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Marée noire : parer au pire
Maurice face à une marée noire. Non, on n?en est pas encore là même s?il y a eu une fuite d?huile lourde au Quai D. Mais mieux vaut parer à toute éventualité. C?est dans ce but qu?un exercice de simulation de contrôle et de dispersion d?une marée noire sera organisé en mai dans les eaux mauriciennes avec la participation de la marine française. Les garde-côtes du pays, la Special Mobile Force, les autorités portuaires et le ministère de l?Environnement auront à démontrer leur capacité à contenir une marée noire dans des barrages flottants, en haute mer et dans le lagon, et à aspirer toute huile lourde avec les deux écrémeuses (skimmer) dont disposent les autorités mauriciennes. Le Dornier aura quant à lui à démontrer sa capacité à épandre du dispersant sur les hydrocarbures qui auraient échappé du barrage.
La simulation portera sur un cargo éventré lors d?un accident aux larges de Maurice et qui déverserait toute son huile lourde dans la mer. Selon une convention signée par Maurice, les autorités locales devront s?occuper seules d?un déversement ne dépassant pas 10 000 tonnes. Au-delà de ce tonnage, Maurice peut faire appel à une aide régionale de l?île s?ur et d?Afrique du Sud. Au-delà de 200 tonnes, une aide internationale nous est garantie.
<B>Dégâts terribles</B>
Mais des techniciens du ministère de l?Environnement, parlant sous le couvert de l?anonymat, estiment que le pays est très mal équipé pour gérer un déversement de 10 000 tonnes d?hydrocarbure sur ses côtes. Les faits sont parlants. Le pays dispose de deux barrages flottants. Un pour une catastrophe en haute mer et un autre pour le lagon, de 500 mètres chacun. Les deux sont des dons des Etats-Unis.
Or, on estime qu?en situation d?une mer démontée, tout déversement d?huile lourde donnerait très vite lieu à une nappe dépassant les 500 mètres. La température de l?eau dans notre région va favoriser le développement de l?hydrocarbure en large nappe fine. (Voir hors texte).
Quant aux dispersants utilisés pour ?couler l?hydrocarbure? et l?empêcher de souiller les plages, on n?en dispose que de 2 000 litres stockés à Plaisance. Le Dornier ne peut embarquer que 500 litres dans ses réservoirs d?épandage. ?Au cas où le déversement dépasserait 10 000 tonnes, les dégâts causés seront terribles avant que l?aide étrangère ne nous parvienne?, avance un interlocuteur.
?Nous avons deux écrémeuses qui peuvent aspirer de la surface de la mer 150 tonnes d?huile lourde par heure. Mais où contenir cette huile ? Nous avons une barge de 10 000 tonnes et quelques tanks flottants. Ce qui est largement insuffisant pour contenir une grande marée noire en attendant l?aide de la Réunion ou de l?Afrique du Sud?, affirme un technicien du ministère de l?Environnement.
Une réunion s?est tenue hier au ministère de l?environnement pour finaliser l?exercice de simulation avec la marine française. La question des équipements dont dispose le pays pour faire face à une marée noire n?a pas été évoquée.
<B>Raj JUGERNAUTH</B>
Lorsque des hydrocarbures s?échappent d?un navire, ils sont tièdes et flottent facilement à la surface de l?eau. Ils se refroidiront peu à peu pour atteindre la même température que l?eau, s?épaississant graduellement pour former de petites ?boules de goudron? qui peuvent couler dans la colonne d?eau ou continuer de flotter. Ce sont les fameuses galettes de fioul. Les hydrocarbures froids se dispersent plus lentement que les hydrocarbures tièdes. En cas de marée noire sur ses côtes, Maurice n?aura pas beaucoup de chance. La température de l?eau dans notre région joue en sa défaveur. Elle est tiède, permettant ainsi aux hydrocarbures de se répandre plus rapidement en une fine couche sur une plus large superficie, donc plus difficile à contenir. À moins d?être isolés par une barrière ou un barrage flottant, les hydrocarbures se propageront rapidement. Car plus ils sont légers ou moins denses, plus rapidement ils se propageront pour former une nappe mince. Des courants forts ou des vents élevés pourraient accélérer la propagation de la nappe d?hydrocarbures.
Toutefois, il n?y a pas toujours de marée noire quand la cargaison d?un tanker se déverse dans la mer après un accident. Il y a en fait plusieurs types d?hydrocarbures et chacun réagit différemment dans l?eau. Les hydrocarbures légers, comme l?essence et le carburant diesel, s?évaporent assez rapidement, demeurant dans l?environnement pendant quelques jours seulement. Les hydrocarbures lourds, comme le combustible de soute servant à l?alimentation des navires, sont eux, plus épais, noirs et visqueux et ils s?évaporent lentement, causant une pollution qui peut durer des semaines, des mois et même des années.
<B>R.J. </B>
<B>Vishwanath Virahsawmy Surintendant</B>
● <B> Vous êtes responsable d?une équipe de la garde-côte pour contenir d?éventuelles marées noires. Quelle est la compétence de cette équipe ? </B>
La National Coast Guard Oil Spill Team est composée de 30 hommes, des professionnels formés soit à l?étranger, soit à Maurice pour lutter contre d?éventuelles marées noires.
● <B>La formation est-elle uniquement théorique ? </B>
Non. Nous faisons également des simulations dans différentes régions, dans le lagon et hors du lagon. Les exercices de simulation sont faits avec toutes les ressources disponibles, y compris le Dornier et l?hélicoptère. Nous utilisons tous les équipements, nos écrémeuses, nos barrages flottants, etc. La simulation est très importante pour la formation et l?expérience de nos hommes.
● <B>En cas de grande marée noire, vous aurez l?aide de La Réunion. Votre équipe est-elle formée pour travailler avec la marine française ? </B>
Certainement. Nous avons participé l?année dernière à un exercice de simulation avec la marine française. Un hélicoptère mauricien participait également à cette simulation. Il y avait quatre bâtiments de la marine française, un bâtiment sud-africain, des hélicoptères français et mauriciens ainsi que des observateurs de la région. J?étais également sur place.
● <B>Maurice a-t-elle un plan d?urgence en cas de marée noire ? </B>
Certainement. Nous avons le National Oil Spill Plan et nous sommes sur le qui-vive. Il faut que je vous dise aussi que la National Coast Guard n?est pas la seule à être armée pour lutter contre une éventuelle marée noire, il y a également d?autres organismes telles la Special Mobile Force et la Mauritius Port Authority. Nous pouvons aussi faire appel à l?aide internationale ou régionale, dépendant de la gravité du déversement des hydrocarbures.
Propos recueillis par <B>R. J. </B>
<B>Les plans d?action en cas d?urgence</B>
Les déversements d?huile lourde sont néfastes pour la vie marine en plus d?endommager l?habitat naturel des animaux terrestres et des humains. Ces écoulements causent des dommages environnementaux sur d?immenses étendues. La surveillance régulière des voies de navigation et des régions côtières est nécessaire pour appliquer les lois sur la pollution maritime et pour identifier les contrevenants. Trois plans d?urgence existent pour pallier une situation d?urgence. Le ?Port-Louis Harbour Oil Spill Contingency Plan?, le ?National Oil Spill Contingency Plan? et le ?Regional Oil Spill Contingency Plan?. Ce dernier plan sollicite les autres pays de la région pour une meilleure collaboration en cas de situation extrême commune. Cela, afin de limiter les régions affectées par le déversement et pour faciliter les efforts afin de contrôler la nappe et le nettoyage.
Plusieurs facteurs doivent être identifiés tels la localisation de la nappe, le volume et l?étendue du déversement, la direction et la vitesse de déplacement de la nappe d?huile lourde, de la direction des vents des courants et des vagues. Dans tous les cas de déversements, les autorités gouvernementales jouent un rôle important dans l?application des lois sur la protection de l?environnement. Suite à ce type de déversement, la Mauritius Ports Authority, la garde-côtes, les pompiers, la police, la Special Mobile Force et le ministère de l?Environnement se mettent en branle pour pallier cette catastrophe.
Mais qu?en est-il des compagnies pétrolières ? Il est stipulé, dans l??Environnent Protection Act? de 2002 que chaque compagnie à risque doit effectuer des procédures de contrôle régulier de ses installations et doit disposer de son propre plan d?urgence en cas de déversement de produit. La compagnie pétrolière incriminée est responsable de la mise sur pied d?équipes d?évaluation et de secours, et de la mise en place de mesures de contrôle pour en minimiser les effets et l?étendue. Si l?opérateur ou la compagnie ne possède pas les ressources nécessaires, les autorités gouvernementales en charge du contrôle des désastres seront mises à contribution et géreront les activités.
<B>Premila DOSORUTH</B>
<B>Toutes les plages inutilisables</B>
Une marée noire serait la pire des catastrophes pour le tourisme et la pêche artisanale. En effet, en cas d?accident d?un pétrolier dans nos parages, ce sera toute la côte est ou ouest, dépendant du lieu de l?accident, qui serait souillée. Il faudrait alors des mois, voire des années pour tout nettoyer. Les cas de marée noire à l?étranger sont des exemples à prendre au sérieux. Parmi les accidents, il y a eu le naufrage du tanker Erika sur la côte bretonne. Ce qui a provoqué la pollution de 400 kilomètres de côte avec 20 000 tonnes de fioul, abîmant les plages et faisant fuir les touristes. La catastrophe n?a été que moindrement limitée malgré les gros moyens mis en place, barrage flottant, écrémeuses et dispersant. Seules 10 000 des 30 000 tonnes de fioul avaient été récupérées. L?Erika avait coulé avec sa cargaison, et le pompage des cales n?avait pas été possible.
<B>R. J. </B>
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