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Moka express direction le souvenir

11 juin 2007, 00:00

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Retour à l?époque où les trains sillonnaient Maurice. Où les nénènes attendaient les enfants sur le quai, après l?école. Où être une divorcée, était ?sujet de scandale?. Curepipe, Saint- Antoine, évidemment Moka, mais aussi Madagascar. Une vie d?enfant parfaitement articulée. Avec chaque chose à sa place. Des enchaînements souples. C?est là l?essentiel de Passeport pour Moka, nouvelles que publie Michèle Malivel aux éditions du corsair.

L?auteur s?explique en avant- propos : ?On parle beaucoup du devoir de mémoire. Il n?y a ici aucun devoir, mais un simple désir que ne soit pas perdu, des moments parfois drôles et parfois tragiques qui ont constitué la trame de nos existences.?

Difficulté de l?exercice : faire pénétrer le lecteur dans l?intimité du narrateur. Comme celui-çi raconte sa vie, avec un ?il un peu humide, avec un sourire qui n?est jamais loin, il court le risque d?en dire trop. De s?épancher sur quantités de détails qui lui semblent indispensables mais qui au final, ne disent rien au lecteur. Qui n?a pas le même vécu, qui pourrait se demander au bout d?un moment : quel intérêt de me raconter qu?ils dînent ou dorment ? En somme le danger qui guette toute plume qui entreprend de raconter son existence est de vite lasser son lecteur par force digression et anecdotes. Car au nombre des arts difficiles figure celui de raconter.

Certes Michèle Malivel nous rapporte des repas en famille. Voire même des petits-déjeuners d?enfants avant d?aller au couvent de Lorette. Autour de la table, il y a celle qui se tait, celle qui parle toujours trop, celle qui grinche parce qu?elle n?aime pas aller à l?école. Des petits personnages que l?on ne retrouvera pas au fil de Ces demoiselles du couvent de Lorette. Pourtant ce petit moment passé avec Huguette, Noëlle, Françoise et Michèle est un de ces instants de plaisir simple qui a sa place dans le fil narratif.

Le sens du détail

C?est là l?un des points saillants des écrits de Michèle Malivel : son sens du détail. Comme ce peigne qui lui arrache les cheveux le matin à l?heure de la coiffure.

C?est cependant une arme à double tranchant. Devenant une faiblesse quand l?auteur emportée par l?élan d?une course de chevaux se lance dans l?ennuyeuse énumération des partants d?une course hippique. Elle ne nous épargne pas non plus les commentaires de la course, alignant les ?ralentit le pas? au ?cravache, éperonne et cramponne?. Et même si ?baisé, mon cheval a gagné?, nous sommes tentés de dire que c?est son côté historienne qui fait alors de l?ombre à son côté raconteuse d?histoire.

Comme l?auteur raconte avec la voix de l?enfant ou de la jeune adolescente (se permettant de temps en temps des commentaires qui trahissent son recul), le monde de Michèle est relativement rempli de ?tout le monde il est bon, tout le monde il est gentil?. Elle le note. ?Le monde de l?enfance est un monde étrange, fait de rêves, d?interdictions, protégé par les certitudes des grandes personnes.?

Au bord du gouffre de la justification autobiographique, Michèle Malivel se raconte : ?Lorsqu?on fait partie d?une famille nombreuse, on n?a pas le temps d?écouter les adultes car il faut marquer son territoire vis-à-vis de ses frères et s?urs. Mais quand on est enfant unique, ce n?est pas tout à fait pareil. Vos parents vous gardent auprès d?eux plus souvent et vous partagez leur vie comme une adulte en miniature, ce qui n?est pas forcément drôle. C?était mon cas.?

Mais n?allez pas croire qu?il faille pleurer sur le sort de la narratrice. Surtout pas. Enfance dorée à plus d?un titre, on est aux antipodes de ce qui pourrait se faire de pire en matière de littérature où l?enfant hait sa mère : Vipère au poing d?Hervé Bazin par exemple.

Mais ne nous égarons pas dans des comparaisons futiles. Et suivons Michèle Malivel, celle qui était ?persuadée qu?il fallait un passeport pour franchir les limites de Moka?.

EXTRAIT

Ces demoiselles du couvent de Lorette

■ J?avais reçu, il y a bien longtemps, un coffret à bijoux. Cette grande boite rectangulaire, en cuir noir et capitonnée de velours rouge, m?avait permis de ranger des bijoux et des bricoles achetées au cours de mes voyages dans des moments d?égarement (?)

Le fond du coffret était constitué de cavités protégées par des coussinets de velours. Je soulevais le premier et je demeurai interdite. Là, tout seul comme le plus précieux des bijoux, reposait mon badge du couvent de Lorette ! Ce petit écusson sur lequel se détachaient, brodées en jaune, les trois lettres ?LCC?, Loreto Convent of Curepipe, me fit venir les larmes aux yeux (?)

Toutes les images sont arrivées en vrac et j?ai perdu le fil de mon premier jour de semi indépendance (?.) on quittait le couvent à trois heures. Je suis restée sagement assise en attendant Irène. Toutes les amies partaient les unes après les autres et le joyeux bruit de la classe diminua pour n?être qu?un grand silence.

En face de moi, la religieuse mettait de l?ordre. Je me suis sentie tellement abandonnée qu?une grosse boule monta dans ma gorge. J?ai essayé de la retenir, le plus longtemps possible, mais elle était plus forte que moi et elle a éclaté en même temps que mes sanglots : Irène m?avait oubliée.

Une autre religieuse vint voir ce qui se passait. émue par mon désespoir, elle m?assit sur ses genoux. Sa collègue et elle me racontaient des histoires pour me distraire, mais je n?étais qu?à moitié rassurée. Et si j?allais rester là ? Si j?allais être obligée de devenir religieuse ? Une d?entre elle me tendit alors une image pieuse. Une petite histoire courait sur la grande pudeur qui régnait au couvent. Un médecin, appelé en consultation auprès d?une s?ur malade, avait prescrit l?administration d?un lavement. Il fut sommé de revenir à une heure précise. à l?heure dite, il sonne, une petite s?ur lui ouvre la porte et s?enfuit en courant (?) En entrant dans la chambre, il marque un temps d?arrêt, stupéfait. à la place de la malade se dresse sur le lit, un monticule d?images pieuses ! C?est alors qu?une petite voix lui dit : ?Soulevez Saint-Joseph, docteur? !

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