Publicité
Meurtre d?un bijoutier octogénaire, rue Lord-Kitchener
Par
Partager cet article
Meurtre d?un bijoutier octogénaire, rue Lord-Kitchener
L?Histoire se répète. Nos journaux de janvier 2006 font la une avec le meurtre dramatique d?un petit restaurateur, René Maderbux, crime commis à une centaine de mètres seulement du poste de police de La Tour Koenig. Il y a 25 ans, c?est un bijoutier octogénaire de la rue Lord-Kitchener, Port-Louis qui trouve la mort tragiquement, presque en face du QG de notre force policière.
En ce dernier dimanche de janvier 1981, M. Mahess Lakhabhay n?en croit pas ses yeux quand il pénètre dans la bijouterie de son grand-père, M. Ramchordas Lakhabhay, pourtant située au 49 rue Lord-Kitchener, à quelques pas de l?entrée principale des casernes centrales. Il découvre avec stupeur son grand-père, sans vie, ligoté, bâillonné, dans une petite chambre, située à l?arrière de la bijouterie. Le Dr A.K. Mohungroo, médecin légiste, ne peut que constater le décès et donner des instructions pour transporter, à la morgue, le corps du défunt.
L?infortuné bijoutier habite à la rue Short. Il quitte sa maison à 7 heures, en ce dernier dimanche de janvier 1981. Il s?en va ouvrir sa bijouterie sans savoir qu?il se dirige vers la mort et la mort la plus atroce qui soit, celle où l?on se voit mourir.
A son arrivée, à 9 heures, son petit-fils constate, avec surprise, que les volets de la bijouterie sont toujours fermés. Seule la porte d?entrée est entrebâillée. Il entre, traverse le magasin, pénètre la salle à l?arrière et se rend compte du drame qui s?y est déroulé quelques minutes seulement avant son arrivée. Horrifié, il se rue aux casernes centrales pour alerter les autorités policières.
Alertée la famille parvient à arriver sur les lieux avant la police. La femme du bijoutier, inconsolable, est au bord de l?évanouissement. Un des fils, chimiste à Phoenix Camp Minerals Ltd, est également présent. Son frère est à l?étranger.
La police arrive sur les lieux à partir de 10 h 15. Le surintendant du CID, M. Madoorapen, dirige les opérations. L?express précise qu?il est secondé par un assistant-commissaire de police, connu pour sa brutalité à l?égard des journalistes. Comme quoi rien ne change vraiment à Maurice, en dépit du bizin sanzement. La police parvient avec tact à contenir la foule des badauds qui grossit de minute en minute. Un gant de couleur beige, découvert aux pieds de la victime, retient l?attention des détectives présents.
Ramchordass Lakhabhay, 80 ans, plus connu comme Lakha, compte parmi les premiers bijoutiers à s?être installés à la rue Lord-Kitchener. Homme tranquille et affable, il ne compte que des amis dans la profession mais aussi dans le quartier. Sa clientèle est humble mais vaste, car composée en grande partie d?usagers du transport en commun, qui descendent de l?autobus à la gare Victoria toute proche et qui passent en grand nombre devant sa bijouterie, les matins et les après-midi des jours ouvrables, pour se rendre à leur lieu de travail et pour rentrer chez eux. Les bonnes manières de ce bijoutier, qu?ils ont toujours connu fidèlement attaché à son atelier, leur inspirent la plus grande confiance.
La rue Lord-Kitchener connaît très tôt une grande animation, les jours de semaine, même à l?aube. Les dimanches, en revanche, elle est pratiquement déserte, en début de matinée, pour retrouver un peu de son animation habituelle à partir de neuf heures. Le ou les criminels ont profité de cette tranquillité matinale et dominicale pour commettre leur forfait.
Ramchordass Lakhabhay partage son petit atelier, sous bardeaux, avec un horloger, dont l?heure, semble-t-il, n?a pas encore sonné. Aucune trace d?effraction à l?arrière. Cela laisse supposer que le ou les criminels ont attendu que leur victime leur ouvre la porte, signant ainsi son arrêt de mort.
Les moins jeunes parmi les personnes présentes dirigent irrésistiblement leur regard vers le bâtiment occupé aujourd?hui par la Pharmacie Ramdenee, à l?angle des rues Lord-Kitchener et Jemmapes, et à l?étage duquel fut ignominieusement assassiné, à la mi-avril 1952, le pharmacien Henri Vanmeerbeck.
Les lecteurs de ces réminiscences ne peuvent, non plus, s?empêcher de penser ici au malheureux Gérald Lagesse, retrouvé également ligoté, bâillonné et sans vie, dans le caveau principal de la Mauritius Commercial Bank Ltd, rue William-Newton, Port Louis.
Ce dernier week-end de janvier 1981 est aussi marqué par un nouveau drame aux Dockers? Flats, survenant onze mois après la mort, toujours impunie car, au pays du pas moi, li ça, il n?y a jamais ou presque de coupable, au-delà d?un certain échelon hiérarchique et social ? ou lé mette ène zarze contre ène haut fonctionnaire kouma moi ! ? de l?infortuné Kersley Augustin (voir l?express du 22 février 2005). Michaël Madré, un bébé d?un an, ne survit pas à l?explosion, à son domicile, d?une bombe verte (lampe à pétrole) ? qui reviendra bientôt dans notre actualité, en raison de la cherté programmée des bonbonnes de gaz. Son père, Gérard, et sa mère, Liliane, ne survivront pas à ses brûlures. Ils ont donné leur vie pour lui porter secours et le délivrer des flammes qui l?embrasent.
Publicité
Publicité
Les plus récents