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Mondialisation en péril
Les médias relatent le plus souvent la mondialisation aux travers des nombreux emplois qui disparaissent dans cette compétition mondiale, en se focalisant sur la globalisation économique. Mais la mondialisation tient-elle ses promesses d?un monde plus stable, plus démocratique, plus libre ?...
Le concept de mondialisation facilitant les échanges économiques, les idées de la connaissance à l?échelle de la planète ont donné de nombreux espoirs d?un monde plus en harmonie, respectant un meilleur équilibre des richesses et des savoir-faire. Le développement de la technologie, des moyens de transports a grandement facilité ces échanges, construisant, petit à petit, le village planétaire. Mais ces développements globalisés sont-ils bénéfiques ? Répondent-ils aux espoirs énoncés ?
Si l?on en croit Joseph Stiglitz, Professeur d?économie et de finance à l?université de Columbia, Lauréat du Prix Nobel d?économie en 2001 et ancien économiste en chef de la Banque mondiale, la globalisation est un échec qui a privilégié la mondialisation économique, annihilant les bienfaits qu?elle engendre dans d?autres domaines. Les pays riches sont plus riches, les pauvres, plus pauvres, et le monde est de plus en plus instable pour des raisons politiques. Les seuls à avoir su bénéficier de cette mondialisation économique pour leur intérêt propre sont l?Inde (+5 % depuis 35 ans, 8 % en 2006) et la Chine (9,5 % /an), principalement grâce aux exportations.
Ainsi, l?Asie de l?Est est l?exemple d?une mondialisation bien gérée. Une approche équilibrée avec de nombreuses créations d?emplois lorsque d?autres sont supprimés. La Chine a réduit sa pauvreté de 300 millions de personnes en 20 ans, soit plus que la population des USA ! Elle s?est ouverte aux investissements directs, mais pas aux capitaux spéculatifs à courts termes, afin de ne pas être déstabilisée. Elle a ainsi bénéficié de capitaux étrangers pour financer ses développements sans avoir à en payer le coût social et financier. A contrario, l?Amérique latine représente la mondialisation mal gérée, dont l?Alliance Nord Américaine entre les USA et le Mexique est, sans doute, l?exemple le plus flagrant des effets pervers de la mondialisation. Les Mexicains les plus pauvres sont cultivateurs de maïs. Avec la signature de l?ALENA, le maïs américain subventionné a été importé au Mexique faisant baisser le prix du maïs de 50 %, et engendrant un appauvrissement dramatique des plus pauvres.
Ainsi, même si la mondialisation des idées et des connaissances a eu des effets très positifs, par exemple sur la santé, en allongeant l?espérance de vie tant dans les pays industrialisés que dans les pays pauvres. L?importance de la mondialisation économique a eu des effets dévastateurs. Joseph Stiglitz met en évidence l?exemple de la propriété industrielle. Sur le principe, il apparaît normal de mieux contrôler les droits d?auteurs dans un mode où les idées se véhiculent plus facilement. Ainsi lors d?une réunion mondiale du commerce, il a été décidé de renforcer la propriété intellectuelle, les brevets, les copyrights, mais sans prendre en compte les droits, les profits et les coûts, tant pour les bénéficiaires que pour les chercheurs. Car les coûts engendrés par les monopoles sont souvent liés à des droits de propriétés industriels trop forts. Bilan : les pays en développement ont vu les prix des médicaments augmenter, bénéficiant aux monopoles des pays riches, rendant plus difficile l?accès aux médicaments génériques.
Les subventions ont aussi des effets insidieux. La plupart des énormes subventions agricoles ne vont pas aux agriculteurs. Une vache en Europe est subventionnée à hauteur de deux dollars par jour, là où 40 % de la population mondiale vit avec moins d?un dollar. De quoi se poser des questions sur les intérêts d?individus ou d?entreprises au détriment des citoyens de la planète. Afin de libéraliser le commerce, les pays industrialisés ont créé, tout en réduisant les taxes, des barrières non-tarifaires, comme mesures protectionnistes camouflées. L?exemple le plus flagrant étant celui des restrictions phytosanitaires empêchant la vente de certains biens !
Ainsi, le Brésil n?est pas autorisé à vendre du b?uf aux USA, en raison de la fièvre aphteuse, alors que des régions entières en sont exclues. Aux Etats-Unis, dont la vente de Guacamole est la plus importante pendant les quatre heures de la finale du Super Bowl, les lobbys californiens ont décrété que les avocats mexicains étaient impropres à la consommation car ils avaient des micro-mouches. Après des enquêtes d?experts qui n?ont absolument rien trouvé, il a été conclu qu?elles étaient invisibles, ce qui était encore plus dangereux, d?où leur embargo ! Nouvelle preuve de l?impact des intérêts industriels au détriment des citoyens de la planète.
Alors que la mondialisation doit développer les démocraties, il est aussi intéressant de voir que les droits de votes du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale attribuent un droit plus important aux pays riches qu?aux pays en développement comme la Chine. Ces institutions ont été créées après la Seconde Guerre mondiale, date à laquelle la Chine ne tenait pas son rang actuel. Comme processus démocratique, cela laisse rêveur.
La mondialisation économique prend véritablement le pas sur la globalisation politique, qui doit veiller à ce que les règles soient bénéfiques aux citoyens. Nous avons encore beaucoup de chemin à parcourir pour accompagner avec lucidité le genre humain dans ce monde complexe où il vaut parfois mieux être une vache en Europe, qu?un Homme dans un pays en développement ! Et cela sans être sacrée !
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