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Marclaine Antoine cinquante ans de militantisme musical

21 mai 2007, 00:00

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Mercredi 16 mai, amis, famille et musiciens étaient réunis pour célébrer le jubilé musical de Marclaine Antoine. Connu pour ses ségas et ses mélodies très ?chanson française?, l?ancien président de la MASA est surtout un homme affable qui parle de musique comme il parle des femmes : avec passion, verve et couleurs.

Fort d?un parcours pour le moins remarquable, Marclaine Antoine n?a eu de cesse de partir en quête de sonorités nouvelles ou oubliées. Sa collection impressionnante et hétéroclite d?instruments témoigne de sa passion sans borne pour la musique. Surtout, Marclaine Antoine est intéressé par les sons. Cuillères, boîtes de conserve, ou autres ustensiles trouvent une place dans le capharnaüm instrumental qui peuple la maison du ségatier. Caverne d?Alibaba pour tous ceux que la musique anime !

?Je m?intéresse aux instruments oubliés?, confie Marclaine Antoine. Qu?il s?agisse du zèse, du bobre ou du makalapo, aucun de ces instruments, pour certains obsolètes, n?a de secret pour ce chercheur musical. ?C?est en voyageant que j?ai découvert ou redécouvert des instruments, notamment aux Seychelles.? Ses talents de musicien l?ont mené aux quatre coins du monde : de l?Europe à l?Asie en passant par l?Afrique et l?Australie. Autant de lieux, autant de sons, autant d?instruments.

Lorsqu?il parle de ces instruments d?autrefois Marclaine Antoine est un brin amer. ?Les jeunes pensent que ces instruments traditionnels ne peuvent pas être intégrés dans les musiques actuelles.? Il est vrai que ?les gammes de notes sont limitées ? trois notes seulement sur le zèse ? mais en réalité c?est la chanson, le séga qu?il faut adapter à l?instrument?. En un sens, Marclaine Antoine déplore le peu d?intérêt des jeunes générations pour les sonorités anciennes.

Préserver la mémoire culturelle

C?est pourquoi le musicien s?est lancé dans un travail digne d?un chercheur : collecter les sonorités témoignant du patrimoine musical mauricien. Entreprise qui nécessite patience et surtout passion, il s?agit surtout de préserver ?la mémoire culturelle de l?île? et de ?diffuser les techniques musicales propres à ces instruments?.

Marclaine Antoine est donc un ?militant musical?. Croisade pour que les instruments traditionnels ne tombent pas totalement en désuétude ?tentative digne d?un Don Quichotte ? Pas seulement. Il cherche surtout à rendre son identité à la musique mauricienne. Dans ce sens, il s?évertue à faire ?disparaître la batterie du séga car à l?origine, c?est avec la ravanne et le tambour que l?on tape le séga?. Menwar est pour lui un exemple à suivre parce qu?il est ?dans une perpétuelle recherche musicale, tout est potentiellement utilisable pour agrémenter ses compositions?. C?est bien cela qui plaît à Marclaine Antoine, la créativité qui trouve son origine dans le tout. Un tout qui apparaît au novice comme un rien, une hérésie même.

Toute cette sensibilité exacerbée vis-à-vis de la musique fait de Marclaine Antoine un fin analyste de la scène actuelle. Même davantage, de la politique culturelle du pays. ?Aujourd?hui on se cantonne à un style musical trop conforme aux attentes des médias, du public, on ne propose pas suffisamment de nouvelles créations, plus originales dans l?orchestration ou les paroles?, fulmine-t-il. Il cloue au pilori la musique commerciale, trop stéréotypée, qui même lorsqu?elle délivre un message ne fait que ?déblatérer sur les maux de la société?. ?Assez !?, lâche le ségatier. Il demande plus d?humour et moins d?humeurs? La chanson n?est-elle pas faite pour adoucir les m?urs, comme le dit l?adage ?

Dans le même souffle, Marclaine Antoine dénonce le manque d?infrastructures pour que les artistes puissent proposer au public ? qui au passage en prend pour son grade ? des concerts réguliers et de qualité. ?Protégeons les artistes locaux, aidons-les.? Invective pour le moins honorable, mais qui se perd dans les airs. Marclaine Antoine, prophète pour temps ? musical ? médiocres ? Certainement pas, il est surtout ce musicien-chercheur, grande gueule qui prêche pour la musique mauricienne. En somme, cinquante ans de carrière pour consacrer un musicien qui fait déjà partie du patrimoine musical.

Gilles RIBOUET

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