?il est un élément d?un Tout, qui existe grâce à lui mais qui lui permet aussi d?exister. Il reflète aussi l?état d?esprit qui pourrait faire d?un pays une vraie Nation.
Dans l?Afrique du Sud post-apartheid, qui se construit contre les divisions et les rancoeurs d?une société multi-ethnique qui a vécu l?histoire qu?on connaît, l?ubuntu est officiellement reconnu et encouragé. Deux grands personnages sud-africains, respectés de tous mondialement, ont décrit en quelques phrases ce concept si cher à la culture traditionnelle d?Afrique australe.
Nelson Mandela l?illustre ainsi: ?A traveller through our country would stop at a village, and he didn't have to ask for food or for water. Once he stops, the people give him food, entertain him. That is one aspect of Ubuntu but Ubuntu has various aspects. Ubuntu does not mean that people should not enrich themselves. The question therefore is: Are you going to do so in order to enable the community around you to improve??
Pour Mgr Desmond Tutu, ?A person with ubuntu is open and available to others, affirming of others, does not feel threatened that others are able and good, for he or she has a proper self-assurance that comes from knowing that he or she belongs in a greater whole and is diminished when others are humiliated or diminished, when others are tortured or oppressed.?
?Yu u nobuntu?, disent les Sud-Africains : ?Cette personne a de l?ubuntu?. On peut le dire aussi dans mon pays. Mais pouvons nous encore le dire souvent ?
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