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Missionnaire vert

28 octobre 2008, 01:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Il veut un monde vert. Comme pour s?harmoniser avec la couleur de ses yeux. Jean-Noël Maurice ne se rappelle plus depuis quand a commencé l?idylle entre la nature et lui. Le front plissé, il fait travailler ses méninges. Et réalise que c?est une relation qui date, et qui dure. «C?est depuis toujours je crois? J?habitais près de la piscine Serge Alfred. A l?époque, il y avait un terrain en friche à la place, et j?étais tout le temps là-bas.»

Le jeune homme ne jure pas fidélité à la cause environnementale tout de suite. Il se contente de «critiquer, d?être amer dans mon coin.» Ses études et ses années «rebelles» terminées au Collège du St-Esprit, il devient apprenti-journaliste pendant deux ans. Impressionné par les documentaires de la National Geographic, il part en Australie pour des cours en Film & Production Techniques en 1999. Un peu influencé par son cousin, le réalisateur Stéphane Belle-Rose.

De retour à Maurice, il travaille avec Gaëtan Essoo sur Voisin Voisine pendant deux ans. Il est d?abord, responsable de l?équipe technique, puis réalisateur. Ensuite, il passe à Radio One en tant que responsable du studio de production.

En cours de route, il entend parler de l?association Nature Watch. A travers Jan Hookoomsing, la «cheville ouvrière de l?association», il est mis au courant de l?autoroute qui menace de profaner la verdoyante vallée de Ferney.

Jean-Noël, le «très timide», qui préfère rester derrière la caméra, plutôt que de s?aventurer devant, s?insurge. Au placard, la timidité ! «Quelquefois, il faut respirer un bon coup et y aller quoi.» Il rassemble amis et connaissances ayant des compétences dans la communication pour monter une campagne de sensibilisation contre le projet. Environ un an après, le projet d?autoroute est abandonné. Mais Nature Watch aussi.

«Mon rêve : une île Maurice où il n?y aurait pas une très grande différence sociale entre les gens où les lagons seraient reconstitués, avec des pans de fôrets pour se promener, un toit convenable pour se loger, où on pourrait manger à sa faim».

Avec quelques amis de la défunte Nature Watch, Jean-Noël se charge de la relève.	Dans six mois, sera prêt MRU 2025, un site web multimédia, qui se veut une plate-forme pour ceux qui ont à c?ur la cause environnementale.  Rendue possible grâce  un programme de financement du Programme des Nations unies: la Global Environment Facility ? Small Grants Programme. Mardi dernier, Jean-Noël et son équipe recevait une première tranche d?un total de  50, 000 dollars (Rs 1,5 million). «L?idée de ce site web est de se servir d?internet pour encourager les mauriciens à s?adhérer aux ONG, ou à défaut suivre leurs idées. Car plusieurs personnes ont la même démarche que nous. Mais, ils ne sont pas médiatisés.» 

Pourquoi MRU 2025? Parce que la bande d?amis se donne jusqu?à l?an 2025 pour éduquer les gens. «Comme vont les choses, qu?est-ce qui va se passer dans 15, 20, 30 années ? Si demain pour x raison, il y a un grand conflit dans le monde, et que tout arrivait en rationnement, on ferait quoi ? Dimoun pou manz quoi?» s?interroge t-il, tout en rappelant l? hyperdépendance» de Maurice. Dont la cause serait la mégalomanie mauricienne. «Le Mauricien veut être un américain. Il voit tout en grand. Il veut un super job, une super femme, une super bagnole?»

Et de telles considérations laissent peu de place à l?environnement, n?est-ce pas ? Les préoccupations de Jean-Noël sont différentes. «Quand mon enfant aura 18, 20 ans, je ne voudrait pas qu?il manque d?eau ou d?air, ou qu?il ait besoin de tuer son prochain pour survivre? C?est plausible ce que je dis. Cela ne relève pas du fantasme totalement.»

Pas totalement, mais un peu quand même? Jean-Noël, l?écologiste, Jean-Noël le fantasque. Pléonasme. A-t-il l?impression d?exagérer parfois? Que veulent-ils ces écolos ? Que le pays arrête net son développement ? On ne fait pas d?omelette sans casser d??ufs après tout. «Eh ben, pour continuer la métaphore, il n?y a plus d??ufs ... La nature a assez payé pour l?avidité de l?homme. Ne pas le reconnaître, c?est faire preuve d?un aveuglement le plus total.» tonne-t-il.

Et de citer ces projets de développement qui profite à tout le pays, mais, qui, au fait, «ne profite qu?à des nantis. Les promoteurs disent :j?ai fait du développement. J?ai donné de l?emploi. C?est viable pour cinq ans. Combien de petits employés pourront effleurer le rêve de séjourner dans cet hôtel-là un jour. Les terres autour de l?hôtel prendront une valeur extraordinaire. Prendre un prêt ? Ce n?est que quand votre enfant aura 60 ans qu?il pourra le payer?»

Argent. Un mot qui déchaîne des passions chez notre interlocuteur. Il s?interroge sur son importance. «Il faut arrêter de penser en termes d?argent. L?argent, ça va, ça vient. Est-ce que demain, on en aura besoin ? Tout ce qui se passe prouve que le capitalisme, ce n?est pas la bonne voie. Les gros mangent les petits allègrement,» dit-il avec véhémence. Qui cède aussitôt la place au sourire quand le thème Maurice île durable est abordé. Une idée qu?il juge «excellente.» «La seule chose que je trouve très dommage, c?est que ça a l?air d?être axé sur l?énergie seulement. Alors que pour vivre, on na pas besoin d?électricité uniquement.»

Et de quoi avons-nous besoin ? De quoi aurait l?air son île Maurice rêvée ? «Une île Maurice où il n?y aurait pas une très grande différence sociale entre les gens, où les lagons seraient reconstitués, avec des pans de forets pour se promener, un toit convenable pour se loger, où on pourrait manger à sa faim. Sans plus.» Sauf que c?est peut-être déjà beaucoup. Il s?empresse d?ajouter. «Je trouve étrange comment le prix de l?électroménager baisse, mais celui de la nourriture monte.» Alors, bien sûr qu?il s?est mis au travail. Il a monté son propre petit business agricole. Bio, cela s?entend «De plus en plus de planteurs devraient aller vers cela, vu le prix des intrants.»

Malgré tous les coups que se prend Dame Nature, Jean-Noël peint l?avenir sous de belles couleurs? Où les nuances du vert dominent. «Dix ans de cela, on ne concevait pas qu?il pouvait y avoir un groupe qui se battrait contre une décision du gouvernement. Maintenant, les gens se mobilisent.»

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