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Moindre intérêt
?Islands, Big stakes... and Big problems?, ironisait un journal sud-africain, histoire de donner nettement la mesure de l?enjeu de la conférence qui s?achève aujourd?hui. Cette mesure ne semble pas tout à fait avoir été prise par le public mauricien ; la conférence aura autant fait l?objet de ressentiment que de soulagement, à entendre grogner certains membres du public et de l?opposition en tout premier lieu. Nos ?big problems? auront été... ceux causés par cette réunion elle-même ? les bouchons, le centre de conférences trop chic et les limousines trop chères, ?l?inutilité? en somme des dépenses pour un accueil trop démonstratif. Les grandes catastrophes, quand elles nous ratent, ont pourtant la vertu de relativiser querelles de pacotille et ennuis quotidiens, de faire passer à l?essentiel. Ce n?est pas tout à fait ce que l?on aura observé.
Défaitisme ? C?est en partie la désillusion qu?une conférence puisse changer quoi que ce soit aux risques qui nous guettent qui serait évoquée ; c?est beaucoup d?argent pour rien, entend-on. Ce défaitisme n?est pas fondé. Cette réunion a lieu précisément parce que celle de la Barbade n?a pas fait bouger les choses, pour agir. Il ne peut donc en sortir qu?un progrès. Et elle se tient à la veille d?une autre. Tout ce qui a été discuté ici sera amené au Japon, où se tiendra la ?UN World Conference on Disaster Reduction?. Il était fondamental que toutes les inquiétudes et les requêtes soient émises avec suffisamment de conviction et soutenues par un consensus pour avoir l?écho souhaité. Et puis, on ne demande à une conférence d?autre ambition que de faire prendre conscience. En ce sens, elle n?a pas pu rater son coup, avec l?aide du tsunami, douloureux mais bienheureux hasard. La communauté internationale à qui l?on reproche de s?être assoupie et d?avoir bloqué, par ses contributions réduites, la mise en application du plan d?action de la réunion de la Barbade, s?est déjà réveillée.
Une certaine insouciance, aussi ? Il y a fort à parier que le public mauricien dans sa grande majorité n?est pas très convaincu qu?un tsunami puisse véritablement lui arriver. S?il en était autrement, les suggestions de protection auraient fusé de cette population si prompte à avoir une opinion sur tout. Il est vrai que la nature humaine veut que l?on ne réagisse pas tant que le danger est hypothétique, les tremblements de terre dans l?océan Indien demeurant exceptionnels. Mais face à l?ampleur de la catastrophe d?Asie, l?évocation subséquente des risques, qu?ils viennent des glaces du Sud ou de la Fournaise, cette langueur reste étonnante. Aucun mouvement écologiste pour réclamer que l?on se soucie davantage de la pollution du lagon, une barrière de corail saine étant l?une des meilleures protections contre un tsunami ; aucune autorité de village côtier pour réclamer une réflexion sur la construction de plateformes de refuge ; aucune voix citoyenne pour souhaiter une installation plus rapide d?un système d?alerte : dix ans, cela semble long.
Les enjeux sont techniques, il est vrai, et l?événementiel, incarné par la présence de personnalités, a éclipsé quelque peu dans l?esprit du public l?intérêt que réclamaient les débats. Il reste malheureux qu?une grande partie de la population ne se soit pas véritablement sentie concernée. Il est malheureux que l?opposition, alternance possible, n?ait choisi de faire résonner à ses oreilles que le mot ?gaspillage? et non celui ?d?aubaine? durant cet événement. Il est grave en somme qu?elle n?y ait pas participé. Comment pourrait-elle demain réclamer que des résolutions prises ici, en janvier 2005, soient suivies au nom de notre protection la plus élémentaire ?
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