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Maurice miniature

10 septembre 2007, 00:00

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Une dose de Shenaz Patel, une généreuse cuillère à bouche d?Ananda Devi, une pincée de Vinod Rughoonundun, une poignée de Bertrand de Robillard et un soupçon de Sailesh Ramchurn. Le tout condensé dans ?un livre petit dans le format dans une collection qui s?appelle Miniatures?. La description est de Robert Furlong, lors du lancement de Nouvelles de l?île Maurice, cette semaine. Un ouvrage publié chez Magellan & Cie, en partenariat avec le magazine Courrier international.

Un choix éditorial qui ne prend pas de risque. Qui repose sur des valeurs sûres, reconnues comme telles par d?autres maisons d?éditions françaises. Car à l?exception de Sailesh Ramchurn, les quatre autres auteurs ont été publiés qui chez Gallimard, qui chez l?Olivier pour ne citer qu?eux.

Ce qui ne nous empêche pas de profiter, le temps d?une nouvelle des atmosphères variées imaginées par nos plumes étendard. Car comme l?explique Magellan & Cie sur son site, à la rubrique ?Miniatures? : ?Alors que la mondialisation des échanges progresse, que le monde devient un pour tous, des mondes-miniatures s?imposent, des pays et des régions entières affirment leur identité, revendiquent leur histoire ou leur langue, réinvestissent pleinement leur espace. Quoi de plus parlant qu?une miniature, la nouvelle, pour lever le voile sur ce monde-là, celui d?une diversité infinie et porteuse d?espoir ??

Machine humaine désorientée

Avec en ouverture, la ?pudeur que l?on connaît à Shenaz Patel?, dit Robert Furlong. Celui de son choix de mots, du silence qu?elle met en avant pour dire à quel point est désorienté une machine humaine, quand s?arrête son rythme des champs, des semences, des coupes. Quand sonne l?heure du Voluntary Retirement Scheme.

Avant de plonger dans les souffrances intimes mère-fille sondées par Vinod Rughoonundun. Lui qui se considère comme un ?baroudeur de l?écriture?, qui ne ?vise pas les grandes eaux mais le terre à terre de l?écriture?. Celui qui stoïquement clame : ?Mon avenir est par deryer, il est grand temps de passer le flambeau aux jeunes.?

Unique auteur du recueil présent au lancement, Vinod Rughoonundun devait partager une parcelle de vécu avec l?assistance clairsemée. A la question ?pourquoi t?es arrivé à la nouvelle ??, c?est le flash-back. L?auteur se raconte. Se souvient du moment où il commence à écrire vers 12-13 ans, ?ce qui m?a valu des baffes de mon père, parce que cela ne nourrit pas son homme?.

Sur un ton mi-humoristique, mi-réaliste (!), le voilà qui se confesse, en disant être venu à la nouvelle par paresse, car le genre permet de ?dire en une page ce que le roman dit en 300?. Nous ne le croyons qu?à moitié. La concision, la brièveté étant affaire de rigueur et de discipline. Avant que Vinod Rughoonundun ne confie sa vraie préoccupation. Son sentiment d?être enfermé petit à petit dans la ?gangue du poète. Cela m?a ennuyé, j?ai voulu toucher à d?autres aspects de l?écriture?. D?où Daïnes et autres chroniques de la mort. En attendant le roman, actuellement en préparation.

*Disponible en librairie à Rs 585

EXTRAIT

Le miel des étoiles

?Béti, oh ! béti?, unique lumière issue de mes entrailles, que j?ai sentie éclore, grandir, vue s?épanouir et, ce qui me fait le plus mal, commencer à s?étioler? quelle nouvelle blessure, s?ajoutant aux autres, enfle de nouveau ton c?ur au point de te faire suffoquer et que, pour respirer, il te faut épancher ces larmes qui te font mal ? L?incessant martèlement entre mes tempes me commande de quitter la cuisine. Je me lave les mains, jette un tissu en coton humide par-dessus le bol en bambou. Je prépare une infusion de ?toulsi?, ce basilic sacré, plante de l?humilité à l?odeur sucrée qui a le pouvoir de retourner les pensées vers l?intérieur. Emportant le verre en aluminium, je vais m?asseoir dans l?encoignure où se trouve une chaise basse. L?ombre ne s?en va jamais complètement de ce coin et il y règne toujours un climat de fraîcheur et de paix. Une paix à la saveur d?ananas mais ce n?est qu?un goût acide qui m?accueille comme à chaque fois que sa souffrance me poignarde. Le basilic a du mal à se frayer un passage entre les ronces de mes angoisses. Toi dont le corps est aussi rompu que l?âme, toi qui a s été amenée à boire à tant de venins, un effort, je t?en conjure, pour venir en aide à ta fille. Elle a besoin de toi, besoin de tes mains toutes ridées qui sauront toujours donner, offrir, offrir la maternelle tendresse et prendre, ôter les poisons qui coulent dans les veines et apaiser les brûlures de l?âme, besoin de ton regard qui aime sans juger?Certes ce ne fut ni dans le plaisir ni dans l?amour que tu l?as conçue, mais c?était avec amour que ton ventre s?est ouvert pour lui donner naissance. Entends-le encore palpiter. N?oublie pas cette immense émotion qui a été, qui est ton seul bonheur?

Vinod RUGHOONUNDUN

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