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Maurice île durable quel modèle ? Maurice île durable quel modèle ?
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Maurice île durable quel modèle ? Maurice île durable quel modèle ?
Le concept Maurice île durable (MID) est contenu dans le dernier budget et s?articule autour de la gestion de l?énergie. Cependant, force est de constater que cette approche fort louable semble étriquée car elle ne tient pas directement compte des aspects environnementaux et sociaux. À titre d?exemple, l?île Maurice projette d?accueillir deux millions de touristes d?ici 2015. Les questions qui se posent sont entre autres :
● Quelles vont être les demandes sur nos ressources ? énergie, eau, mer, plages, terres? ?
● Est-ce que les flux consommés permettent le renouvellement de ces ressources ?
● Quelle est la compatibilité entre ces activités et le maintien de la biodiversité et des écosystèmes ?
● Quels sont les impacts en termes de production de déchets et autres émissions polluantes sur notre environnement ? air, sol, eau, plages, lagons? ?
● Quelles sont les conséquences sur notre tissu social ? communautés locales, valeurs, moralité, criminalité? ?
Ainsi, la notion de durabilité n?est pas seulement de prévoir comment on aura l?énergie nécessaire afin d?effectuer ce développement, mais surtout de penser et d?accompagner les tenants et aboutissants de cet objectif dans sa globalité. Cela est mis en exergue par Albert Einstein qui disait : « Notre époque se caractérise par la profusion des moyens et la confusion des intentions. »
● Perspective holistique
L?établissement ponctuel des Observatoire de l?Energie et autres Energy Management Office contenus dans le budget ne peuvent aider à régler un problème dit systémique. Ce serait équivalent à administrer du paracétamol à un cancer. Il nous faut changer de paradigme et dégager notre propre modèle de développement. L?érosion accélérée de nos plages, la quasi-absence de poissons dans nos lagons, la destruction massive de notre biodiversité, la pollution chronique de l?air, les sécheresses répétitives, les embouteillages monstres, les maux sociaux, etc. nous indiquent clairement qu?il y a péril en la demeure. À ce rythme, notre maison Maurice n?est certainement pas durable.
● Grenelle pour le projet MID
À l?instar de la France, il nous faut de façon urgente un Grenelle sur le développement durable regroupant toutes les compétences et volontés de notre île afin de dégager une stratégie cohérente au lieu de la cacophonie ambiante. Ce Grenelle permettra non seulement d?affirmer notre vision de l?île Maurice durable mais surtout de dégager de façon consensuelle un plan et des objectifs chiffrés.
Et, avec l?apport conséquent du MID Fund, pourquoi ne pas envisager l?établissement d?un Organisme de coordination du développement durable (OCDD) ? Ce comité de pilotage coordonnerait les activités des organismes publiques et privés ; et devrait être géré et conseillé par des professionnels au-dessus de la mêlée politique.
À titre d?exemple, si on retient l?objectif de croissance de deux millions de touristes d?ici 2015, les Enablers correspondants devront être examinés de façon rigoureuse afin de déterminer si les résultats escomptés peuvent être obtenus ; à savoir la préservation de notre environnement (air, mer, plage, eaux, biodiversité, etc.), la création d?emplois, le partage des profits et surtout la stabilité sociale.
Un autre cas où les projets nationaux sont matière à réflexion urgente est celui du développement de la région ouest. En effet, il est envisagé dans un rayon de quelques kilomètres d?avoir : la réserve naturelle de Corps-de-Garde, un moulin centralisé, l?élevage intensif porcin de St. Martin, la station d?épuration des eaux usées, une ferme aquacole, trois Integrated Resort Schemes, deux centrales thermiques à charbon, un hôtel quatre étoiles, deux grands concasseurs, un mega-incinérateur d?ordures à La Chaumière, et bientôt le joyau de la Land Base Oceanic Industry (LBOI).
La juxtaposition de ces projets est effarante sinon effrayante car il y a incompatibilité manifeste. De façon aggravante, la complexité des interactions entre ces projets rend quasiment impossible la gestion des risques à la fois sur l?environnement et sur les populations de ces localités. Il est réconfortant de noter que le professeur Joël de Rosnay a souligné quelques-unes de ces contradictions.
● Le fin mot
On s?aperçoit rapidement qu?il n?y a pas de « free lunch » ou de solution miracle pour une île Maurice durable car les solutions rapiécées sont vite dépassées. Ce constat découle naturellement du fait que les ressources du système île Maurice sont reliées avec des délais et surtout des limites. Nicolas Hulot nous a rappelé qu?on ne peut avoir une croissance à l?infini dans un monde fini.
Pour notre île, toute ambition et transformation radicale requièrent une approche d?ensemble, d?efforts et à l?image d?un Lee Kwan Yew à Singapore, de leadership éclairé. Est-ce que nous avons les conditions suffisantes et nécessaires chez nous ?
Hélas, seul le temps nous le dira?
Iqbal BHUGUN
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