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Monts et amont sconnexion dans l?espace

23 avril 2005, 00:00

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La répétition commence une douce après-midi à Rose Hill. A l?étage du Centre Charles Baudelaire, danseurs et assistants se préparent. A quelques mètres à peine, une salle d?exposition, vide de couleurs, accueille un décor de carton, la montagne de Monts et Amonts, la dernière création du danseur Jean Renat Anamah. Ce dernier s?occupe de tout, costumes, maquillage, mise en scène, séance d?échauffements. En dehors de la scène, c?est un petit bonhomme, que l?on peut trouver fluet, une silhouette sèche, un port de tête soigné, un large sourire. Mais sur la scène il devient géant, autoritaire, juste. Monts et Amonts sera présenté le 29 avril à 20 heures au théâtre Serge Constantin à Vacoas. Entrée : Rs 250.

Jean-Renat finit encore de se préparer. Natasha et Steve, les deux danseurs qui l?accompagnent commencent à s?étirer, sans musique, dans une lumière étrangement tamisée. Le sombre parquet ne fait que refléter leurs corps. La répétition démarre. Jean Renat parle, dicte, déclare.

Sa parole est un mouvement. Les autres le suivent, chacun à sa manière. Natasha joue de grâce, Steve joue d?élan. Leur espace de danse ne s?arrête pas aux murs, chaque mouvement va chercher au-delà du matériel, vers des repères extérieurs, cherche les sons, cherche à ressentir l?espace. «Connectez-vous à l?espace », dit Jean Renat.

Ils alternent les cadences, les mouvements, étirent, arrondissent, avant, arrière, mobile comme une balançoire, immobile comme une statue en équilibre sur un espace imperceptible, le néant, la nonchalance, la dynamique, le déséquilibre.

Les échauffements sont lents et fatigants. Relaxants et éprouvants. On va chercher loin la portée du mouvement, du sentiment qu?il inspire, qu?il décrit. « Contact », répète Jean Renat. Les autres ne parlent pas.

Partir et revenir. Monts et amonts. Les mouvements prennent vie lorsque l?on prend le temps de les voir, lorsque l?on prend le temps de voir une main qui fend l?air, une épaule se jeter en arrière, un regard chercher la fuite. Non. « Il faut rester connecté », rappelle le chef d?orchestre.

On continue la répétition. La scène de la montagne que les danseurs essaient de grimper en se laissant aller vers elle, en sautant haut, les bras tendus vers le ciel. Le plafond n?existe pas, les mouvements le dépassent. La montagne disparaît. Volumineuse, elle s?esquive en deux temps trois mouvements pour se figer, plaquée, contre un mur dans l?escalier. Le décor est simple, du carton fin, un tissu. Les costumes sont faits maison par le chorégraphe, également designer. La volonté de créer est naturelle, généreuse. Mais elle a du mal à s?offrir au public mauricien.

Monts et amonts a déjà été présenté à La Réunion. Deux fois. Et pourtant il aura fallu du courage à Jean Renat Anamah pour ne pas laisser tomber l?infime espoir de présenter son spectacle à Maurice. Des extraits seulement. L?un à l?occasion du spectacle de fin d?année de son école, l?autre en première partie du spectacle Duas Sem Tres, d?une troupe cap-verdienne, invitée par le Centre Charles Baudelaire. C?est ce même centre qui permet à Jean Renat de monter sa création. Les sponsors sont restés muets, de même que les autorités. Encore.

On aime ou on aime pas la danse contemporaine. On peut ne pas la comprendre. Mais elle a le droit d?exister. Heureusement, Jean Renat, on l?a dit, est un géant.

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