Publicité
Marchand d?épices
Nous sommes au marché de Quatre-Bornes mais Nagapa Chetty Dassen, marchand d?épices, ne voit pas ses clients.
Il nous raconte ses épices. Sa concentration sera interrompue par son ami et collègue à qui il avait demandé de s?occuper de son étal pendant que lui, l?homme des épices, nous explique sa passion.
«Naga, ce sont des touristes, je crois qu?il faut que tu t?en occupes !», dit son ami. Nagapa Chetty s?interrompt effectivement et s?excuse pour faire ce qu?il fait le mieux : vendre ses produits. Son ami s?approche de nous et explique que «c?est lui seul qui peut convaincre les gens qui ne connaissent pas ses produits de les acheter. Il est convaincu et la conviction, c?est le meilleur argument de vente.»
L?ami n?a pas tort. Nous assistons donc à la scène. Le couple français qui s?est arrêté devant l?étal d?épices au marché de Quatre-Bornes n?a aucune intention d?acheter du curry en poudre ou d?autres épices. ils se sont arrêtés juste par curiosité, disent-ils à Nagapa Chetty. Mais ce dernier est déterminé à leur faire goûter ses épices.
Donc, il explique pourquoi ses épices ? qu?il va lui-même chercher en Inde ? sont différentes. il raconte ce que contient la fameuse poudre à curry? et il se met à expliquer à ses clients potentiels comment faire un bon curry mauricien.
C?est l?argument qui convainc. Les deux touristes sont subitement intéressés à goûter ce curry «traditionnellement mauricien». Et quelques minutes après, l?affaire est conclue. Les deux touristes repartent satisfaits de leurs achats.
Aussi loin qu?il se souvienne, Nagapa Chetty a toujours dégusté du curry fait avec du massala fait maison parce que, dit-il, il ne fait pas totalement confiance au massala qui se vend ailleurs. Pour plusieurs raisons qu?il n?explicite pas. Et puis dans les années 90, ce photographe freelance décide d?ouvrir un restaurant à Trou-d?Eau-Douce dans lequel il ne se sert que des épices préparées maison qu?il ajoute aux recettes de sa mère et de sa grand-mère. Un de ses amis qui vit en Suisse s?intéresse à ses produits et Nagapa Chetty commence à en produire en plus grande quantité pour l?exporter en Suisse.
Et puis, un jour, sa fascination pour les épices toujours pas satisfaite, Naga Chetty décide d?aller à leur découverte en Inde. Il va donc dans le sud de l?Inde à la recherche de l?histoire des épices ; il revient conquis et décide d?en importer lui-même pour les préparer à Maurice.
Et petit à petit, Naga Chetty commence à préparer de la poudre à curry pour tous les membres de sa famille et pour ses amis, à tel point que le désormais célèbre Restaurant Ram à Rodrigues n?utilise que les épices de Nagapa Chetty. «De même que les restaurants Capitaine à Maurice et l?hôtel Touessrok», dit-il, fièrement.
Mais le comble, c?est que, quand il y a trois ans à peu près, Nagapa Chetty décide de commercialiser ses produits et qu?il va faire le tour des supermarchés, personne ne veut de son «massala.» «Pour eux, tout est pareil - ils ne font pas la différence mais je peux vous assurer que la façon dont on traite les épices fait toute la différence. C?est une question de qualité et de grade.»
<I>« Les épices ont toutes propriétés médicinales Je recommande à mes clients telle ou telle épice par rapport à leur problème. »</I>
C?est après le refus des supermarchés de commercialiser ses produits que Nagapa Chetty fait une demande à la municipalité de Quatre-Bornes pour un étal ? il y est désormais les mercredis et les samedis et le reste de la semaine, Chetty est au marché de Centre-de Flacq. C?est pendant qu?il vend ses produits au marché que des gens de Business Initiative Directions (BID) se sont mis à tester ses produits à son insu. Cette «enquête» dure un an et un beau jour, Naga Chetty reçoit une lettre de cette institution sise à Francfort qui l?informe que la fondation a décidé de lui accorder le QC 100, qui est une mesure de la qualité de son produit. Surpris mais heureux, Naga Chetty s?est rendu à Francfort en février dernier pour recevoir son prix.
Depuis, il a gagné en assurance ? Naga Chetty est actuellement occupé à refaire l?image de ses produits car «je compte exporter vers l?Europe». Entre-temps, il est en train de créer un site web pour mettre à la disposition de ceux intéressés, les recettes de sa grand-mère et de sa mère. Et Naga Chetty fait aussi des tests avec ses épices ? la recette pour la poudre à briani, vindaye ou halim est modifiée par rapport au feedback des clients. «Et puis toutes les épices ont des propriétés médicinales ; donc je suggère telle ou telle épice aux clients par rapport à leur problème.»
C?est d?ailleurs la raison pour laquelle Naga Chetty n?a aucune l?intention d?abandonner son étal aux marchés : «J?aime le contact avec les gens. Cela me permet de savoir si mes produits plaisent ou s?il faut les améliorer.»
Et, comme si c?était un signal, un client arrive et fait signe à Naga Chetty?
Publicité
Publicité
Les plus récents