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Mission Jonglage

7 juin 2008, 00:00

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«Tou dimoun pe koz so koze.» Rama Sithanen le sait. Crispé lui ? Si c?est le cas, les signes ne sont pas là. Midi passé. Il repasse pour la quantième fois dans le couloir qui sépare son bureau de celui des cinq rédacteurs du discours du budget.

Quand Rama Sithanen lance : «nou en retar», il est hilare. Il rigole franchement. «Nou ankor pe sanze», explique-t-il. En riant de plus belle.

Quelques allées et venues plus tard. Quelques claquements de porte plus tard, voilà le ministre des Finances qui ressort de son pays. Il tient à la main un sandwich déjà bien entamé, enroulé dans une serviette en papier. C?est qu?il n?a pas pris le temps d?aller déjeuner avec son épouse et son fils à La Flore mauricienne, comme l?an dernier.

Entre deux bouchées, les dernières directives sont adressées à Ali Mansoor, secrétaire financier, Benou Servansingh, Patrick Yip, conseillers.

Quelques minutes avant 13 heures. C?est fait. Le budget est bouclé. La veille, l?équipe ? ministre inclus ? a «fini à 3 heures du matin». Elle a repris son poste avant 9 heures. ce qu?il reste à faire ? Revoir le phrasé et les nuances. Apporter les dernières corrections. Celles d?un ministre pointilleux.

Pour s?aider : une documentation impressionnante. Les discours d?une dizaine de budgets précédents, empilés devant lui. «Mo finn al relir tou», affirme le ministre. Pour revoir comment «des choses» ont été présentées les fois précédentes. Moins pour se démarquer. Plus pour «imposer son style».

Mais qu?est-ce que le style Sithanen exactement ? Lui répond, «Hum?faut réfléchir.» Ce qu?il fait. Petite moue à l?appui.

Avant que n?arrive l?ébauche de réponse : «Le style a varié en fonction de la gravité des problèmes. Maintenant nous avons plus d?espace fiscal. Comme j?ai l?habitude de le dire, nous ne pouvons pas partager ce que nous n?avons pas». Rama Sithanen, poursuit : «Ena dimoun ki dir nou ena marz de man?uvre, me kan ou pena kass ki ou pou fer ? Li parey kouma dan lavi».

Ce qui l?amène à l?explication de texte. «La première année, nous étions dans une situation difficile, l?économie était malade. Il y avait urgence, celle de sauver le pays du marasme, de remettre l?économie sur les rails. La deuxième année, on a eu les premiers ?green shoots?, c?était plus relax. Le troisième, c?est un défi, un risque à prendre mais qui est nécessaire face à la crise alimentaire et la crise énergétique».

Et d?énumérer les subsides augmentés, voire doublés, sur le riz, la farine et le gaz ménager.

Un argumentaire qui n?exclut pas le social. Rama Sithanen est catégorique, «nous faisons beaucoup pour le social», affirme-t-il. Avant d?ajouter, «nous allons en faire plus». Et de montrer qu?il est en phase avec le sentiment de l?homme de la rue. Celui qui veut que «minis des Finans bizin fer labous dou». Un concept auquel Rama Sithanen répond : «mo habitye dir ki lekol kot aprann vinn bet finn ferme depi lontan.»

Après l?effort, le réconfort. Des mains se tendent spontanément pour féliciter le ministre des Finances.

Avant de relativiser son rôle. Lui, dont tout le monde parle, qualifie son rôle de, «mo zis enn trustee», un administrateur qui estime qu?il a une responsabilité, autant de nous faire avancer que de «pratiquer la solidarité».

Deux heures et demie de discours plus tard : Sithanen a terminé son marathon. Comme il a épuisé sa réserve d?eau minérale. Après l?effort, le réconfort. Des mains se tendent spontanément pour le féliciter. Que ce soit dans l?hémicycle. Ou lors de la réception qui suit la lecture du budget. Visiblement plus relax, le ministre des Finances affirmera : «même les syndicats m?ont félicité».

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