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MSM pour cause de rapports ignorés et de mairat refusé

23 juillet 2008, 20:00

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Juillet 1983, Sheila Bappoo et Kadress Pillay tiennent conférence de presse pour annoncer leur adhésion au MSM naissant d?Anerood Jugnauth (jubilé d?argent non célébré, pas faute d?argent pourtant).

Sheila Bappoo n?entend pas rester les bras croisés quand il devient impérieux de «barrer la route à Bérenger et à sa dictature». Elle met donc fin à sa longue hibernation politique. Elle adhère au MSM pour briguer les suffrages de Savanne-Rivière-Noire, sous la bannière Soleil d?Anerood Jugnauth. Elle nous invite à distinguer le vrai MMM de 1971 du faux MMM de l?après-1979.

Elle qualifie son ancien parti d?épave où s?agrippent Bérenger et une poignée d?opportunistes « petits bourgeois et suiveurs ». Elle prétend avoir prédit à Anerood Jugnauth les tribulations qui sont les siennes de juin 1982 au 8 avril 1983, date de la fondation (non commémorée) de son MSM. Dès 1979, elle le met en garde contre le «mauvais cinéma » de Bérenger. Il lui explique qu?il a un travail à faire, que la lutte doit continuer et que, lorsque le MMM parviendra au pouvoir, il sera un Premier ministre «comme il faut». Il la quitte en disant : L?avenir dira si j?ai raison (N.B. : Aucun doute là-dessus).

Sheila Bappoo n?en démord toutefois pas. C?est elle qui a raison en 1979 et Jugnauth a tort de ne pas croire en ses prédictions alarmistes. Elle se corrige immédiatement toutefois : Anerood Jugnauth est un homme de parole. Il sait mener son gouvernement là où il veut, pour réaliser ses objectifs prioritaires. Sheila Bappoo se répand alors en compliments et en louanges sur Anerood Jugnauth : «Voilà un homme de parole, un honnête homme, la franchise personnifiée... Et je suis fière. Et je suis fière, d?être à ses côtés...»

Reste à travers la gorge de Sheila Bappoo l?alliance (alléguée) de Paul Bérenger et du secteur privé. Elle doute de la sincérité de celui-ci avant 1976. Cela ne l?empêche toutefois pas d?être... à ses côtés, lors des législatives du 21 décembre 1976. Elle se souvient d?une grève à Bois-Chéri. Syndicalistes et travailleurs militent pour obtenir leur dû. Pendant ce temps, Bérenger sirote du thé de Bois-Chéri, chez le major Philippe Guimbeau. Elle le somme de s?expliquer au sujet de ce Tea Party. Ki manière to fine conne ça ? lui rétorque Bérenger. Il apprend alors qu?il a été trahi par un sirdar, apparenté à Sheila Bappoo, et à qui le Major Guimbeau ordonne : «Pas ferme portail, Bérenzer pou vine guette moi». Aux militants de tirer leurs conclusions, invite-t-elle.

Bérenger lui reproche ses articles virulents contre le secteur privé. Qui ne se souvient, en effet, de ses diatribes, dans la presse mauve de 1976, contre les 14 familles capitalistes tenant en otage l?économie mauricienne ? Pour son malheur, elle explique aux militants comment fonctionne le système capitaliste et son profit exploitant la classe ouvrière. Pour la châtier, le MMM lui refuse le mairat de BBRH. On la considère dangereuse parce qu?elle critique les 14 grandes familles blanches, détenant toute la richesse mauricienne. Comble de malchance pour elle, Maurice Espitalier-Noël, digne représentant d?une des 14 familles, détient le portefeuille des Administrations régionales dans le gouvernement de... Seewoosagur Ramgoolam (et c?est Bérenger qu?on accuse de pactiser avec le secteur privé...). Comment mieux illustrer la déviation du MMM qu?en constatant qu?une Sheila Bappoo doit s?écraser devant un Maurice Espitalier-Noël, membre du PMSD de Gaëtan Duval (père de Xavier Luc) et ministre de Seewoosagur Ramgoolam (père de Navin) ?

Mais il n?y pas que la tasse de thé de Bois-Chéri sur la conscience de Bérenger. Il y a encore de nombreux dîners chez Frédéric Robert à Saint-Félix ou encore à Rivière-Noire où abondent les terrains de chasse. Il y a les Rs 57 millions. Il y a la vente de deux hôtels mauriciens à des Sud-Africains. Sheila Bappoo décide alors de décroiser les bras d?autant plus qu?elle sent se lever une vague anti-Bérenger (alimentée par les moyens que l?on connaît que trop).

Kadress Pillay démissionne comme directeur de l?Audit et comme assesseur de Dragoslav Avramovic, président d?une énième commission d?enquête sur l?industrie sucrière, pour se porter candidat du MSM à Moka-Quartier-Militaire (No 8). La situation économique dégénère. La faute en revient au colonialisme anglais, persistant après 15 ans d?Indépendance (et pan ! pour le Père de la nation, notre chacha national). Les rapports de l?Audit demeurent lettre morte, année après année. «Vais-je continuer à pondre des rapports inutiles où dois-je mettre mes connaissances et compétences au service du pays ?» se demande-t-il. Il choisit le MSM pour des raisons de leadership et d?équipe (Mille fois Jugnauth !) C?est un acte de foi en Anerood.

L?ancien directeur de l?Audit ne découvre-t-il aucun inconfort à devoir se tenir sur la même estrade que certains politiciens travaillistes, épinglés, par lui, au sujet des bijoux Singhania ? demande l?impertinente presse à Chedumbarum Pillay.

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