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Maurice insiste pour le maintien des préférences commerciales

12 juillet 2004, 20:00

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L?ouverture officielle de la réunion ministérielle du G90, hier à Grand-Baie, a été l?occasion pour Maurice de défendre avec vigueur l?importance des préférences commerciales pour le progrès des petites économies comme la nôtre et de celle des pays pauvres et en développement.

Le Premier ministre, Paul Bérenger, a fait un vibrant plaidoyer pour le maintien des préférences commerciales comme moyen transitoire pour permettre aux pays en développement de se faire une place dans le commerce mondial.

Cette défense des préférences contrastait avec le discours du représentant du groupe des pays en développement plus avancés ? le G20 ? en l?occurrence le ministre des Affaires étrangères du Brésil, Celso Amorim.

Il a invité le G90 à se méfier des préférences ?illusoires? telles que les dérogations que l?on finit par payer un jour. ?Rien n?est gratuit. Il arrive un moment où l?on finit par payer pour ce qui nous était apparu comme des faveurs reçues du ciel?, a-t-il déclaré.

L?United States Trade Representative, Robert Zoellick, a adopté un ton similaire. Il s?est dit sensible à la question des préférences. Il a cité l?exemple de l?African Growth and Opportunity Act III (AGOA), qui sera signé aujourd?hui par le président des Etats-Unis, George W. Bush.

Néanmoins, il a demandé au G90 de ne pas opposer le concept des préférences commerciales à celui de libéralisation.

Le commissaire européen au commerce, Danuta Hübner, a pour sa part assuré que l?érosion des préférences commerciales recevrait une attention particulière.

Face à ces discours libéraux et teintés de bonnes intentions, le Premier ministre a donné deux exemples concrets ? le sucre et le textile ? pour justifier l?importance des préférences commerciales et légitimer les inquiétudes des pays en développement face aux conséquences de leur élimination.

Montant pour la première fois au créneau sur le dossier sucre, Paul Bérenger a profité de la plate-forme du G90 pour évoquer les effets catastrophiques qu?auraient sur Maurice et des pays du groupe Afrique, Caraïbes et Pacifique (ACP) les propositions de réforme et de baisse de prix de la Commission européenne.

Transition nécessaire

Le Protocole sucre a été extrêmement bénéfique au développement économique de Maurice et des ACP. Les recettes sucrières ont financé la diversification de l?économie du pays et ont contribué au développement des régions rurales, entre autres. L?industrie sucrière contribue en moyenne à hauteur de 13% au produit intérieur brut des pays ACP producteurs de sucre, a indiqué Paul Bérenger pour démontrer l?importance de ce secteur.

?Une réduction des prix signifierait la mort de l?industrie sucrière?, a-t-il affirmé. La remise en cause du régime sucrier par le Brésil, l?Australie et la Thaïlande est une autre menace qui pèse sur les pays ACP.

L?AGOA et les provisions pour le textile est le deuxième exemple cité par Paul Bérenger pour démontrer l?importance des préférences commerciales. Grâce à ce projet de loi, des pays comme Madagascar, le Lesotho ou le Botswana ont pu développer une industrie textile. Les exportations de ces pays vers les Etats-Unis ont connu une croissance exceptionnelle.

Si ces préférences sont anéanties ou réduites à l?issue des négociations sur le cycle de Doha, l?élan de développement créé par l?AGOA sera remis en question. ?Nous savons que l?accès préférentiel aux marchés n?est pas une caractéristique permanente du système commercial mondial. Toutefois, c?est un tremplin nécessaire pour aider les pays en développement à intégrer le système commercial multilatéral. Il nous faut une période de transition pour ajuster nos capacités de production?, a argué le Premier ministre.

Il a réclamé le soutien des pays développés pour aider les pays pauvres et en développement à rehausser leurs capacités de production et à faire face à l?érosion des préférences. L?Organisation mondiale du commerce (OMC) doit apporter des mesures concrètes pour résoudre ce problème, a-t-il ajouté.

Par ailleurs, lors de la cérémonie d?ouverture de cette première réunion ministérielle du G90, les intervenants ont tous mis l?accent sur le caractère historique de l?événement.

Né de la dernière réunion ministérielle de l?OMC à Cancun, le G90 est devenu ?la voix des pays marginalisés?, a estimé Paul Bérenger.

Cette alliance des pays en développement de l?Union africaine, du groupe ACP et des pays les moins avancés est aujourd?hui, en nombre, le groupe le plus important de l?OMC qui compte 147 membres.

Ainsi, pour Makata Nshuti, porte-parole des ministres du Commerce de l?Union africaine, le G90 est devenu une force qui peut transformer le système commercial multilatéral pour mieux défendre les besoins des pays pauvres en matière de développement.

D?ailleurs, depuis sa création, le G90 a changé la manière dont les négociations sont conduites à l?OMC. Le G90 doit veiller à assurer sa cohésion et sa solidarité. Ce, pour permettre que le cycle de Doha ? qui est justement axé sur le développement des pays pauvres ? aboutisse.

Cette préoccupation prioritaire a été au c?ur des discours de tous les intervenants hier à Grand-Baie. Depuis le General Agreement on Trade and Tariffs, c?est la première fois qu?un cycle de négociations multilatérales place le développement au c?ur de son agenda, a rappelé Paul Bérenger.

Le temps est compté

Le G90, qui poursuit ses travaux aujourd?hui, doit absolument adopter une position intelligente pour défendre les intérêts des pays en développement tout en gardant suffisamment de flexibilité pour que les négociations soient relancées.

Le temps est compté. Il ne reste plus que quelques jours avant la réunion cruciale du conseil général de l?OMC à la fin du mois qui décidera du sort du cycle de Doha.

Puisqu?il est axé sur le développement, le cycle de Doha devrait permettre de créer un ?système multilatéral plus juste, transparent et équilibré?, a résumé la présidente du Conseil des ministres des ACP, Adelaïde Moudele-Ngollo. Elle a rappelé que le délai pour le cycle de Doha expire en décembre.

?Si l?on enregistre un nouvel échec à Genève à la fin du mois, je ne sais pas ce qu?il adviendra du Doha Development Agenda?, a insisté Robert Zoellick.

Il estime, tout comme Danuta Hübner, qu?il y a eu, depuis Cancun, de multiples avancées. Elles devraient permettre d?arriver à un deal à Genève lors du conseil général de l?OMC.

Des progrès ont été accomplis sur le dossier le plus difficile, l?agriculture, avec la proposition de l?Union européenne d?éliminer les subventions à l?exportation et la réduction des soutiens locaux aux fermiers. Cette proposition offre une réelle opportunité d?arriver à un accord historique, a renchéri Robert Zoellick.

Celso Amorim a néanmoins consacré une bonne partie de son intervention au dossier agricole, qui est le seul domaine où les pays en développement ont un avantage compétitif. Il a toutefois déploré qu?il s?agit justement du secteur où les pays développés anéantissent cet avantage avec leurs généreuses subventions.

Interrogé par l?express sur la proposition de baisse de prix de la Commission européenne, le ministre brésilien a déclaré : ?L?Union européenne doit absolument apporter des réformes pour toutes ses productions agricoles. La difficulté est de savoir comment elle va compenser les pays en développement. Nous ne voulons pas que ces réformes les affectent.

?Notre position est que nous ne voulons pas que l?Union européenne octroie des faveurs avec notre argent. Elle est en train de donner de l?argent à ses betteraviers en utilisant le prétexte qu?elle aide en fait des pays comme Maurice et la Guyane qui sont nos amis.?

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