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Manu Chao au Sibérie

12 septembre 2004, 20:00

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Désertant Barcelone, le chanteur publie avec le dessinateur Wozniak le livre-CD Sibérie m’était contée, recueil poétique d’hommage à Paris.

Entre Cigale et Boule noire, une petite porte mène au repaire de Manu Chao, qu’il dévoile au moment où il va le quitter. Au pied de la butte Montmartre, presque à Pigalle mais encore un peu en territoire Tati, le chanteur a transporté en 2003 son sac à dos, un matelas et ses ordinateurs.

Logé pour pas cher par son agent et tourneur parisien, Corida, Manu Chao grimpa au dernier étage de La Cigale, y passa l’hiver à travailler avec un ami dessinateur du Canard enchaîné, Wozniak.

Depuis la fin de sa tournée avec le Radio Bemba Sound System, il a chanté au Brésil en juin pour le Forum culturel de Sao Paulo, version artistique de la manifestation altermondialiste de Porto Alegre. Puis il a passé un mois au Mali afin d’y produire l’album du “couple aveugle” Amadou et Mariam. Sinon, il est resté perché ici à Paris, désertant Barcelone, la ville où il habite officiellement.

Après les étonnants succès de Clandestinoet d’Ultima Estacion Esperanza (environ 6 millions d’exemplaires vendus en deux coups de maître), Manu Chao avait annoncé que, jaloux de sa liberté, il se réservait le droit de ne signer aucun contrat discographique, ni avec Virgin, sa maison de disques depuis le groupe La Mano negra, ni a fortiori avec d’autres. Il met aujourd’hui ce précepte en application, fort de sa société de production, Radio Bemba, et son pendant d’édition, Mille Paillettes. Et se passe des multinationales.

Début septembre, sur les toits de Paris, il fait moite. Chao est torse nu, cheveux ras, bermudas baggy, tongs aux pieds, tatouages en poupe et tout sourire. Quand une idée lui vient, il la note au feutre noir sur sa main avec des airs de gosse. Avec Wozniak, il présente leur prochaine production : un livre, conçu au départ comme un petit cahier d’écolier. Cet amusement fut bientôt adoubé par quelques chansons, puis par d’autres, et, grossissant, il atteint au printemps les 120 pages et les 22 titres. Manu Chao est inflationniste, Wozniak aussi.

Sibérie m’était contée est un hommage à Paris vu par ses boulevards extérieurs, par Wozniak, d’origine polonaise, et Manu Chao, homme du Sud. Le couple fut d’abord réuni par les vertus de l’Internet, grâce au site scorbut.br et ses actualités décalées décryptées par Cardon, Cabu, ou les Chao.

“Sibérie m’était contée, explique Manu Chao, toujours prêt à la digression sociétale et politique, est un livre d’hiver. Les hivers à Paris, c’est ma Sibérie à moi. Et puis, c’est un rêve, et ça fait du bien de penser à tout ce blanc, ce ciel bleu, alors que le monde est surréaliste, affolant.” Si “Paris n’est pas un bagne”, c’est qu’il y a des amis. L’ouvrage est d’ailleurs dédié : “A tous les pêcheurs du fleuve Amour”, cours d’eau sibérien et force tutélaire de l’humanité.

Y a-t-il un propos politique au livre ? Réponse de l’auteur par la lecture de quelques morceaux choisis : “Je hais les cons, je hais la connerie, je hais leurs amis.”

Sources : Le Monde

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