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Maurice se surestime sur la scène internationale
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Maurice se surestime sur la scène internationale
● Quel bilan faites-vous de ces années passées à Maurice ?
D?un bilan que l?on peut mesurer, c?est la satisfaction d?avoir appliqué à 100 % le programme éducatif pour Maurice. Nous avons travaillé dans le domaine de l?environnement et des eaux usées. Nous avons également travaillé sur un programme dans lequel je me suis beaucoup investi : la lutte contre la pauvreté. Je dirai que la lutte contre la pauvreté a été notre cheval de bataille à Maurice.
● Les relations entre Maurice et l?Union européenne ont-elles évolué vers le meilleur ou le pire, depuis votre arrivée ici ?
Les relations entre Maurice et l?Union européenne (UE) datent de 1973. La coopération a toujours été un exemple de dialogue et surtout une coopération très sérieuse. Tout a marché de façon impeccable et ça marche toujours de façon impeccable. Maintenant je pense que vous avez dans la tête le protocole sucre. (Rires?) J?imagine que vous pensez que le protocole sucre est un nuage dans nos relations. Il y a des gens qui peuvent le voir comme cela. Moi, je le vois de la façon suivante : la réforme de la politique agraire européenne est une réforme interne, souveraine à l?UE. Le protocole sucre est une structure, un mécanisme qui est lié étroitement à notre politique. Donc, si un élément de notre politique agraire change, il y a nécessairement des répercussions sur le protocole sucre. De l?autre côté, dans le cadre de la mondialisation, nous sommes soumis à des règles qui vont au-delà de notre volonté. Je pense ici à l?Organisation mondiale du commerce (OMC).
● Mais toujours est-il que les relations mauriciano-européennes ne sont plus aussi harmonieuses qu?elles ne l?étaient?
Je peux vous dire qu?elles sont aussi harmonieuses qu?elles étaient quand je suis venu. Je suis sûr qu?après le nuage qu?est le protocole sucre, il y aura du soleil.
● Mais comprenez que beaucoup interprétent la position de l?UE pour dire que les relations Nord-Sud ne sont plus les mêmes ? Qu?on ne se comprend plus finalement ?
Non. Pas du tout. On ne peut pas remettre en question tout le système juste parce qu?il y a un élément qui est remis en question. L?accès préférentiel au marché européen est une réalité, cela ne va pas changer. C?est vrai qu?il aura un moment difficile pour l?industrie sucrière mais nous sommes en train de mettre des mesures d?accompagnement pour aider cette transition.
«J?imagine que vous pensez que le protocole sucre est un nuage dans nos relations. Il y a des gens qui peuvent le voir comme cela.»
● 40 millions d?euros pour 18 pays alors que l?on demande 100 millions pour la première année?
Ecoutez, je pense qu?il y a une chose importante à savoir. Pourquoi 40 millions d?euros ? Aujourd?hui, nous sommes arrivés à la fin du budget de l?UE qui prend fin en 2006. Donc nous sommes en train de gratter, je dis bien gratter, parce qu?on ne savait pas que cela allait arriver et que notre argent est engagé ailleurs. C?est 40 millions d?euros parce que c?est tout ce que nous avons trouvé. Malgré le fait que le tiroir soit vide, la commission a fait un grand effort. Mais les choses vont peut-être changer avec le budget 2007-2013.
● Et donc la commission pense que les pays ACP sont trop exigeants, ou bien même ingrats de par leurs demandes ?
(Hésitations?) écoutez, ce n?est pas une question de perception. Je suis d?accord que Maurice défende ses intérêts, et c?est logique, mais nous devons faire face à une réforme absolument nécessaire pour les intérêts internes de l?UE.
● Serait-il raisonnable de dire que l?Europe, qui s?est agrandie, n?a plus aujourd?hui la même sensibilité que l?Europe d?autrefois, que les intérêts des anciennes colonies ne sont plus pertinents à la nouvelle Europe ?
Je peux vous dire que le sentiment de solidarité n?a pas changé même si l?UE s?est agrandie. D?ailleurs, je peux vous dire que la commission va augmenter d?environ 50 % l?enveloppe de coopération avec les pays en voie de développement. C?est un signal fort.
● Mais si vous voulez aider les pays pauvres, est-ce que les traitements préférentiels ne sont pas une façon plus productive d?aider ?
(Hésitations?) La pauvreté pour moi est une question de responsabilisation de la population. Tout le débat aujourd?hui est que chacun essaie de défendre sa petite parcelle mais demande les arrêts de subvention pour des produits qui ne lui concernent pas. Je pense qu?il y a une réflexion à faire là-dessus.
● La baisse de 39 % est-elle confirmée ou pas ?
(Hésitations?) La confirmation sera faite par le conseil de l?Europe.
● Est-ce qu?une baisse de 29 % serait une possibilité comme on semble le croire à Maurice ?
(Sourire?) Du moment qu?il n?y a pas encore de décision, tout est possible.
● Dit comme un bon diplomate ! Notre ministre de l?Agriculture semble croire qu?il serait possible d?influencer la décision finale par un lobbying politique. Qu?en pensez-vous ?
Pour moi, c?est une question légitime que les 18 pays producteurs essayent de défendre leurs intérêts.
● Sans aucun doute mais il serait aussi légitime pour Maurice de savoir si elle n?est pas en train de prêcher dans le désert ?
(Hésitations?) Ma réponse est non. C?est très important de se rappeler que la réforme relève d?une décision interne à l?UE.
● Je vais poser la question autrement. Est-ce que les critiques à l?effet que l?UE se montre intraitable sont justifiées ?
Je suis d?opinion que les esprits s?exaspèrent un peu dans ces situations. La réforme du sucre est hors de notre contrôle. Notre relation avec les pays en voie de développement n?est pas remise en question. Je crois que l?on est en train de faire une généralisation d?une exception.
«J?ai pu saisir les doléances, les ambitions et l?espoir de la population mauricienne.»
● Certains étrangers qui viennent à Maurice nous accusent d?être xénophobes. Quel est votre appréciation de cette critique, vous qui avez passé près de cinq ans ici ?
Non ! S?il vous plaît ! (Rires?) Je peux vous dire que Maurice est un pays d?accueil, un pays capable de comprendre, capable d?accueillir, c?est cela Maurice.
● Une question à Juan Carlos Rey, pas au diplomate. Pensez-vous que Maurice a tendance à surestimer son importance sur la scène internationale ?
La réponse est oui.
● Pourquoi ?
Peut-être parce que vous avez été et êtes toujours un modèle de succès. Ce n?est pas nécessairement mauvais car il faut toujours garder une certaine fierté de ce qu?on a accompli. Dans une certaine mesure évidemment.
● Il y a eu beaucoup de critiques concernant les dépenses encourues par l?état pour la candidature de Jayen Cuttaree à l?OMC. Croyez-vous que Maurice a perdu son temps et son argent ?
Est-ce que les autres candidats ont aussi perdu leurs temps ? Je pense que Maurice a fait ce qu?elle devait faire pour soutenir un candidat valable. Malheureusement, cela n?a pas marché.
● Si vous pouviez changer quelque chose à Maurice, qu?auriez-vous fait ?
Réduire le communalisme.
● Vous avez vécu le communalisme à Maurice ?
Oui.
● Voulez-vous en parler ?
Non.
● Vous repartez avec de bons souvenirs ?
Oui. Je suis allé à la plage avec le pêcheur, je suis allé à la rencontre des gens dans la rue et je peux vous dire que cela m?a apporté une satisfaction énorme que d?être accueilli par les gens. J?ai pu saisir les doléances, les ambitions et l?espoir de la population mauricienne.
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