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Mozambique : rattraper les opportunités perdues

25 mai 2004, 20:00

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Le Mozambique focalise de nouveau l?attention cette semaine à l?occasion de la visite officielle du Premier ministre, Paul Bérenger, dans ce pays. Outre la symbolique politique de cette visite dans un pays de peuplement après l?Inde, la France et Madagascar, le renouvellement du contact personnel avec le Mozambique rappelle aussi les folles ambitions caressées par Maurice d?agrandir son espace économique qu?avait suscitées la concession de 100 000 hectares par le gouvernement de Maputo.

Ce dossier, du moins dans la forme qu?elle avait été envisagée en 1998, ne semble aujourd?hui plus être d?actualité. Avec le recul, on peut en retenir quelques leçons. Quand bien même nous serions le ?tigre? de l?océan Indien, Maurice n?a pas les muscles qu?il faut pour s?attaquer à un si gros morceau. Les ressources humaines et financières requises pour développer, doter en infrastructures et viabiliser une zone de 100 000 hectares n?existent pas dans la petite île Maurice.

Le goût du risque pour s?aventurer hors de nos frontières est rare. L?aventure mozambicaine nécessitait également un investissement de départ conséquent rien que dans la prospection. Cela impliquait de nombreux déplacements, voyages d?études, recherches de marche, études de faisabilité avec rémunération de consultants, négociations et interactions avec les autorités du pays? bref, toute une phase de préparation impliquant des coûts certains pour des résultats incertains. Cela a suffit pour refroidir les entrepreneurs et capitaines d?industrie.

Formidable réussite

Tout ceci met davantage en lumière la formidable réussite du consortium mauricien composé des groupes Espitalier-Noel, Fuel et Mon Loisir qui, à travers la Compania de Sena, ont redonné vie à la sucrerie de Marromeu sur les bords du Zambeze. Il y fallait des moyens importants : près de Rs 3,6 milliards, soit le plus important investissement jamais réalisé par des Mauriciens, que ce soit à Maurice ou à l?étranger, et que ce soit par l?Etat ou le secteur privé. Mais il fallait surtout une volonté et une persévérance à toute épreuve.

Ce succès, fruit d?une capacité de décider et d?entreprendre typique du secteur privé, est à être mis en contraste avec les éternelles études, négociations, pourparlers et rapports qui ont caractérisé les actions des gouvernements de Port-Louis et de Maputo autour de la zone économique spéciale des 100 000 hectares, qui n?ont finalement pas abouti. Pourtant, une dernière étude du cabinet Pricewaterhouse avait fini par identifier les zones les plus propices et porteuses en fonction de paramètres ?agro-climatiques? et selon ce qu?on pourrait y cultiver.

Entre-temps, les choses ont évolué. Ceux concernés par le dossier font aujourd?hui ressortir que c?est finalement les autorités mozambicaines qui ont changé d?approche, préférant offrir à Maurice un cadre général négociable pour le développement d?activités économiques partout à travers le Mozambique, plutôt que de se limiter à une zone geoagraphiquement délimitée.

Il est également sous-entendu privilégié une approche du bas vers le haut plutôt que l?inverse, qui a été tenté sans succès. Maputo préfère donc que ce soit les entrepreneurs qui viennent de l?avant avec leurs projets en soumettant leurs demandes concernant les incitations et facilités dont ils auraient besoin spécifiquement.

C?est avec un esprit ouvert que Jean-Noël Humbert, secrétaire général de la Chambre d?agriculture, aborde cette visite au Mozambique. ?Nous partons avec rien de précis en tête. Nous allons étudier les possibilités et voir ce qu?on a à nous offrir. Nous verrons sur place. C?est comme cela que nous étions partis une première fois en 1996 et cela a abouti à la reprise de Marromeu?, dit-il.

L?agriculture et l?agro-industrie semblent effectivement les secteurs les plus porteurs pour Maurice au Mozambique. Maurice y possède un savoir-faire et le Mozambique des ressources en terres illimitées à l?échelle mauricienne. Ainsi, les planteurs mauriciens montrent un intérêt à opérer en satellite de la sucrerie de Marromeu dans une formule de sous-traitance. Ce sera l?une des possibilités qu?étudiera Jean-Noël Humbert lors de cette mission.

Dans le domaine de l?agro-industrie, le groupe Happy World et un autre actionnaire mauricien se sont lancés dans la production de volailles, dont l?usine d?abattage sera inaugurée lors de ce voyage. Le groupe Food and Allied Industries (FAIL) est actionnaire au Mozambique d?un complexe agro-industriel produisant des pâtes et de la farine, entre autres.

Territoire vierge pour les télécoms

Si le Mozambique évoque en premier l?agriculture et l?agro-industrie, le groupe Lagesse est également présent dans le textile. Il opère à Beira une entreprise de textile du nom de Belita.

Mais le Mozambique, qui commence à récolter les fruits de l?ajustement structurel, peut aussi être un marché porteur pour des secteurs comme les télécommunications. Avec une très faible télé-densité, le territoire est encore pratiquement vierge pour les télécommunications et la téléphonie. Il est d?ailleurs probable que Mauritius Telecom soit aussi du voyage.

Les autorités du pays fonde beaucoup d?espoir sur le Millennium Challenge Account créé par les Etats-Unis pour aider au développement des pays les plus pauvres d?Afrique. Ce fonds de US$ 1 milliard cette année, passera à US$ 5 milliards dans les années à venir. Il est destiné à favoriser le développement du secteur privé dans les pays concernés. Le Mozambique est éligible pour bénéficier de ce fonds et les autorités, du privé comme du gouvernement, se demandent comment tirer avantage de ces ressources financières qui ont fait défaut jusqu?ici pour réussir une implantation mutuellement bénéfique en terre mozambicaine.

HISTOIRE

Un pays pauvre parmi les pauvres

  • Avec ses 17,5 millions d?habitants, le Mozambique est l?un des pays les plus pauvres de la planète. Le revenu moyen annuel par habitant est de US$ 226. Le Sida est un fléau qui mine le tissu économique et social, avec un taux de 13 % de la population. Le Mozambique est indépendant depuis 1975 après cinq siècles de colonisation portugaise. L?exode des colons blancs, la dépendance économique de l?Afrique du Sud, des sécheresses sévères et, surtout, une longue guerre civile, ont bloqué le développement économique du pays.

A partir de 1987, le pays s?est embarqué dans une série de reformes structurelles avec l?aide des bailleurs de fonds, tels que le Fonds monétaire international et la Banque mondiale. Ce programme de réforme porte ses fruits. Depuis 1995, le taux de croissance du produit intérieur brut est de 8,5 % en moyenne et a été de 9,9 % en 2002. L?inflation, qui était de 54 % en 1995, a été ramenée à 9 % en 2002. Malgré le progrès accompli le Mozambique est encore dependant de l?aide financière internationale pour équilibrer son budget et une majorité de la population vit au dessous du seuil de pauvreté.

?SUCCESS STORY?

Marromeu : 100 000 tonnes de sucre par an

  • C?est en mars 1996 que naît le projet de Marromeu à l?occasion d?une mission conjointe gouvernement-secteur privé que dirige Paul Bérenger dans ce pays. Thierry Lagesse, du groupe Mon Loisir, Hector Espitalier Noël, du groupe Noël, et Jean Luc Harel, alors administrateur de Fuel, profitent de leur présence au Mozambique pour faire un saut à Marromeu, sucrerie désaffectée lors des années de guerre civile. De cette escapade naîtra le plus important investissement jamais réalisé par des Mauriciens.

Cinq années et quelque Rs 3,6 milliards plus tard, Paul Bérenger est à nouveau présent au Mozambique pour assister à l?inauguration officielle de la sucrerie, en présence du président mozambicain, Joaquim Chissano. Aujourd?hui, la sucrerie à une capacité de production de 100 000 tonnes de sucre annuellement, soit un sixième de la production de Maurice en une bonne année.

Marromeu vise essentiellement le marché mozambicain, qui offre un prix rémunérateur, soit US$ 370 la tonne de sucre. Etant bénéficiaire de l?initiative ?Tous sauf les Armes?, le Mozambique bénéficie d?un accès sur le marché européen pour son sucre.

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