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Message de Mgr Piat à l?occasion du Festival international créole
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Message de Mgr Piat à l?occasion du Festival international créole
Pour la première fois cette année, le Festival International de la langue et de la culture créoles sera célébré à Maurice. L?Eglise a voulu marquer le coup en organisant, à cette occasion, différentes activités dans le but de susciter une réflexion sur la contribution de la culture créole dans la construction de la nation mauricienne. Je voudrais adresser ici une parole d?amitié et d?espérance non seulement à mes frères et s?urs qui se réclament de la culture créole et qui sont chrétiens pour la plupart mais aussi à mes compatriotes d?autres cultures et d?autres religions.
En effet, c?est toute la population mauricienne qui est invitée à célébrer la présence de la culture et de la langue créoles chez nous, à apprécier son génie propre, ses valeurs originales et son apport à l?avènement d?un mauricianisme authentique.
Que de chemin parcouru depuis le ?Malaise Créole? en 1993 jusqu?à la célébration de ce Festival en 2006. Le point fort de ce chemin est que nous avons passé de ?discussions sur le Malaise Créole? à ?l?accueil du fait créole? et, avec ce Festival, à ?la célébration de la langue et de la culture créoles?.
- Ce chemin du Malaise à la célébration a connu une étape clé : la reconnaissance accordée à la langue créole par l?Université de Maurice avec la constitution et la promulgation de la ?grafi larmoni?.
Cette reconnaissance a tiré des ténèbres de l?anonymat la première production culturelle proprement mauricienne et lui a donné sa place au soleil. Forgée dans la rencontre difficile, éprouvante entre les maîtres venus d?Europe et les esclaves et travailleurs engagés venus d?Afrique et d?Asie, cette langue est en même temps le signe de la volonté de communiquer et de se rencontrer malgré les tensions et les souffrances engendrées par un système oppresseur. Au fil des siècles, le créole est devenu la ?lingua franca? de l?île Maurice, le moyen de communication local indispensable à notre vivre ensemble et à notre développement. En tant que langue où tous les Mauriciens de cultures différentes se retrouvent, le kreol est devenu le ciment de la société mauricienne.
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Dans le sillage de cette reconnaissance officielle on a commencé à prendre acte de l?importance, dans l?éducation, de la langue kreol comme langue maternelle de 80 % des Mauriciens. Toutes les recherches pédagogiques contemporaines soulignent comment l?usage de la langue maternelle dans le processus d?apprentissage scolaire est vital pour le développement harmonieux de l?enfant. Expériences et recherches sont en cours avec les élèves des classes Prévocationnelles. Les premiers résultats sont si encourageants qu?on pense étendre bientôt le champ de l?expérimentation et de la recherche à certaines écoles primaires. L?entrée de la langue kreol dans l?éducation montre simplement combien l?accueil et le respect de sa langue maternelle libèrent chez l?enfant une confiance en lui-même, lui donne une aisance et un appetit pour apprendre d?autres langues et d?autres matières. Cette libération que l?utilisation de la langue kreol apporte à l?élève mérite d?être célébrée.
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L?adoption d?une graphie commune pour la langue kreol a aussi beaucoup facilité l?entrée du kreol dans la liturgie de l?Eglise comme le Synode le demandait.
Plusieurs livres du Nouveau Testament ont déjà été traduits grâce au soutien fort apprécié de la Société Biblique. L?un de ces livres, l?Evangile selon St Jean traduit en kreol sortira à l?occasion du Festival International. En même temps, on se penche aussi sur la traduction du rituel catholique en kreol. Déjà la traduction d?une des prières eucharistiques, ainsi que celle du Notre Père, circulent pour être expérimentées.
Mais au-delà de la traduction des textes, l?entrée de la culture kreol dans la liturgie apporte une chaleur humaine, une certaine intensité dans la participation aux chants et aux prières qui enrichit considérablement la qualité des célébrations. Celles-ci acquièrent ainsi progressivement ce ton d?authenticité qui vient lorsque l?expression de la foi se trouve à l?aise dans les formes culturelles qu?elle emprunte.
- Cependant l??inculturation de la foi? en culture kreol ne peut se contenter de contribuer à rendre la liturgie plus conviviale et chaleureuse. Il s?agit en fait de promouvoir une appropriation du message de l?Evangile par les personnes de culture kreol ; en d?autres termes, faire en sorte que l?Evangile résonne comme bonne nouvelle et comme interpellation dans des termes proprement créoles et en se référant à l?expérience humaine créole. C?est pour cela qu?en 1993, le Diocèse de Port-Louis avait lancé sous la direction du Père de Rosny s.j., une étude anthropologique sur ?les comportements religieux en monde populaire créole?. Cette étude a fourni un matériau de base qui a permis à d?autres de pousser la réflexion plus loin et d?approfondir les rapports entre culture créole et message évangélique. C?est ainsi que récemment nous avons eu la joie d?accueillir plusieurs publications de qualité sur la question : le livre du Père Jean-Claude Véder ?Dire Dieu jusqu?à le célébrer ensemble?, celui du Père Alain Romaine sur la ?Religion populaire et pastorale créole à l?île Maurice?, et la thèse de doctorat soutenue par Madame Danielle Florigny à Louvain sur la ?Culture Créole et foi chrétienne à l?île Maurice?.
Il ne faut pas oublier qu?au siècle dernier, ce fut en grande partie grâce aux créoles et aux esclaves récemment libérés que le message de l?Evangile apporté à l?île Maurice par le Père Laval a été reçu. Ce sont d?abord les créoles qui ont accueilli le Père Laval et leur témoignage a contribué à ce que des Mauriciens d?autres communautés se convertissent et reconnaissent la pertinence et l?authenticité de son message. L?accueil de l?Evangile et le développement de la foi chrétienne dans l?Eglise à Maurice doit donc beaucoup aux créoles, d?où l?importance du travail en cours sur l?appropriation de la foi en culture créole aujourd?hui.
- Célébrer la culture kreol nous conduit à reconnaître que cette culture est issue d?un métissage récent. Ce métissage n?est pas quelque chose de honteux comme on a voulu le faire croire, mais il est plutôt source de dynamisme et de créativité.
Si on analyse l?origine des grandes civilisations de l?histoire on verra qu?elles sont souvent le fruit de métissages assumés comme chance, et facteur de progrès humain.
Lorsqu?une culture reste enfermée dans la hantise de la pureté des origines et dans le scrupule de transmettre des traditions figées auxquelles on n?y croit plus, alors on se sclérose et on risque de devenir stérile. Au contraire, lorsque dans un groupe culturel on est attentif à la diversité de ses sources et à l?apport original de chacune d?entre elles, alors on est davantage tendu vers cette nouvelle création culturelle qui est en train de naître et qu?il faut contribuer à développer. Accepter et assumer son métissage avec fierté et intelligence nous tourne vers l?avenir et libère un dynamisme créateur.
L?Eglise est heureuse de célébrer le Festival International créole car nous sommes convaincus qu?il peut promouvoir cette fierté et cette intelligence porteuses d?avenir.
En effet la joie de recevoir son humanité de plusieurs origines culturelles pourrait bien être la contribution principale de la culture créole à l?avènement d?un mauricianisme authentique dynamique et créateur.
Maurice E. PIAT Evêque de Port-Louis
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