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Mise en scène de la peur

28 juillet 2004, 20:00

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Des premiers émois justifiés aux spéculations les plus farfelues, on a eu droit à toutes les réactions imaginables suite au drame de Grand-Baie. Du côté des officiels, la recherche du ton juste, de la mesure appropriée pour éviter les excès de définitions et de lectures confuses a été une hantise permanente. Pour une fois, on ne peut se plaindre des habituels écarts qui visent des récupérations de tous genres. Ce qui n?a pas empêché la conscience collective d?exprimer une peur diffuse. Les plus pondérés plaidaient pour une désincitation aux dérives sécuritaires. De l?autre côté, les alarmistes et les irresponsables au subconscient de pyromanes tentaient à tout prix de conférer à cette malheureuse tragédie une certaine dimension ?terroriste?.

Maintenant que les clameurs se sont plutôt tues, il est bon de rappeler que nous vivons une époque d?incertitudes, de visages masqués, de pluralités, de contradictions? où il est conseillé de se méfier des pathologies primaires. Celles-ci servent principalement à faire remonter à la surface les peurs les plus profondes. Alimentée par le discours courant, celui des médias et de la rhétorique officielle qui se fient facilement à des concepts galvaudés, la peur d?une menace terroriste paralyse nos réflexes les plus rationnels. Le drame de Grand-Baie donne aussi la pleine mesure de cela. Et également de ce bourrage de crâne auquel ont été soumises les opinions publiques suite aux attentats du 11 septembre aux Etats-Unis. On a eu droit, comme d?autres, à un conditionnement de la pensée avec une instrumentalisation certaine de la peur.

Il faut cependant éviter toute tentation de dramatisation. Au-delà des essais de théorisation autour d?une éventuelle psychose, il demeure que les Mauriciens, dans leur grosse majorité, ont à la fois exprimé leur solidarité pour les victimes et démontré une capacité à prendre de la distance par rapport aux événements en les habillant parfois d?une dose d?humour. Il est vrai aussi que nous avons davantage fait l?expérience de la peur devant un drame aux effets et aux causes inconnus qu?à un sentiment de terreur.

A ce titre, le rôle des radios mérite d?être souligné. On aura beau gloser sur la qualité de certaines interventions en direct ou encore sur les dérives possibles mais il importe aussi de mettre l?accent sur le fait que la critique des radios est devenue un exercice courant pour exprimer un prêt-à-penser éthique dont les motivations ne sont pas toujours innocentes.

En refusant de se soumettre aux fourches caudines des censeurs et des doctrinaires, les radios, privées surtout, perpétuent une pratique de la parole libérée. Celle-ci peut souvent être déviante. Cependant, elle traduit un vécu et un dire qui, tout en étant populaires, n?en demeurent pas moins le reflet d?une certaine représentation de l?imaginaire social mauricien. Cette parole, dans les moments les plus troubles, ne peut donc que se signaler par son relativisme et son subjectivisme. A vouloir l?ériger en parole d?évangile ou encore à vouloir la déconstruire systématiquement, on se risque inévitablement au ridicule. C?est tout autant vain aujourd?hui de vouloir circonscrire cette parole lorsqu?elle ne se prive pas de commenter la présence d?experts américains sur les lieux du drame à Grand-Baie. Car il est parfois des excès qui viennent de ceux qui donnent des leçons de retenue.

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