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Marchands ambulants : Faut-il les tolérer ou les éliminer ?``
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Marchands ambulants : Faut-il les tolérer ou les éliminer ?``
<B>Oui
Rajen Narsinghen responsable du département légal à l?université de Maurice et Senior Lecturer</B>
<B>Pourquoi faut-il tolérer les marchands ambulants ? </B>
Le contraire serait une contradiction par rapport au concept de libéralisme économique auquel nous souscrivons. Il présuppose la liberté d?entreprendre, de créer, d?innover, de prendre des risques calculés. Il ne faut donc pas pratiquer de la discrimination à l?encontre des marchands ambulants qui sont également des entrepreneurs potentiels. Pourquoi refuser aux petits ce que le libéralisme permet aux gros opérateurs ?
<B>L?application de ce concept par des petits opérateurs ne génère-t-elle pas un certain désordre ? </B>
Le libéralisme ne signifie pas l?anarchie. Dans un tel système économique, il faut établir des mécanismes de contrôle. Les marchands ambulants peuvent cohabiter avec les commerçants traditionnels, non pas en tant que concurrents, mais comme partenaires complémentaires.
<B>Mais les pays comme Maurice ont-ils la capacité d?adapter le libéralisme de manière positive ? </B>
L?adaptation est essentielle. Malheureusement à Maurice et dans bon nombre de pays tels que le nôtre, il existe une tendance à croire que le concept du libéralisme et des lois en général est immuable et qu?il ne peut pas être adapté au contexte local. Une analyse de l?histoire économique des pays industrialisés comme les états-Unis et les pays nouvellement industrialisés tels que Singapour démontre qu?ils ont fait l?expérience d?une économie parallèle, soumise toutefois à certains contrôles.
<B>À quoi attribuez-vous l?essor des marchands ambulants ? </B>
La libéralisation à outrance de notre économie s?accompagne d?une politique de change qui rogne sans cesse la valeur de la roupie. Parallèlement, le marché local est inondé de produits importés dont les prix sont parfois si élevés qu?ils ne sont pas abordables, même à la classe moyenne. Des opérateurs pratiquent alors le dumping sauvage, rien que pour éliminer des concurrents pour contrôler ensuite le marché. Les consommateurs sont donc totalement désemparés dans un système qui n?assure plus leur intérêt. Les marchants ambulants leur offrent alors une possibilité que le système d?économie formelle leur refuse.
<B>Maurice a signé les accords de l?Organisation mondiale du commerce sur la propriété intellectuelle. Ne risquons-nous pas d?être montrés du doigt si votre thèse est mise en application ? </B>
Les accords de l?OMC disposent d?une certaine flexibilité. Prenons l?exemple de la production de médicaments contre le sida par les pays qui n?en détiennent pas la licence. Des pays comme l?Inde et l?Afrique du Sud ont bel et bien bénéficié d?une autorisation spéciale pour produire ces médicaments. Pour chaque principe de droit ; il y a des exceptions.
<B>Voulez-vous dire qu?il y a un moyen de régler le problème de piratage des produits artistiques sans avoir recours à la répression ? </B>
Le piratage est provoqué par un dysfonctionnement du marketing international et par les lois inflexibles qui protègent l?intérêt des artistes. Comment voulez-vous qu?un consommateur mauricien achète un CD de musique si les coûts de production ne sont pas adaptés à la spécificité du marché auquel il est destiné ? Peut-on mettre sur le même piédestal un Michaël Jackson et un Roger Clency. Pourquoi imposer le même type d?embargo pour ce qui est de la reproduction d??uvres artistiques à tous les pays ? Au nom de quel principe ceux qui disposent des droits sur la propriété intellectuelle doivent-ils opprimer les autres au moyen de lois répressives et de règlements commerciaux contraignants ?
Il ne faut pas s?attaquer au problème du piratage au niveau des marchands ambulants mais à sa source, c?est-à-dire au niveau du capitalisme « légal » au sein duquel sévit un autre capitalisme mafieux qui exploite tout le monde.
<B>L?intégration des marchands ambulants au circuit formel n?est-elle pas en fin de compte une utopie ? </B>
Non, mais elle doit se faire progressivement. Dans un premier temps, il faut recaser certains de ces marchands qui se disent « ambulants », mais qui ont cessé de l?être au fil du temps. L?évolution de ces opérateurs doit être systématiquement suivie par des organismes tels que le Bureau de l?impôt, ou encore les services de santé. Ceux dont les chiffres d?affaires dépassent un certain seuil, doivent alors être automatiquement intégrés au circuit formel. En même temps, un contrôle strict doit être exercé sur les marchands ambulants qui, sous aucun prétexte, ne doivent pas tromper la vigilance des autorités pour squatter les rues.``
<B>Non
Vedna Essoo
directrice adjointe de la Mauritius Employers? Federation (MEF) </B>
<B>Pourquoi ne faut-il pas tolérer les marchands ambulants ? </B>
Ce commerce est, dans sa forme actuelle, un danger pour la survie, le développement du système formel de l?économie. Il peut même provoquer son dysfonctionnement. On peut difficilement amener certains marchands ambulants à respecter les lois qui réglementent les activités commerciales.
<B>Pourtant, dans d?autres pays, il y a bien une cohabitation entre le système informel et formel. Pourquoi Maurice serait-elle une exception ? </B>
Si le principal avantage du secteur informel est de créer des emplois, surtout en période de crise, il comporte de nombreux inconvénients. Son développement encourage certains à opter pour la facilité. Pire, ce secteur crée une situation qui favorise une compétition déloyale, au détriment des autres commerçants. À terme, des entreprises dûment enregistrées, qui payent la taxe et donnent de l?emploi, peuvent disparaître. Ce secteur informel est devenu un phénomène social qui s?amplifie et se manifeste d?année en année.
<B>Le développement des marchands ambulants ne devrait-il pas être perçu comme un signe de débrouillardise ? </B>
Aussi longtemps que la débrouillardise respecte les règles commerciales établies et les lois, l?émergence, voire la consolidation de l?activité des marchands ambulants ne devrait pas poser de problèmes. Mais elle inquiète lorsqu?elle s?érige par des moyens qui ne sont pas toujours acceptables, par exemple l?utilisation des facilités aux frais du contribuable, dans un système d?économie parallèle. Ce secteur crée certes du travail, mais ceux qui en bénéficient ne sont pas bien payés. En outre, il n?y a pas de sécurité d?emploi. Les marchands ambulants se limitent à un marché local qui est déjà saturé. Il est donc préférable de soutenir les activités qui ont des perspectives réelles à court, moyen et long termes.
<B>Cette activité ne devrait-elle pas être structurée, encadrée de telle sorte qu?elle puisse évoluer en parallèle et de manière complémentaire avec celle des autres commerçants ? </B>
Non. Il faut privilégier l?intégration totale des marchands ambulants dans le circuit des opérateurs formels. Les structurer en un système économique parallèle est un non-sens.
<B>Mais l?intégration est-elle vraiment possible ? </B>
Ce ne sera pas chose facile si les procédures pour la création d?entreprises ne changent pas. Il faut un temps fou pour obtenir un permis. Le nombre de taxes à payer n?est pas non plus un facteur qui inciterait l?intégration. Il arrive souvent que les opérateurs formels aient eux-mêmes d?énormes difficultés à évoluer sereinement tant les lois sont contraignantes. L?existence de tous ces facteurs négatifs peut inciter les marchands ambulants à agir dans l?illégalité. Ils sont en porte-à-faux face à une approche de développement économique qui repose sur l?émergence d?individus créatifs, innovateurs et qui n?hésitent pas à prendre des risques calculés. L?intégration des marchands ambulants dans le circuit formel doit donc être envisagée de façon globale et il faut pour cela des mesures encourageantes. La réduction graduelle de l?impôt sur les compagnies, du fait de l?existence de la taxe sur la valeur ajoutée, pourrait en être une.
<B>Comment la situation va-t-elle évoluer ? </B>
Tout dépendra de l?orientation que les décideurs politiques adopteront. Si la situation reste telle quelle, il va y avoir une recrudescence de marchands ambulants. Le statu quo serait une incitation.
<B>À quoi attribuez-vous la difficulté à cerner, de manière rationnelle et scientifique, ce phénomène social ? </B>
Le poids des susceptibilités pèse trop lourd dans la prise de décisions.
<B>Que faire pour contourner ces susceptibilités ? </B>
Les décisions d?intérêt national doivent être prises sans demi-mesures. Tout s?articule autour d?une volonté politique.
<B>Mais suffit-elle vraiment ? </B>
Il faut qu?elle s?accompagne de courage et de détermination pour traduire les décisions dans des faits.
<B>Dans le contexte socio-politique actuel, est-il possible qu?une telle volonté politique se manifeste ? </B>
Il faudrait pour cela que la volonté de ménager les susceptibilités cesse d?être une obsession chez les décideurs. L?exemple de Singapour pourrait nous donner des idées. Si au départ, certaines décisions ont pu paraître contraires à une certaine idée de la démocratie, dans le long terme, elles ont été bénéfiques au pays.
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