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Millais et les préraphaélites
Sir John Everett Millais, premier artiste anglais à avoir eu le titre de baron, est, avec Dante Gabriel Rossetti et William Holman Hunt, l?un des trois fondateurs de la confrérie préraphaélite ? le mouvement le plus influent de toute l?histoire de l?art anglais. Le nom de ?préraphaélite? est choisi pour traduire l?admiration des artistes pour les peintres italiens d?avant Raphaël. Ces peintres préraphaélites veulent une peinture plus noble que celle qui ornent les murs de leurs académies en choisissant la fidélité à la nature, même si leurs tableaux ont pour thème des descriptions tirées des ?uvres littéraires. Ils utilisent alors des couleurs pures sur fond blanc ? d?où l?éclat saisissant de leurs tableaux. Fondé en hiver 1848, au moment où les révolutions gagnaient l?Europe, le mouvement va modifier la vision des générations entières de peintres.
C?est en 1849 que Millais expose sa première toile préraphaélite sous le titre Isabella, une étrange composition destinée plutôt à narguer les académiciens. Le thème est inspiré d?un poème de Keats intitulé Isabella ou le pot de basilic. On y voit assise à table toute la famille d?Isabella, y compris l?amant de celle-ci, Lorenzo. Les frères d?Isabella, assis à gauche, affichent une attitude malveillante. Le geste de l?un d?entre eux, donnant un coup de pied à un chien, est considéré comme osé dans l?Angleterre victorienne. Toutefois, l?Art Journal n?hésite pas à faire l?éloge de Millais en affirmant que ce tableau ?ne manquera pas d?établir la renommée du jeune peintre?. Le tableau (toile 103 x 143 cm) est aujourd?hui visible à la Waker Art Gallery, à Liverpool.
Influence de l?esprit romantique
Par contre, le deuxième tableau de Millais Le Christ dans la maison de ses parents, connu aussi sous le nom de L?Atelier du charpentier, exposé à l?Académie royale, va déclencher des attaques virulentes à l?égard de l?artiste. Le Times écrit : ?le principal tableau de Millais est, pour parler clairement, révoltant.? Charles Dickens qualifie le personnage du jeune Christ comme un ?garçon hideux, au cou tordu, aux cheveux roux, et chialant en chemise de nuit?? et le personnage de la mère comme une ?femme tellement hideuse dans sa laideur qu?elle se détache du reste de la compagnie comme un monstre?? Evidemment, aucun tableau de la confrérie ne sera vendu. Rossetti, faisant le v?u de ne jamais exposer en public, suit son propre chemin. Millais et Hunt refusent de se laisser abattre et prennent la direction de la confrérie. De nouveaux peintres se joignent au groupe, dont Walter Howell Deverell, James Collinson, et Arthur Hughes. Thomas Combe, directeur de l?Oxford University Press, pour encourager les peintres préraphaélites, achète la plupart de leurs ?uvres.
En 1851, Millais expose trois tableaux hors du commun à l?Académie royale : Mariana, La Fille du bûcheron, et Le Retour de la colombe à l?Arche. Mariana est inspiré d?un poème de Tennyson. La toile montre une influence de l?esprit romantique de Rossety sur Millais. La Fille du bûcheron qui porte le titre d?un poème de Coventry Patmore est une peinture réaliste de la vie sociale. Mais une fois de plus la presse attaque. Le Times parle d?un ?étrange désordre de l?esprit et des yeux qui continue à faire rage avec une constante absurdité?. Grâce à l?influence de Coventry, John Ruskin, le plus influent critique d?art, est dépêché pour aller au secours de la confrérie. Son intervention renversera la tendance.
L?année d?après, en 1852, lorsque Millais expose Ophélie à l?Académie royale, les critiques changent de langue, offrant un vent favorable aux préraphaélites. Visible aujourd?hui à la Tate Gallery de Londres, Ophélie, illustrant un sujet shakespearien (la folle Ophélie se noyant) dans un style romantique proche du Moyen Age, est considéré comme l?un des plus grands chefs-d??uvre du mouvement préraphaélite qui sera repris par de nombreux autres artistes.
Un an plus tard, Millais est élu membre associé à l?Académie royale alors que la confrérie préraphaélite touche à sa fin. Aujourd?hui, Sir John Everett Millais est considéré comme l?artiste le plus doué de la confrérie au niveau de la technique. Son talent réside dans sa façon de mêler les sujets poétiques aux détails naturels, en réduisant au maximum les éléments narratifs. On peut mieux le voir lorsqu?il atteint son point culminant dans La jeune fille aveugle et Feuilles d?automne. Ruskin, voyant en lui l?un des plus brillants artistes de l?époque victorienne, écrira à juste titre : ?Qu?il soit bon ou mauvais une année, il est toujours le plus puissant de tous.?
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