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Mouv?ance des corps en confidence
«Listen to your heart. The waves crashing, the atmosphere of peace, dance with your senses?», semble murmurer du regard, Claud-Paul Henry, chorégraphe londonien. Les visages font face au sol, les corps épousent les planches de l?Academy of Dancing à Phoenix. Tout commence par des notes suaves. La symphonie de la mer envahit la salle. Les corps des 19 danseurs se soulèvent. Souplesse et légèreté. Lentement, ils miment les mouvements sensuels des vagues. Puis, la musique devient plus rythmée, le tamtam s?élève haut comme une bouffée d?air frais. Les corps roulent sur le sol, pieds gracieux, mains en papillon. Dans un souffle, Eva Dalais conseille : «Il faut qu?on se regarde et qu?on se sente?.» Fusion. Dérision. Passion. Tant de sentiments que la troupe de Mouv?ance provoque chez nous.
Derrière les pirouettes, les pieds bandés et le regard fatigué mais satisfait des danseurs, nous ressentons les efforts de ces trois mois de travail. Après 20 ans d?absence, Claud- Paul Henry est de retour dans notre île. Cet ancien danseur, maintenant chorégraphe, est né à Londres avec un zeste de sang jamaïcain dans les veines. «My parents are Jamaicans and that?s why I have two influences and that I like so much exploring other cultures.» Face à l?immense miroir de la salle de danse, Claud-Paul Henry découpe les mouvements.
Attentifs, le regard fixe, les lèvres répétant des «1, 2, 3», les danseurs observent le chorégraphe à l?oeuvre. Tantôt ses mains font office des ailes d?aigle, tantôt ses jambes s?élancent pour mieux montrer toute la flexibilité des expressions corporelles.
Claud-Paul Henry dégage une virilité énigmatique. Sa stature, imposante en dit déjà long sur sa carrière de sportif et de danseur. Diplômé de la London School of Contemporary Dance, son corps semble être sculpté dans la pierre. Tel une statue, il s?impose face à l?ennemi, le miroir. Il joue avec les expressions de son visage et claque la langue pour recommencer la répétition. Il scintille quand il le faut, est timide quand il le peut. Exigence, critique et professionnalisme, tant de caractéristiques qui définissent le travail de Claud-Paul Henry.
Foudroyé par la passion, le visage des danseurs est inaccessible. Loin, ils le sont. En apesanteur peut-être. Tandis que les articulations craquent et que les muscles se tendent, quand ils dansent ils forment un tout. Une chorégraphie qui s?appelle La Mer, une autre, Sweet Morning, et les mouvements défilent. Toujours plus de technique, toujours plus de passion. Ancrés dans leur imagination, les danseurs se croient dans un monde où ils peuvent virevolter dans les airs.
«We must create the illusion», lance Claud-Paul comme pour les encourager à quitter la réalité et à intégrer le monde de la danse contemporaine. «Une danse qui me permet de m?exprimer, l?essence profonde de ma vie !», confie-t-il encore.
Mais ce qui diffère cette fois, c?est la complicité qui lie les danseurs. «C?est certain que pour arriver à ce stade de synchronisation, il faut que tous, nous soyons dans le même esprit», explique Gertrude Geoffroy, 23 ans, qui danse généralement à l?hôtel. Danser à l?unisson. Cette forme d?art symbolise sa vie. C?est en ce langage-là qu?elle croit.
Selon Anthony Joseph, c?est une formidable expérience qu?il vit. «C?est une mixture d?expérience, un réel partage entre débutants et professionnels de la danse,» confie-t-il. Le temps d?une pause déjeuner, les danseurs se détendent.
Cette juxtaposition de style de danse tant, classique, contemporaine, oriental ou autre n?effraie en aucun cas Claud-Paul. Pour lui, c?est une chance inouïe que de travailler avec des Mauriciens. Pas seulement parce qu?il a commencé comme eux, c?est-à-dire, à 20 ans, sans formation professionnelle, mais aussi parce que ces danseurs sont assoiffés de connaissance. Affamés de succès. Emprisonnés avec cette envie de dépeindre leur vie à coups de pas de danse.
Ce qui émane surtout de Mouv?ance, c?est toute la grâce de l?homme. C?est comme un talent que les danseurs extériorisent, une énergie qu?ils communiquent. Claud-Paul s?est inspiré du «Human Spirit» pour ce spectacle de danse. Certaines chorégraphies nous parlent et renversent parfois les émotions. Colère. Violence. Force. Mouv?ance réinterprète la vie à sa façon.
Garçons et filles se mélangent, se succèdent et s?épousent le temps d?une pensée. La plasticienne, Térésa David-Samudio, est propulsée vers le haut par un danseur agile.
Certains se plient, jouent avec leur corps pendant que d?autres trempés de fougue comme Guillaume Jauffret, de la troupe du Ballet de Maurice Béjart à Lausanne, s?évertuent à déshabiller les gestes.
La danse qui réunit pour un instant, l?homme et la femme. Mouv?ance, c?est aussi «Combat de femme». Une chorégraphie poignante, qui rappelle que la femme est aussi forte que l?homme. On aurait pu dire que les femmes se battent contre une fausse croyance. Pourquoi croire que la femme est plus faible ? «On ressent tellement de choses quand on voit cette chorégraphie de femme ! Moi je pense bien que ce sont les hommes qui peuvent vraiment ressentir la personnalité féminine,» affirme Anthony Joseph. Egalité des sexes. Mélange de caractères. Symbiose. C?est là le but de Claud-Paul Henry.
Si le parfum de l?Afrique englobe l?atmosphère de Mouv?ance, ce n?est nullement étonnant. Touchant et trépidant de sensations, Mouv?ance est autant fascinant que déroutant. Derrière ce travail de technique se cachent plusieurs heures de d?acharnement ainsi que de larmes. Mais le mérite est là. Mouv?ance : un spectacle frappant qui met en scène toute la beauté et l?effervescence de la danse contemporaine.
«Claud-Paul Henry dégage une virilité énigmatique. Son corps semble être sculpté dans la pierre. Tel une statue, il s?impose face à l?ennemi, le miroir.»
Où et quand ?
Mouv?ance sera présenté au Théâtre Serge Constantin, Vacoas, les 26, 28, 29, 30 juin et les 1er et 2 juillet à 19h30.
Le dimanche 27 juin, le spectacle de danse aura lieu à 16h30. Les billets coûtent Rs 250. Ils sont disponibles dans les points de vente suivants : au Kiosque d?Information du Caudan, au Théâtre Serge Constantin à Vacoas, au Centre Equilibre de Trianon et à la librairie de Super U à Grand-Baie.
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