Publicité

Motherland Man

10 mars 2008, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

C?est le choc. Roger Palmyre commence par dire :«j?ai tout oublié». Oublier l?Histoire ? Le lever de drapeau de toute une vie. La minute d?après, voilà qu?il s?excuse presque. Qu?il répète : «j?ai déjà raconté tout cela tellement de fois.» Faut le comprendre. «Le temps passe tellement vite. C?est pas à mon avantage. J?aurai 80 ans le 22 mai».

Avec une économie de détails, il déroule le fil. D?une vie de service. Celle de l?officier qui n?a fait que son devoir. Sans états d?âme. Sans en retirer une gloire quelconque. «Je ne crois pas avoir eu plus de prestige. Je ne suis pas spécial.»

«L?indépendance, je ne savais même pas ce que c?était». Une vague idée de liberté. De transition, d?avenir incertain. Roger Palmyre est à cette époque, inspecteur à la Special Mobile Force (SMF). Il a derrière lui un passé de pionnier et d?instructeur dans cette unité.

Il n?est pas difficile de comprendre qu?à cette époque, Roger Palmyre est la terreur des nouvelles recrues. Un officier pour qui la discipline dépasse largement l?obligation professionnelle. Pour qui elle a atteint les dimensions de préoccupation personnelle. Quand Roger Palmyre se raconte, on devine aisément qu?aux quartiers-généraux, dès que l?on voyait ne serait-ce que l?ombre de sa casquette, tout le monde était alerté. Palmyre pe vini. Vite, on rectifiait sa tenue. Vite on s?inspectait une dernière fois. Vite, on cherchait le chemin de la perfection militaire.

«Vous savez, être exigeant vous fait paraître dur. J?étais connu comme un homme discipliné». Un homme qui a toujours cru que la réussite n?était que dans le travail régulier, assidu. Et que « le reste viendra ». Qu?il faut d?abord être à la hauteur. « Montrer l?exemple », à plus forte raison quand on est instructeur.

Et maintenant qu?il y a prescription, que les années sont passées et que le calme et la sérénité sont palpables dans son salon à Saint-Pierre, Roger Palmyre l?avoue. «J?allais à l?extrême». Et de raconter une anecdote pour illustrer. «Un jour, j?ai dit à mes subordonnés : inspectez-moi d?abord. Voyez si je suis propre. Dites-moi ce que vous n?aimez pas en moi. Critiquez-moi aujourd?hui.» Inutile de dire que ce jour-là, les critiques ont été, sinon timides, extrêmement rares. «Cette expérience a fait que les hommes ont eu confiance en moi. Un leader dit tout le temps qu?il sait. C?est celui qui critique tout le temps». Oser prendre son rôle à contre-pied. Roger Palmyre l?a fait.

Avec cette réputation-là, «un jour, le commandant Ward m?appelle dans son bureau pour me dire qu?il a suggéré mon nom pour faire monter le drapeau. Si on a vu que j?étais l?inspecteur idéal, c?était un honneur pour moi».

«Un jour, le commandant Ward m?appelle dans son bureau pour me dire qu?il a suggéré mon nom pour faire monter le drapeau. Si on a vu que j?étais l?inspecteur idéal, c?était un honneur pour moi».</I>

Ce n?est pas par hasard si Roger Palmyre a choisi la vie militaire. Tout jeune homme, dans l?île Maurice coloniale, il admire l?uniforme. Il aime « se présenter en uniforme » et cette sensation bien particulière de créer une impression. D?attirer tous les regards sur une présentation où tous les détails sont maîtrisés. De la moindre mèche de cheveux à la poussière sur les bottes.

Alors, sans rien dire à personne, ce fils de tailleur, né à Curepipe, s?engage dans l?armée. La seconde guerre est finie. Mais le travail ne manque pas. Il signe pour la Mauritius Guard Company et est envoyé en Egypte. Il sera dans l?administration. «J?étais caporal en charge de la paie des hommes».

Roger Palmyre est de retour à Maurice en décembre 1950 et l?année suivante, le voilà dans la police. C?est le Maurice où le chômage est alarmant. Où, il faut de la volonté pour s?en sortir. L?enfant de ch?ur de l?église Sainte-Thérèse, qui n?a pas réussi aux examens de Mechanical and engineering apprenticeship s?est mué en homme déterminé. Lui qui pensait «travailler dans un atelier», qui a fait des petits boulots, dont l?ébénisterie est désormais un officier de police, investi d?une mission. Travailler. Etre discipliné. Et encore travailler. Tout en étant discipliné.

D?inspecteur de police, au moment de l?indépendance, il sera successivement promu chef inspecteur, puis assistant surintendant. Avant de prendre sa retraite en 1988 au grade de surintendant.

Ce qui ne signifie pas qu?il ait cessé de travailler. Quinze ans durant, il aura été manager chez Securicor, s?évertuant à passer ses acquis militaires aux vigiles de cette société.

En quarante ans d?indépendance, Roger Palmyre n?a pas seulement exécuté le lever de drapeau, mais a aussi participé à de nombreuses parades du 12 mars. «On a pris contact avec moi pour le défilé cette année, j?attends confirmation», glisse-t-il.

Publicité