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Mixité, ton nom est normalité
Maintenant qu?ils sont en Lower, ils en rigolent bien. Faut voir la tête d?Ashley Purhooa, quand il se souvient du tablier qu?il a cousu en Form I au St Andrews College à Rose-Hill. Exercice obligatoire en classe de Home Economics, pour les filles comme pour les garçons.
?Ayo, gagn impe onte.? Hans Moonesamy, camarade de classe, ajoute, ?bizin dimann mama aste tetrone blanc?. Les filles renchérissent. ?Les filles n?hésitent pas à piocher dans les classes d?agriculture.?
La mixité au collège. Rien de plus normal pour ces jeunes. Quand on évoque le refus des parents d?élèves du Nouvelle-France State Secondary School de voir transférer leurs filles dans un établissement mixte, ces collégiens s?étonnent. ?L?école primaire c?est mixte, les leçons particulières sont mixtes, quand on ira à l?université ce sera mixte, pourquoi séparer les élèves au collège ??
Et s?il est à plusieurs kilomètres de là, qu?il est un peu plus jeune aussi, Gaël Gopaul de Saint Mary?s West est du même avis : ?Kouma li pou rant dan sosyete ki mixte ??
Et si l?histoire du tablier fait sourire, le Food & Nutrition, spécialisation culinaire de Home Economics, attire plus de garçons que de filles cette année, en Form IV au St Andrews College.
Justement, hier à la mi-journée, tous s?affairaient dans la cuisine, car c?était jour d?examen de fin d?année. L?un d?eux, à forte corpulence portait d?ailleurs un tablier visiblement trop petit pour lui. ?C?est celui qu?il a fait en Form I?, indique la surveillante. Alors que d?autres sont encore occupés à étaler la pâte à pizza au fond du moule, lui la garnit déjà de saucisses, de fromage et d?oignons découpés en rondelle.
Les préjugés jadis associés aux garçons à la cuisine ont été remplacés par des considérations pragmatiques. Celles des débouchés potentiels dans le secteur de l?hôtellerie. Car ces marmitons se rêvent en chefs.
<B>?La responsabilité de travailler?
Au St Andrews College, la mixité est une règle depuis 1943. Il y a trois ans, Azra Galamali a fait un petit séjour dans un collège de filles de Pamplemousses. Son père, enseignant au St Andrews témoigne : ?Quand elle a quitté Rose-Hill pour Pamplemousses, après trois jours, elle était transformée. Elle ramenait son déjeuner à la maison, elle rentrait très calme et vivait presque recluse. Quand je lui ai demandé si elle voulait revenir au St Andrews, elle rayonnait à nouveau. La mixité n?a pas affecté la performance de ma fille. L?année dernière, elle a eu sept unités pour son School Certificate.?
Se concentrer sur ses études, ce n?est pas un problème affirme Bianca Mirliflore de Saint Mary?s West. Abordant le sujet de la confiance que ses parents ont placée en elle, cette ancienne élève du Lycée de Beau-Bassin affirme : ?Ce n?est pas parce qu?une fille est dans un collège mixte qu?elle aura forcément un petit copain et que cela va l?empêcher d?étudier. Quand nous venons à l?école, nous avons une responsabilité, celle de travailler.?
De son côté Meenousha Rujputh raconte comment elle ?reçoit même des appels téléphoniques des garçons à la maison. Pour ma mère c?est normal, ce sont des amis de classe?. Avant d?avancer la thèse qu?ailleurs, ?les garçons vont faire l?école buissonnière pour voir leur petite amie?. En clair, la fréquentation quotidienne des genres rend moins fréquent ce phénomène.
<B>Garçons moins agressifs</B>
S?il y a une question sur laquelle tous les élèves interrogés sont d?accord, c?est bien que ?la mixité kas timidité?. Ne serait-ce que dire bonjour à une fille, tâche insurmontable pour certains garçons pas habitués à les côtoyer au collège, devient banal pour Ashley, Hans et Ian du St Andrews College. ?Zot pli gentleman?, note Meenousha.
Moins agressifs, moins vulgaires, plus cool. Le constat est de Ruby Atmaro, recteur adjoint du St Andrews College, également parent d?élève. Meenousha elle, dit oui sans hésitation quand on lui demande si ses camarades lui cèdent la place dans le bus d?école ou s?effacent pour la laisser entrer la première dans la bibliothèque. ?Avant de dire un juron, ils regardent si une fille est dans les parages. Si je l?entends quand même, ils diront : ?sorry?.?
Quand c?est une fille qui est première en classe, comment réagissent les garçons ? Gaël Gopaul et Elizabeth Ramtohul se regardent. Pour les maths, ils se disputent la première place. ?Cela augmente la compétition, mais elle reste amicale. Si ena problem, nou get li ensam.?
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