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Marie-Anne Staheli-Baissac, habilleuse de maisons

24 février 2008, 00:00

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Ses idées sont de toute beauté. Son imagination est galopante. Et puis, surtout, c?est une femme enthousiaste, prête à partager peu importe les vautours qui voudront lui piquer ses idées. C?est que Marie-Anne Staheli-Baissac aime ce qu?elle fait et fait ce qu?elle aime avec intensité. Comme un livre ouvert, elle dit tout. Ses hésitations, ses projets, ses techniques, ses désirs. Rien à cacher. Par solidarité féminine, elle aimerait même que d?autres femmes déploient leurs talents.

Depuis décembre, elle tient une petite boutique au nouveau Caudan, qu?elle a appelée Earth. Car la terre l?émerveille. Tous ces pays du monde, toute la richesse de leurs multiples cultures, l?inspirent. « La terre, c?est comme la création, elle n?a pas de limites », fait-elle ressortir.

Dans sa boutique, on trouve des coussins, des descentes de lit, des tapis aux couleurs sobres qui sont greffés d?appliques de symboles africains surtout. Certes, ses vêtements de maison nous racontent l?Afrique où elle a vécu pendant une trentaine d?années. En fait, Marie-Anne est née à Maurice, mais a émigré avec sa famille en Afrique du Sud alors qu?elle n?avait que neuf ans. Quand elle est revenue s?installer à Maurice il y a sept ans, elle a tout naturellement emmené dans ses bagages la culture africaine.

Ses appliques se nourrissent donc de symboles. Elles racontent tantôt la féminité, tantôt l?adaptabilité, bref elles sont un hymne à la vie et aux valeurs humaines. « Je me permets d?utiliser ces symboles africains, j?extrais leur essence et je réinvente. Aux choses d?hier, j?ajoute une touche contemporaine », explique-t-elle. Maurice, qu?elle a retrouvée, est à ses yeux une vitrine du monde. « Nous baignons dans une pluralité de cultures à Maurice et comme tout artiste, je suis très sensible à cela. »

Amour pour le textile et les belles matières

Mais d?où lui vient cet amour pour le textile et les belles matières ? De la famille sans nul doute. « Ma mère faisait de la couture, mes frères Vaco et Jean-Claude sont artistes-peintres, c?était difficile de rester indifférente de cette influence artistique », explique-t-elle. Toute jeune, son c?ur battait déjà pour les appliques, une technique qui consiste à découper du tissu et à le recoudre sur un autre tissu, mais en brodant les rebords.

Mais le déclic, Marie-Anne l?a eu à 24 ans lorsque sa belle-mère lui offre une machine qui permet de faire des appliques. Elle s?y est mise, a beaucoup essayé par elle-même, a jeté et recommencé. « Pendant des années, je cousais pour moi et les amies, je mettais des appliques sur les survêtements de sport de mes enfants et puis ils ont grandi, ont commencé à porter des griffes? » Avec l?encouragement de son entourage, Marie-Anne s?est mise à accepter des commandes de personnes qui étaient de passage Maurice, de particuliers qui voulaient qu?elle habille leurs chambres, puis d?un hôtel et maintenant, elle tient boutique au Caudan.

La création instinctive

Dans les coulisses, c?est à Quatre-Bornes et à Rose-Hill que tout se concocte. Dans son atelier ZanziBlinds avec Nazia et Myana, elle imagine les designs, les dessine, fait le mélange des couleurs et réalise ses appliques. Elle envoie ensuite tous ses tissus dans un autre atelier à Rose-Hill où se joue toute la finition. Une synergie efficace où le travail à la chaîne n?a pas sa place, où la qualité est le maître mot et où la création instinctive a sa place. « Du home industry » comme elle l?appelle.

Notre femme d?affaires compte démarcher des contrats dans les projets IRS, lancer une gamme d?appliques sous forme de tableaux, s?inspirer d?autres pays pour créer d?autres designs. Et elle tient par ailleurs que sur chaque vente, une partie de l?argent soit versée à une association qui a à c?ur le développement de la femme. Car elle est très pro femme.

Et sinon, quoi d?autre dans sa vie ? Tout plein de choses, car notre interlocutrice déborde de passions. Elle crée même jusque dans sa cuisine et fait des mariages insolites du genre un poisson cari vert de Thaïlande, accompagné d?une pâte croustillante, une spécialité grecque. Il faut dire qu?elle a fait du service traiteur auparavant.

Marie-Anne peut aussi faire toute la décoration intérieure d?une maison. Elle sait chanter. Elle s?abreuve d?autobiographies, surtout celles de politiciens. Elle aime la mer, les enfants, a hâte d?avoir des petits-enfants. Elle soutient et est soutenue par son époux qui lui fait dans des produits alimentaires haut de gamme qu?on retrouve dans les supermarchés.

Marie-Anne prend la vie à fleur de peau et le dit haut et fort. Et s?il fallait rectifier le tir de sa vie ? Cela aurait de toute façon trait aux couleurs. Les apprivoiser, les harmoniser, cela la fascine. « Peut-être que j?aurais fait des études et qu?ainsi j?aurais maîtrisé les arcanes de l?entreprise plus tôt et que j?aurais eu ma boutique depuis longtemps. » Mais tout compte fait Marie-Anne ne voudrait rien changer. « Je suis tombée, je me suis remise debout, je retomberai sûrement encore, mais je me lèverai toujours. Ce sont des choses qui enrichissent votre vie et qui mérite d?être vécues. »

Marie-Anne sait qu?aujourd?hui elle a en mains quelque chose de spécial. Elle va encore créer, elle veut aller jusqu?au bout de ses pensées, faire que ces produits voyagent. Elle compte bien nous emporter plus loin sur les ailes de sa création.

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