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Marlène Ladine, la dévotion en héritage
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Marlène Ladine, la dévotion en héritage
Des pas pressés, haletants, un vacillement d?une pièce à une autre. Et passe une boule d?énergie. Une silhouette svelte, moulée dans un tailleur bleu gris, des mèches relevées par un « clip » et d?autres qui se jettent sur les épaules. Un sourire s?inscrit sur un visage sympathique, agréable, qui met tout de suite à l?aise. Le timbre est doux. Tout comme le regard, un peu tiré par la fatigue, car elle a fort à faire Marlène Ladine. Son quotidien se résume à une lutte perpétuelle pour empêcher ses résidentes du Centre Chrysalide d?être happées à nouveau par la drogue.
Elle leur livre une arme contre le mal : la volonté. Celle d?avoir une nouvelle vie, un nouvel espoir. À 43 ans, elle veille au grain, traque le moindre signe de découragement, serre les poings, se bat et consacre sa vie aux autres. Elle ne s?imagine pas autrement : « Je ne peux pas rester insensible à quelqu?un qui a besoin de moi, de mon temps. Toute ma vie est organisée en fonction du temps que j?accorde. »
Ce dévouement était un rêve. L?enfance, passée à Flacq, est marquée par Simon, son père employé sur la propriété sucrière de Constance et Rolande, femme au foyer, très active. Il y a aussi les deux frères et les deux s?urs et surtout Myriam, la grand-mère, à qui elle voue une admiration indéfectible. C?est d?ailleurs cette dernière qui l?a conduite aux portes du social.
« Chaque être a droit à une certaine dignité »
Quelques années plus tard, Marlène Ladine s?inscrit au Mouvement âmes vaillantes et à l?ACE de la région. « Nous faisions de nombreuses rencontres avec les enfants et nous organisions des marches depuis Constance jusqu?à Belle-Mare », raconte-t-elle. Après l?obtention du School Certificate au collège Eastern, elle s?inscrit à la congrégation de Marie Réparatrice et devient religieuse.
Là elle voit des personnes enlisées dans la pauvreté, des enfants non scolarisés. Ajoutez à cela l?alcoolisme qui décimait des familles de Rivière-Noire ou des gens qui n?ont pas d?endroit où aller. Marlène, jeune adulte, assiste à ces drames sociaux quotidiennement, impuissante et troublée par ces événements. « Je trouvais cela inhumain. Chaque être a droit à une certaine dignité, un logement. Je ne pouvais pas faire grand-chose mais juste apporter ma présence, prêter une oreille attentive, et essayer de les aider », confie-t-elle.
Pendant quinze ans, Marlène Ladine continue dans cette voie. Elle essaie d?être au chevet d?autres habitants de Mahébourg et se rend aussi à Rodrigues. Puis en 2001, elle est appelée à contribuer à l?étude commanditée par le ministère des Droits de la femme et l?université de Maurice, sur la prostitution infantile.
C?est un nouveau monde qui se dessine devant elle. Il emprisonne femmes et enfants, engluées dans des maux sociaux, noyées dans l?alcool ou shootées à mort.
Puis, le hasard la mène à Audrey d?Hotman, directrice du Centre de Solidarité. Cette dernière élabore le projet Chrysalide. Marlène enchantée, quitte la congrégation et se destine au nouveau centre sis à Bambous. Assistance locale et internationale, fondation du centre et soutien de cinq autres animatrices. Le centre est inauguré le 8 novembre 2004. Douze femmes y sont placées pour suivre un premier programme de désintoxication résidentiel d?une durée moyenne de six mois.
Pendant cette période, elles sont prises en charge, bénéficient d?une désintoxication médicale, de consultations, de thérapies individuelles ou de groupe et de réinsertion. Plusieurs activités sont organisées au centre dont la culture de légumes, un atelier de cuisine, peinture, yoga, coiffure et esthétique.
Depuis l?année écoulée, elle a accueilli 76 femmes. Certaines ont complété le programme et d?autres ont raccroché après quelque temps. Raison : elles appréhendent la réinsertion. « Chrysalide est un projet qui a su raviver l?espoir chez les femmes qui veulent se sortir de la drogue. Après un an, je suis heureuse de voir que nous avons pu en aider plusieurs. Maintenant il faut amorcer un autre virage : la réinsertion. Beaucoup de résidentes ont peur de réintégrer la société et ont peu de chance de trouver du travail. Mon souhait est de créer une cellule pour mieux les canaliser dans cette voie », confie Marlène Ladine.
Pendant son temps libre, elle fait quelques brasses, des sessions de yoga ou participe à des retraites spirituelles.
Et revient vers les autres. Encore et toujours. Dévotion impassible. Pour prêter une oreille attentive? et délivrer du mal.
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