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Motards et escortes Privilège ou nécessité ?

26 août 2007, 00:00

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Les services de sécurité au plus haut sommet de l?État sont sur les dents. On les comprend. Deux incidents en huit jours, deux de trop. Vendredi 17 août, acte I sur l?autoroute en direction de Curepipe, un automobiliste a maille à partir avec le cortège officiel du ministre Rashid Beebejaun. Avant-hier, acte II à l?Assemblée nationale, le ministre Anil Bachoo est victime d?une tentative d?agression par des agents politiques. Jamais deux sans trois ? Le débat sur la sécurité des personnalités politiques, lui, est déjà relancé.

L?important dispositif de sécurité établi par la police et la Very Important Persons Security Unit (VIPSU), aussi bien sur nos routes que dans les fonctions officielles, sont selon les milieux concernés, le service le mieux rodé et discipliné au sein de la force policière. Toutefois, le public mauricien manifeste souvent son agacement quand il doit céder la place à ces cortèges comprenant voitures officielles, motards qui roulent à toute allure et policiers postés sur la route.

Alors que tous les automobilistes roulent pare-chocs contre pare-chocs, soudain disent-ils, il y a comme un sentiment de panique à l?arrivée de ces cortèges précédés par des motards qui foncent à toute vitesse sur eux. Et souvent avec un doigt pointé vers eux, les obligeant à se ranger sur leur gauche.

Ainsi, un médecin très connu dans le service hospitalier, décrit avec force détails comment il a dû se ranger sur le bas-côté de l?autoroute, alors qu?un cortège ministériel se dirigeait vers la capitale. « Ce cortège est passé à une vitesse surprenante. J?ai mis du temps avant de comprendre ce qui s?était passé. Depuis, je m?arrange pour ne pas sortir au moment où ces cortèges quittent Port-Louis. Il faut que les hauts dignitaires et les gouvernants réalisent que nous sommes aussi des usagers de la route et que leurs services de sécurité ne doivent pas croire que tout leur est permis », déclare ce médecin.

<B>« Security is not politics »

Mais « security is not politics », semble rétorquer un ancien haut responsable de la sécurité d?une très haute personnalité du pays. Il rappelle que ce ne sont pas les politiciens qui réclament ces escortes officielles. Il va même plus loin en déclarant que la protection du président de la République, du Premier ministre ou encore du vice-Premier ministre, ne concerne que le service de sécurité qui l?accompagne. Et d?ajouter qu?il ne s?agit, en aucun cas, de privilèges. Les hauts dignitaires du pays doivent bénéficier d?une sécurité à toute épreuve.

Cet ancien responsable de la sécurité raconte que l?ancien Premier ministre, Sir Seewoosagur Ramgoolam (SSR), ne bénéficiait pas de garde rapprochée, encore moins de voiture qui convenait à son rang. En effet, avant, il n?y avait aucune structure permettant d?assurer la protection, d?une manière efficace, de l?ancien Premier ministre. Et au niveau des voitures ministérielles, c?est la Special Branch qui se chargeait de mettre à la disposition du Premier ministre des véhicules. Mais ces derniers étaient vétustes. Comme la Wolseley, appartenant alors au haut-commissariat britannique, qui avait été achetée pour SSR.

Et de faire part d?une anecdote. Lors d?un pèlerinage à Grand-Bassin, SSR a dû faire un trajet de plus d?une heure et demie entre La Marie et Grand-Bassin. « Les pèlerins marchaient lentement devant sa voiture et vous pouvez vous imaginer ce qui aurait pu se passer si d?aventure des esprits tordus voulaient s?en prendre au Premier ministre. Mais SSR nous disait de ne pas forcer le passage. »

Mais il ne faudrait pas oublier qu?il arrive que la sécurité de hautes personnalités soit mise en danger. L?ancien responsable de la sécurité se souvient que lors de l?enterrement d?un député syndicaliste bien connu du parti, un de ses fils a donné des coups de pied à SSR lors de la cérémonie funèbre. Un autre officier de la sécurité parle des menaces et des actes répréhensibles à l?égard de l?ancien Premier ministre sir Anerood Jugnauth. « Le danger existe bel et bien et il ne faut pas que les gens aient la mémoire courte », déclare-t-il.

Aujourd?hui, la sécurité est à l?ordre du jour. Ainsi, il ne s?agit pas de se conduire en amateur, car la sécurité exige le professionnalisme. À partir de 1985, il y a eu la création de la VIPSU, cette unité spécialisée composée d?éléments formés par des Américains, des Français et des Indiens. Ces derniers sont à même d?assurer une protection aux plus hautes autorités du pays.

Si les Mauriciens s?interrogent sur le nombre de véhicules et de motards utilisés par la VIPSU, les responsables de cette unité estiment qu?il n?y a pas de prix pour assurer la sécurité des dirigeants du pays. D?autre part, cette unité applique les normes internationales au vu du nombre de chefs d?État et de gouvernement qui viennent en visite d?État au pays.

Ainsi, quand un chef d?État vient en visite officielle à l?invitation du gouvernement mauricien, les services de sécurité de ces pays envoient en mission des « advance parties ». « Et si le pays ne se conformait pas aux normes internationales de sécurité, nous ne pourrions recevoir aucun dignitaire étranger dans notre pays », déclare l?un des motards aguerris au métier.

<B> « C?est un devoir d?État »

Par ailleurs, le travail même des personnes qui assurent la sécurité d?importantes personnalités, semble ne pas être bien assimilé par le public et quelquefois par les personnalités elles-mêmes. « Notre responsabilité est de veiller à la sécurité de ce que nous appelons dans notre jargon our subject. Nous avons le devoir d?assurer sa protection quitte à mettre notre vie en danger. Que ce soit sur la route comme dans des fonctions, notre attention ne doit, en aucun cas, être détournée de notre mission », explique un autre officier chargé de la sécurité de hautes personnalités.

Mais, poursuit-il, cela doit se faire dans l?extrême courtoisie et sans bavures. Mais, il arrive que certaines personnes, dans des fonctions, ne fassent pas la distinction entre le poste qu?occupe cette personnalité et l?amitié qu?elles entretiennent avec elle.

« Pour nous, au cours de cette fonction, c?est la position constitutionnelle qu?occupe la personnalité et nos devoirs de la protéger qui commandent notre action. »

Il semblerait que ce que certains appellent des privilèges, soient, en fait, une réelle nécessité. « Ce ne sont nullement des privilèges. C?est une obligation d?État et un devoir d?État », laisse-t-on entendre dans ce milieu.

Toutefois, on s?empresse d?ajouter que certains officiels trouvent cette présence assidue d?officiers à leurs côtés, pesante. Mais ils doivent tout de même se plier aux exigences de la sécurité qu?exigent leurs fonctions. Et cela, quel que soit leur statut. Certains officiels ont voulu s?en défaire, mais ils ont dû se rendre à l?évidence : la sécurité fera partie de leur vie tant qu?ils occuperont des postes importants.

Et souvent même après...

<B>VIPSU : La sécurité à tout prix </B>

La Very Important Persons Security Unit (VIPSU), est une unité spécialisée placée sous la supervision d?un officier de haut rang. Elle a été créée en vue d?assurer la protection des plus hautes autorités du pays : président et vice-président de la République, Premier ministre, vice-Premier ministre et autres ministres. De plus, des officiers sont aussi rattachés aux anciens présidents et vice-présidents de la République et aux ex-Premiers ministres.

La VIPSU veille aussi à la coordination des mouvements et des trajets qu?emprunteront ces personnalités. Équipée de véhicules et de toute la logistique nécessaire, cette unité est l?une des plus convoitées par les policiers qui veulent y entrer. Toutefois, c?est après une sélection très rigoureuse que certains sont appelés pour en faire partie. Les aptitudes physiques, l?endurance, la capacité à travailler à des heures indues, le jugement rapide en toute situation, la faculté d?anticipation sont autant de critères de sélection. D?autre part, l?officier choisi doit suivre une formation.

Les gardes du corps des hautes personnalités travaillent selon un système de rotation et doivent s?assurer que les consignes strictes de sécurité sont appliquées quelles que soient les circonstances. Rigueur et discipline sont donc les maîtres mots.

Mais comment fonctionne un cortège présidentiel ? Des motards éclaireurs balisent, dans un premier temps, la route qui sera empruntée par le cortège. Ils s?assurent ainsi qu?aucun obstacle ne vienne ralentir le passage du cortège. Puis suivent un autre motard et la voiture officielle, ainsi qu?une voiture d?escorte et un ou deux motards. Ces derniers assurent la protection rapprochée du cortège officiel. Ce dispositif s?appelle la diamond formation et le positionnement des motards est qualifié de dispositif tampon, car il permet d?empêcher toute personne de s?approcher du véhicule officiel.

Le nombre de véhicules et d?officiers de la VIPSU est tenu confidentiel.

On peut, toutefois, estimer que cette unité compte 200 personnes. Un chiffre qui peut aller jusqu?à 300, lors de visistes de hauts dignitaires étrangers.

<B>Parole de motard</B>

Le motard, qui fait partie des escortes officielles, tout comme les autres officiers de la VIPSU, a la responsabilité de véhiculer les hautes personnalités et doit aussi s?assurer que les horaires sont respectés. Il doit au préalable connaître les itinéraires et le temps du trajet. « Je ne comprends pas l?impatience des Mauriciens au passage d?un cortège officiel. Cela ne dure que quelques secondes. Savez-vous que dans certains pays, le trafic est bloqué une heure à l?avance avant le passage d?un cortège officiel ? », explique un motard qui a plus de quinze ans de service.

Et d?ajouter que les motards font tout pour que cela se passe le plus rapidement possible, afin de ne pas pénaliser les automobilistes. « La sécurité n?a pas de prix. Les Mauriciens parlent de progrès économique, mais nous nous parlons de progrès au niveau de la sécurité. Les Mauriciens devraient être fiers du service de sécurité entourant leurs dirigeants et non faire des commentaires déplacés à l?encontre de ces personnalités », poursuit-il. « Sur la route et dans les autres activités, la sécurité c?est notre boulot. Je reconnais que nous brusquons les automobilistes quelquefois. Mais nous devons agir vite et efficacement. Nous ne travaillons pas dans l?à-peu-près », explique-t-il. Et de souligner que toute personne qui met en danger le cortège officiel ou qui lui fait obstruction est susceptible d?être poursuivie.

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