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Mieux faire entendre sa voix dans la République

15 octobre 2008, 00:00

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Une lutte de longue haleine. 25 ans pour arriver à l?autonomie de Rodrigues le 12 octobre 2002. «C?est un combat que nous avons mené depuis 1976. Suite à la visite du Premier ministre Sir Anerood Jugnauth en 2001 et au rapport du juge Robert Ahnee, une loi a été votée à l?unanimité à l?Assemblée nationale pour accorder l?autonomie à Rodrigues», se rappelle Serge Clair, leader de l?Organisation du Peuple Rodriguais (OPR).

La loi constitutionnelle établissant la Rodrigues Regional Assembly de 2001 prévoit un cadre institutionnel, au sein de la République pour une dévolution des pouvoirs afin de favoriser une meilleure intégration de la population de l?île dans le processus décisionnel. Malgré la décentralisation, l?hydre de l?indépendance se fait plus présente.

Claude Wong So, ancien Island Chief Executif (ICE) insiste quant à la conformité des décisions du Conseil exécutif vis-à-vis du gouvernement central. L?autonomie suppose une entente entre l?assemblée rodriguaise et l?autorité centrale. Néanmoins, «il faut plus d?autonomie pour plus de liberté d?action, et ce dans la durée au lieu de répondre de manière conjoncturelle» précise l?ex-ICE.

«L?indépendance,une aspiration légitime»

L?autonomie de Rodrigues n?a pas réduit l?empreinte de Maurice dans les sphères administratives et économiques. C?est là un point d?achoppement. «Décision concernant Rodriguais bisin prend dans Rodrigues par Rodriguais li-même. C?est à nous de travailler et de développer notre économie pour atteindre l?Indépendance économique», estime le Chef commissaire Johnson Roussety.

Les querelles entre Port- Mathurin et Port-Louis concernant l?indemnisation des pêcheurs ou encore la gestion des terres ont cristallisé des vélléités dans ce sens. «Bisin comprend ki modèle social et économique ki nou pé adopter dans Rodrigues li cadrer ek nou besoins ek nou situation», souligne Johnson Roussety. L?autorité centrale devrait-elle lâcher du leste?

Alain Levêque, Rodriguais émigré en Australie, peint un tableau au vitriol dans son récent ouvrage «Cri de liberté». «L?héritage colonial de la dictature bureaucratique n?a jamais été démantelé à Rodrigues. Il s?est, au contraire, renforcé. Des fonctionnaires étrangers donnent les ordres et notre peuple obéit sans un mot. Le chef de la police, le juge, le ministre pour les affaires rodriguaises, (?) tous ceux qui gouvernement véritablement l?île Rodrigues viennent de Maurice»

Le propos est acerbe. Il sous-tend surtout un désir qu?on entend parfois: celui de l?indépendance. Pour Jean-Marie Richard, «l?autodétermination doit être considérée comme une aspiration et un processus légitimes». Cependant, peut-on aspirer à l?indépendance six ans après l?autonomie ?

C?est d?abord d?une indépendance économique dont parlent les différents interlocuteurs. Serge Clair rappelle que «l?autonomie pour laquelle nous avons lutté n?est pas l?indépendance. Quand nous parlons de rodriganisation, ce n?est pas à l?encontre de la République, mais afin que les Rodriguais adoptent un parcours de développement responsable qui tienne compte des spécificités de l?île».

Pour un développement à la rodriguaise

Bref, travailler de concert avec l?autorité centrale. Mais sans que ce partenariat n?étouffe les prérogatives de l?Assemblée rodriguaise. C?est dans ce sens que Claude Wong So plaide pour que Port-Mathurin et Port-Louis trouvent un terrain d?entente afin de créer les synergies nécessaires au développement de Rodrigues. Un développement qui doit tenir compte des caractéristiques propres de l?île.

Six ans d?autonomie. C?est trop peu pour évoquer déjà une éventuelle indépendance. Il s?agit avant tout de trouver sa place dans la République de Maurice. Les divergences dans l?interprétation des textes régissant l?autonomie nourrissent des querelles qui polluent les relations avec le pouvoir central.

Jean-Marie Richard appelle à «l?organisation d?états généraux de l?autonomie pour débattre de propositions qui doivent huiler la mécanique. La société civile, les élus et les fonctionnaires doivent impérativement et sans complaisance effectuer une autocritique et venir de l?avant avec un schéma directeur».

L?autonomie doit permettre à Rodrigues d?opter pour son propre parcours de développement au sein de la République. Les défis à relever sont nombreux, notamment dynamiser le tissu économique pour freiner l?exode vers Maurice ou assurer la sécurité alimentaire d?une île encore trop dépendante.

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