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Muriel Obret reçoit J.G. Prosper dans son «royaume enchanté»
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Muriel Obret reçoit J.G. Prosper dans son «royaume enchanté»
En octobre 1983 l?historiographe de notre littérature mauricienne d?expression française, le Dr Jean Georges, obtient la permission de rencontrer et d?interviewer Muriel Obret, Myriam Salmon à l?état-civil. Muriel est une de ses innombrables Mauriciennes, au c?ur d?une rare sensibilité, passionnée pour tout ce qui s?appelle poésie et l?art de bien écrire et du bien-dire. Cultivées jusqu?au bout des ongles, connaissant par c?ur nombre de poètes tant français qu?anglais, elles n?hésitent pas à tenir journal et à confier au papier leurs états d?âme, leurs secrets de c?ur, les pensées que suscitent en elles les rumeurs de la ville qui leur parviennent.
En principe, elles n?écrivent que pour elles-mêmes, confiant à l?occasion tel ou tel passage inédit à une âme s?ur, le recopiant même parfois en raison d?une communion de pensée, fruit d?un heureux hasard dont elles cherchent à élucider le mystère. Il suffit parfois d?une invité plus pressante d?un intime pour qu?elles acceptent de confier à un quelconque imprimeur le soin d?éparpiller des pensées rédigées à usage interne et privé. L?île Maurice, stupéfaite, assiste alors à la naissance d?un nouveau talent littéraire, d?une nouvelle romancière, d?une nouvelle poétesse. Mais qu?est-ce qui change finalement Maurice étant un pays comptant dix fois plus d?auteurs que de lecteurs.
Pour Muriel Obret, cela commence par une rencontre avec Pierre Renaud, sans doute comptable, à l?époque, de la municipalité de Curepipe. Ils sont assis sous la varangue du bel hôtel de ville de Curepipe. Ils parlent de choses et d?autres. Soudain, Pierre interroge à brûle-pourpoint Muriel : Que faites-vous dans la vie ? ? J?écris. ? Puis-je lire ce que vous écrivez ? ? Volontiers. Dans la semaine qui suit, Pierre reçoit un des carnets auxquels Muriel confie d?une écriture qui est davantage celle d?une amazone que d?une jeune fille rangée. Il lui rapporte les manuscrits en insistant catégoriquement : Vous devez publier cela. Si vous le désirez, je me charge de vous présenter aux lecteurs du journal auquel je collabore sur le plan littéraire.
A compter de janvier 1955, les Mauriciens qui le désirent, peuvent se délecter de l?élégance et de la profondeur avec lesquelles Muriel Obret publie le meilleur d?elle-même, sous divers titres, allant de Instants à Fragments d?un journal. En 1967 et en 1969, des amis obtiennent qu?elle publie une anthologie de ses écrits sous le litre de Fragments? et d?Une enfance.
L?enfance est tout pour Muriel Obret. C?est là qu?elle se ressource en permanence. Il lui suffit de fermer les yeux pour redevenir une jeune princesse régnant absolument sur le jardin de la demeure familiale. Ses rêves peuplent ce jardin féerique, parfument ses fruits, embellissent ses fleurs et les rendent plus odoriférantes. La maison familiale s?appelle Les Feuillettes en raison des feuilles des camphriers qui jonchent l?allée centrale menant à la maison coloniale avec sa belle varangue ouverte que soutiennent six colonnes. Les combles abritent de belles chambres qu?éclairent deux élégantes fenêtres. Là tout n?est qu?ordre et beauté / Luxe, calme et volupté.
L?enfant Myriam Salmon, à l?imagination fertile (excusez ce pléonasme) a vite fait de métamorphosé ses Feuillettes en château médiéval, dont elle est la châtelaine ou donjon. Les arbres deviennent des ménestrels à sa disposition. Son âme poétique s?épanouit parmi les héliotropes, les coquelicots, les bleuets, les marguerites, les camélias, les magnolias, les glycines, les azalées. Elle connaît plus de fleurs que d?amis.
La musique fait également partie son univers car la maison familiale est par excellence royaume musical et se laisse volontiers de résistance de La Dame aux Camélias, de Werther, de Madame Butterfly.
Muriel Obret retrouve poésie, musique et âme s?ur auprès de Robert Edward Hart dont elle est une fervente admiratrice. D?ailleurs «Obret» n?est que l?anagramme de Robert. Chez notre Prince des Poètes, à bord de sa Nef souillacoise, elle retrouve d?autres âmes s?urs ayant pour noms : Raymond de K/Vern, Mauricette Duhan, Madeleine Mamet.
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