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Marie-Claire Heerah, une autre idée de l?éducation
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Marie-Claire Heerah, une autre idée de l?éducation
Si un médium lui avait prédit qu?elle se retrouverait un jour dans l?enseignement, elle ne l?aurait pas cru ! Marie-Claire Heerah (née Ducasse) est issue d?une famille dont la majorité a étudié la médecine. Désireuse de suivre un parcours similaire, Marie-Claire se destinait à des études en médecine quand ses parents ont appris que dans ce métier, il fallait travailler le soir ! Son père, très strict, refusait catégoriquement que sa fille évolue hors de la maison le soir. C?est donc malgré elle et sans la moindre conviction qu?elle se retrouve inscrite au Teachers Training College.
« Je n?ai jamais voulu faire carrière dans l?enseignement, je voulais être médecin », explique-t-elle. Marie-Claire Heerah commence alors son apprentissage où elle rencontre des professeurs ? dont la majorité était des Anglais ? qui lui font prendre goût au métier. Elle fait aussi partie, à l?époque, du mouvement Girl?s Guides. Très pratiquante, Marie-Claire a reçu une éducation anglicane et a fait partie de la chorale de sa paroisse. Elle a également une autre corde à son arc, celle du mannequinat, ce qui l?a aidée lors des nombreux entretiens qu?elle a passés.
Un beau jour alors qu?elle était encore en études, elle entend parler d?un camp de vacances qui se mettait en place à Anse-La-Raie. Quelques jours plus tard, on fait appel à elle afin qu?elle puisse donner un coup de main pour son inauguration.
Son expérience en tant que guide l?aide dans cette tâche et elle finit même par écrire un article pour en parler.
Elle commence ensuite son métier de professeur. Elle est placée dans différentes écoles où elle prodigue un enseignement quelque peu différent de la norme. En effet, Marie-Claire Heerah n?est pas de celles qui donnent un simple cours aux enfants des écoles primaires. Elle exige une bonne tenue de ses élèves. Très stricte, elle ne laisse rien passer. Pas de vêtements débraillés, pas de cheveux ébouriffés encore moins d?indiscipline pendant les classes. De plus, elle enseigne toutes les matières qui sont inscrites sur son emploi du temps, ce qui n?est pas le cas de tous les autres professeurs. Des mathématiques, de l?anglais, du français en passant par la musique mais aussi le théâtre, le dessin, la culture physique, elle prend tout en charge.
Marie-Claire mise beaucoup sur le côté visuel pour aider ses élèves à retenir les leçons. « Ma classe était tapissée de tout ce que j?avais fait avec eux, de cette manière ils n?oubliaient rien. Il n?y avait plus de place sur les murs et j?ai fait mettre un arbre au beau milieu de la classe pour y accrocher mes fiches explicatives ! », se souvient-elle. Sa salle de classe était tellement bien décorée que le jour où les inspecteurs du Mauritius Institute of Education sont venus faire leur visite annuelle à l?école où travaillait Marie-Claire, ils l?ont filmée, car elle était vivante et attrayante !
Marie-Claire Heerah a fait de son métier une véritable vocation. C?est le genre de personne à aller au fond des choses, à vouloir savoir ce qui se passe dans l?environnement de l?enfant afin de pouvoir comprendre où se trouve le problème et le résoudre. Rien ne lui fait peur. Grâce à l?écoute et l?attention, elle aide les enfants à reprendre confiance en eux et à se révéler au niveau scolaire. Ainsi c?est en bonne gardienne qu?elle va chercher ses brebis égarées pour les ramener dans les rangs de son troupeau.
Par la suite, on décide de la transférer de l?école de la Visitation où elle était postée, pour l?envoyer dans une école de la capitale. « Je ne voulais pas partir parce que j?estimais que je n?avais pas encore fini le travail que j?avais commencé. » Malgré ses nombreux efforts, Marie-Claire ne réussit pas à obtenir gain de cause et décide de démissionner. Elle intègre presque tout de suite le projet d?une école primaire privée internationale qui allait ouvrir ses portes à Moka.
« Il est important pour un enfant d?avoir la foi »
Ravie de cette première expérience dans le privé, elle décide de fonder sa propre école. « Mon idée était de placer l?enfant au centre de tout ! » Elle met alors en place l?école St-Nicholas qui ouvre ses portes très modestement au départ à Quatre-Bornes et qui finit par s?agrandir pour s?installer à Phoenix. À ce jour, St-Nicholas, patron de tous les enfants, veille sur une école primaire et une école secondaire. Là-bas, tous les élèves, du plus petit au plus grand, étudient vingt matières aussi variées que les mathématiques, les sciences, la musique, l?art, le théâtre, la danse et la natation.
De plus, les enfants bénéficient de l?apprentissage de quatre langues : le français, l?anglais, l?allemand et le mandarin. Chaque langue comporte un cours de théorie et un d?élocution. L?histoire et la géographie sont également enseignées avec un cours consacré à l?île Maurice et un autre consacré aux autres parties du monde. Un cours de moralité est aussi inclus dans le cursus des élèves. On y apprend à respecter son prochain, à respecter la religion de l?autre et à être obéissant. La religion est au c?ur de l?éducation : « Chez nous, on pense qu?il est important pour un enfant d?avoir la foi. On ne nomme pas de Dieu en particulier mais on l?encourage à croire en Dieu tout simplement. »
L?école St-Nicholas entretient aussi un réel échange avec les parents des élèves en ne les invitant pas uniquement aux réunions mais aussi à passer une journée afin qu?ils puissent constater l?environnement où évolue leur enfant quotidiennement. Enfin, chaque année, l?école St-Nicholas prend un enfant sujet à un handicap. Ainsi, Marie-Claire Heerah est très fière de parler de Bernadette, une enfant dyslexique qui a débuté chez elle et qui est aujourd?hui sur le point de participer aux examens du School Certificate.
Forte de ce succès, avec tout de même un taux de réussite de 100 % chaque année, Marie-Claire Heerah ne s?arrête pas en si bon chemin. Aujourd?hui, âgée de 58 ans, Managing Director de l?école et directrice de la section primaire, elle a une multitude de projets en tête. Elle rêve de faire construire un deuxième laboratoire de science pour le secondaire, d?avoir un conservatoire de musique annexé à l?école et pourquoi pas plus tard, une piscine pour les cours de natation.
C?est un programme novateur et rempli d?humanité qui a conduit Marie-Claire Heerah à fonder une école telle que celle-ci. Car en plus de dispenser une éducation académique très poussée, l?établissement St-Nicholas inculque des valeurs et entraîne les enfants à affronter, bien armés, une autre école, celle de la vie !
■ Charlotte ROUSSETY
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