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Matraquage d’Iloises grévistes de la faim
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Matraquage d’Iloises grévistes de la faim
Demain, si Dieu le veut, une centaine de Chagossiens commenceront un pèlerinage, espéré depuis l’Indépendance, qui leur permettra de se recueillir, pendant un délai ridiculement court, sur ce qui reste des restes sacrés de leurs ancêtres, enterrés dans les cimetières de leurs îles natales. Ces pèlerins déracinés font aussi figure de condamnés à qui leurs bourreaux, toujours anglais et colonialistes, font l’insigne faveur de respecter prétendument leurs volontés. Nous aurions souhaité qu’une plus grande liberté leur soit accordée afin qu’ils puissent planifier à leur gré et selon les moyens financiers disponibles la durée de leur pèlerinage sur la terre ancestrale et le programme de cette tournée des “ziles-là-haut”, si chères au R.P. Roger Dussercle, sans oublier aucune d’entre elles, y compris Diego Garcia. Cette longue attente, si souvent désespérante, leur a appris, hélas, à se contenter des miettes de festin insulaire qu’on veut bien épousseter dans leur direction. Ils trouveront, peut-être, sur leurs îles natales, des vacanciers “whites only”, autorisés à s’y prélasser le temps qu’ils veulent, pour profiter de leurs îles et de leurs lagons poissonneux. Ils n’auront droit qu’à une visite furtive, presque clandestine. Juste le temps de réciter trois Pater et trois Ave, peut-être même pas sur chacune des tombes chéries. C’est toujours cela de gagné sur l’oubli qui risque d’ensabler à jamais leurs derniers souvenirs chagossiens.
Avant de lever l’ancre pour retourner chez eux, des Chagossiens ont été reçus à Clarisse House. Le geste est louable. Il l’aurait été davantage si, au nom de la population mauricienne, si, au nom de l’Indépendance de Maurice, Navin Ramgoolam avait solennellement prié nos frères et sœurs des Chagos de bien vouloir nous pardonner d’avoir accepté, en 1965, leur triste déracinement comme prix de notre Indépendance et de leur avoir imposé ce chemin de croix de près de 40 ans dans les sordides faubourgs portlouisiens, dans la plus noire et la plus cruelle des misères. Notre Indépendance est, en effet, acquise au prix d’une monstrueuse trahison à l’égard des Chagossiens : nous, Mauriciens, avons accepté et acceptons, aujourd’hui encore, que pour devenir indépendants, nous avons lâchement et honteusement sacrifié nos frères et sœurs des Chagos. Nous les avons arrachés de leurs îles paradisiaques (pour vacanciers) pour les jeter dans l’enfer de nos faubourgs portlouisiens. Honte à jamais sur cette Indépendance mauricienne, tristement acquise par la trahison du déracinement des Chagossiens. Qu’ils veuillent bien nous pardonner le jour où nous deviendrons assez humbles pour implorer leur pardon. Ce qui ne s’est pas encore fait à ce jour.
Demain, des Chagossiens s’embarqueront pour un pèlerinage infiniment sacré sur quelques-unes de leurs îles ancestrales, faisant toujours partie du territoire mauricien, par la seule vertu d’une convention onusienne. Qu’en ces heures d’espérance et de réconfort, ils n’oublient aucune station de l’interminable calvaire que leur ont imposé leurs frères mauriciens. Qu’ils n’oublient pas, par exemple, qu’en mars 1981, des Iloises font une grève de la faim et se font matraquer par la police de Ramgoolam simplement parce qu’elles réclament une compensation de Rs 3 millions, due sur celle de 1978 et déjà reçue de Londres mais pas encore distribuée Voici le film de cette manifestation îloise d’il y a 25 ans :-
16 mars : Epreuve de force police v. Iloises. Elle embarque 10 Iloises à l’Hôtel du GM. Début de leur grève de la faim au Jardin de la Compagnie. La HC britannique les renvoie au comité Bacha.
18 mars : Advance, journal ramgoolamien, doute de la raison d’être de la manifestation des Iloises. Sylvio Michel, au nom des Ilois : “Nous tiendrons jusqu’au bout”. Satcam Boolell reçoit des délégués îlois.
19 mars : Deux grévistes de la faim hospitalisées.
22 mars : meeting de sensibilisation pro-Ilois au Port Louis. Création d’un Front de Soutien à leur cause. En font partie les MMM, PSM, GWF, Organisation Fraternelle. Bérenger s’en prend à La Vie Catholique.
24 mars : le comité Bacha ne peut rencontrer Ringadoo.
25 mars : Quatre Iloises grévistes de la faim hospitalisées.
26 mars : Ringadoo : une réponse aux Ilois si ma santé le permet. Mgr Margéot exprime sa sympathie à la communauté îloise.
27 mars : La police de Ramgoolam matraque des Iloises que soutiennent entre autres Lindsey Collen et Rajni Lallah. Des businessmen américains viennent négocier avec des compagnies de construction mauriciennes le renforcement de la base nucléaire de Diego Garcia. Le gouvernement Ramgoolam demeure indifférent à la grève de la faim des Ilois. Ringadoo essaye d’expliquer pourquoi ne peut-il pas leur verser leur compensation de Rs 3 millions. Départ de SSR pour Londres.
29 mars : Etat inquiétant des grévistes de la faim. Ringadoo reprend le boulot. Projet de manifestation anti-SSR à Londres. L’OUA se lave les mains : problème Ilois = problème interne.
30 mars : aggravation de l’état des grévistes. Six Iloises toujours détenues.
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