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Marie-France Mamedy la gazelle immortelle

1 novembre 2003, 20:00

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C?était le bon vieux temps. Les années Claude François, les pantalons à pattes d?éléphant, la piste cendrée du stade de Rose-Hill. Le temps des copains d?abord.

Marie-France Mamedy, 44 ans, n?a rien oublié. Elle, la gazelle, la reine du sprint. Incontestée et incontestable. Premier épisode en août 1978 à Edmonton, Canada, quand elle améliora le record de Maurice électronique du 200 mètres en 25.08. Second épisode en juin 1980 à Abidjan, Côte d?Ivoire. Cette fois, c?est le record du 100m qu?elle s?appropria en 11.76.

Inimaginable à l?époque. Ces performances ont d?ailleurs défié le temps, défié les générations. Elles ont tenu seize ans dans le cas du 200m, quatorze ans pour ce qui est du 100m. Une éternité. Depuis, une nouvelle reine s?est installée sur le trône. Et son règne perdure. Il s?agit de Jane Thondojee, créditée de 23.83 sur 200m et de 11.72 sur 100m.

Et on ne parle ici que des chronos électroniques. Car, pour ce qui est des records manuels, on n?a toujours pas trouvé mieux que Mamedy.

Elle est mal née

Marie-France l?immortelle ? « Non, non, pas du tout, répond celle qui, depuis les années 80, est allée tenter l?aventure en France. Disons que j?ai marqué mon époque. Mais, depuis, mon record a été battu. Et c?est tant mieux comme ça. Les records ne sont-ils pas faits pour être battus ? »

Certains disent que Marie-France Mamedy aurait pu être une star de l?athlétisme mondial si elle appartenait à la présente génération. Elle aurait certainement eu les moyens de se rapprocher de la barre mythique des 11 secondes.

« Peut-être que oui », répond-elle. « A l?époque, le contexte était différent. On n?avait pas les mêmes moyens. On courait sur une piste cendrée. Aujourd?hui, les jeunes athlètes ont de la chance. Ils se déplacent souvent, les infrastructures sont impressionnantes, ils sont entraînés de manière très professionnelle. »

Aussi, elle aimerait rencontrer la bonne vieille fée. « Qu?elle me prête sa baguette magique pour que je retrouve mes 17 ans ! J?aurais pleinement profité des moyens présents. J?aurais géré ma carrière de manière différente? »

Comme tant d?autres Mauriciens, Marie-France Mamedy n?a pas été insensible à l?épopée de Stéphan Buckland et d?Eric Milazar aux Mondiaux d?athlétisme. D?abord à Edmonton en 2001, puis à Paris cette année. « Je l?ai vécu intensément. J?étais fière d?être Mauricienne. D?ailleurs, j?étais au Stade de France pour les encourager. » La percée des locaux sur la scène mondiale ne la surprend guère. « Les données ont pas mal changé ces quinze dernières années. En mon temps, les athlètes américains et ceux venant des pays de l?Est étaient loin devant. Ils étaient intouchables. Nous, on s?arrêtait au premier tour et on rentrait à la maison ! Mais, depuis, ils ont apparemment perdu l?adresse de leurs pharmaciens. Du coup, on constate un nivellement des valeurs. Tous les athlètes partent avec les mêmes chances. Ce n?est pas un hasard si un athlète de Saint-Kitts-et-Nevis, Kim Collins, est aujourd?hui champion du monde du 100 mètres. Pourquoi dès lors s?étonner que des garçons comme Buckland et Milazar brillent aux Mondiaux ? »

Maurice lui manqué

De retour au pays après onze ans, Marie-France Mamedy a eu le choc de sa vie. « La métamorphose est évidente. Je n?aurais jamais imaginé que notre pays aurait autant progressé en si peu de temps. Je suis vraiment très fière d?être Mauricienne. Quand je me promène à Port-Louis, je me crois à Hong-Kong ! Le développement est tant économique que social. Je dis bravo au gouvernement mauricien, bravo au peuple mauricien, un peuple qui a par ailleurs su garder son authenticité, son sourire. Un peuple étonnamment accueillant. »

Marie-France Mamedy a la nostalgie du pays. Ça se sent, ça se voit. Et pourquoi ne reviendrait-elle pas pour de bon à Maurice ? « J?y pense vous savez. Cette idée me tente beaucoup. Il y a des choses à faire ici, beaucoup de choses à créer. Et moi, j?ai envie d?apporter ma pierre à l?édifice. Je crois que je finirai par revenir? »

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