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Mgr Margéot : Pour une île Maurice solidaire et fraternelle

4 août 2008, 00:00

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En prévision des législatives du 21 août 1983, Mgr Jean Margéot se fend d?une nouvelle lettre pastorale préélectorale. Il rappelle légitimement l?existence de celle, précédant le scrutin du 11 juin 1982 et qui, affirme-t-il, n?a rien perdu de son acuité, bien au contraire. Il rappelle que, lors d?une campagne électorale et au moment de voter, tous les Mauriciens, et pas seulement les candidats, doivent se battre pour défendre les valeurs essentielles de liberté, de justice et de respect mutuel au sein d?une société pluraliste. Cela ne suffit toutefois pas. Nous devons encore nous battre, au-delà de possibles rancoeurs et frustrations, pour que, entre les membres de la grande famille mauricienne, règnent la plus grande fraternité et solidarité. Entre frères et s?urs authentiques, compréhension et amour mutuel doivent transcender les possibles divergences et autres différends.

L?évêque de Port Louis concède qu?après les espoirs déçus de l?après 11 juin 1982, le découragement peut s?installer dans les esprits les plus faibles. Il déplore donc le désenchantement, la désorientation, la perte de crédibilité de la classe politique, causés par la mésentente entre militants. Cela ne nous donne pas pour autant le droit de nous désintéresser de la politique. Celle-ci continue à régler la vie quotidienne de tout un chacun et même défavorablement si les meilleurs d?entre nous se retirent sous leur tente. Cela ne doit, toutefois, pas nous inciter au fanatisme électoral. La violence verbale fait reculer la maturité politique. Elle peut inciter à la haine raciale ou sectaire. Elle est signe de faiblesse. Elle favorise la violence physique et le terrorisme, cherchant à intimider les électeurs. De même, la démagogie est inacceptable, tout comme les promesses mensongères (comme celle de nous promettre le paradis terrestre, en seulement cent jours).

S?ils veulent retrouver leurs lettres de noblesse et redorer leur blason, les politiciens ne sauraient avoir recours au «clavier de la peur» à instiller au sein de l?électorat ou encore à celui visant à l?infantiliser en lui faisant accroire que le candidat li même papa li même mama. Le politicien doit s?adresser à ce qu?il y a de plus noble dans le Mauricien, autrement dit à son intelligence, à sa capacité de réflexion. Aucune campagne électorale n?a le droit d?hypothéquer l?édification d?une authentique nation mauricienne.

Les électeurs ont le devoir d?interroger les candidats sur le contenu de leur programme électoral. Vis-à-vis d?eux, nous devons être les témoins et les champions intransigeants des valeurs essentielles qui sont nos principes de vie, de pensée et d?action. Nous avons les politiciens que nous méritons. L?enjeu pour l?électorat n?est pas la victoire de l?un des camps en présence mais le progrès authentique de notre population, de la grande famille mauricienne. Des valeurs essentielles doivent être sauvegardées à tout prix.

La première de ces valeurs est la liberté. Sans elle, pas de société civile possible mais la dictature la plus vile, la plus déshumanisante. Elle comprend, bien sûr, la liberté religieuse qui permet à tout parent d?élever ses enfants comme lui dictent ses convictions religieuses. Il y a aussi la liberté d?expression, de presse, d?association, la liberté syndicale et éducative. La Constitution est un contrat social qu?on peut certes amender mais pas pour un oui ni pour un non et à tout bout de champ, si l?on veut préserver sa légitime et essentielle crédibilité. Nul n?a le droit d?enfreindre la séparation radicale des différents pouvoirs, législatif, exécutif, judiciaire, policier. Pas de paix ni de progrès sans la liberté et la justice. Celle-ci comprend un traitement égal pour tous les Mauriciens. En toutes choses, y compris les faveurs de l?Etat, les Mauriciens doivent demeurer égaux. Pas question donc d?adopter une politique de deux poids, deux mesures. (N.B. : Et pan ! pour toute pseudo démocratisation économique, camouflant tant d?injustices).

La troisième valeur essentielle, selon Mgr Jean Margéot, est le respect mutuel dans une société pluraliste. Nous devons promouvoir entre nous le sentiment d?appartenir à une nation mauricienne authentique, une et indivisible. Cela exige la plus grande compréhension mutuelle entre nous afin que ce qui nous unit transcende toujours et partout ce qui pourrait nous désunir.

Mgr Jean Margéot conclut sa lettre pastorale en nous invitant à espérer toujours en l?avènement d?une île Maurice meilleure parce que plus juste, plus solidaire, plus fraternelle. Il nous invite à prier pour qu?un esprit d?amour fraternel anime le c?ur, les faits et gestes de chaque Mauricien.

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