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Marclaine Antoine : « Ma cavale prendra fin mardi »
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Marclaine Antoine : « Ma cavale prendra fin mardi »
À 58 ans, Marclaine Antoine joue au fugitif. Condamné à un an de prison, injustement selon lui, il a tout fait pour repousser la sentence. Mais la justice est implacable, et après quelques semaines en cavale, il se rendra mardi.
<B>Vous êtes recherché par la police. Qu?est-ce que ça fait d?être fugitif ? </B>
Jamais j?aurai cru qu?à mon âge, je finirai en prison. Pour un fusil qui ne sert que comme un objet de décoration. Je fuis parce que cette peine est injuste. Et mes amis, tous aussi choqués que moi, essaient de trouver une alternative à ce séjour en prison?
<B>Mais la loi est la loi et nul n?est censé l?ignorer?</B>
Je suis d?accord qu?il faut respecter la loi. Mais dans mon cas, c?est différent. D?abord, j?ai acheté ce fusil à la Réunion, il y a plus d?un quart de siècle. C?était un jouet pour mon fils. Mais selon le désuet Firearm?s Act, il est considéré comme une arme à feu. Je ne le savais pas. Et depuis de longues années, il était dans mon salon. Jusqu?en octobre 1998, quand, à la suite d?une dénonciation, les policiers ont débarqué chez moi et l?ont saisi. Depuis, cela a été une spirale infernale.
<B>Votre appel a été rejeté. Les autres options pour vous gracier n?ont pas abouti. Qu?allez-vous faire, continuer à fuir?</B>
J?ai longuement réfléchi. Je sais que je ne pourrai pas être en cavale éternellement. C?est pourquoi j?ai décidé de me rendre mardi. Mes amis artistes vont m?accompagner jusqu?à la prison centrale. Je purgerai ma peine, je n?ai pas le choix.
<B>Et si vous en aviez un ? </B>
Certainement je n?irai pas en prison. Je ne comprends toujours pas pourquoi je dois y aller. J?aurai préféré qu?on commue ma peine, afin que je puisse apporter quelque chose de concret à la société. Des amis m?ont parlé de Community Service Act. J?aurais pu, par exemple, aider les jeunes démunis, leur faire découvrir la musique. Je pense que je suis plus utile en étant libre.
<B>Comment vivez-vous cette cavale ? </B>
Je sors et profite pour rencontrer mes amis. Je suis allé voir la cybertour. C?est un moyen pour moi de me conditionner. La dernière fois, je suis allé à la banque et je suis tombé sur des policiers. L?un d?eux m?a reconnu et a regardé ailleurs. Les gens ont beaucoup de compassion. Ils savent que ce qui m?arrive est injuste, que je ne mérite pas cela.
<B>Mais d?autres peuvent trouver injuste que vous persistiez à fuir ! </B>
Je reconnais que si je continue à faire fi de la justice, cela pourrait provoquer un certain mécontentement. Le capital de sympathie que j?ai jusqu?ici risque de prendre un sale coup. C?est pour cela d?ailleurs que je me rends mardi.
<B>Une année en prison. Comment préparez-vous cet internement ? </B>
Je suis d?un naturel zen. Je ne peux pas être stressé, ce n?est pas bon pour ma santé. En prison, je continuerai à créer. Le projet de monter un groupe a capella, je le ferai en prison. C?est un style d?antan, qu?on appelait la misik laguel. On n?utilise aucun instrument, sauf les cordes vocales, les mains, les pieds, le torse?
<B>Un groupe en prison. Un album aussi ? </B>
Tout dépendra de l?enthousiasme de mes futurs camarades de prison. Lors de ma condamnation, en novembre 2002, j?y avais passé quatre jours, avant que mon appel soit logé. Et les prisonniers étaient contents de me voir. Ils ne voulaient pas que je parte. « Ki l?appel ou pe rode fer, reste are nou ek nou ava faire la misik. » Les amateurs de musique sont nombreux en prison. Et puis, c?est un excellent moyen de s?évader, de penser à autre chose.
<B>À vous entendre, on dirait que vous allez vous plaire en prison?</B>
Je suis positif. Mais je suis triste pour mon fils, Marclaine Junior. Il n?a que huit ans. Et nous sommes inséparables. Je lui ai dit que je dois aller à la Réunion. Un jour, peut-être, je lui expliquerai? Quand toute cette absurdité aura pris fini.
<B>Propos recueillis par Nad SIVARAMEN</B>
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