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Manque de spécialistes le salut dans la formation
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Manque de spécialistes le salut dans la formation
«Dans les maisons de retraite, hospices ou couvents vous tombez sur plusieurs vieux, la bouche entrouverte, immobilisés et souffrant énormément. L?intervention d?un physiothérapeute avec les équipements appropriés aurait mis fin à leur douleur et leur aurait donné la mobilité. Malheureusement on n?a pas suffisamment de physio à Maurice. »
Jean Félix, physiothérapeute de formation suisse, se désole de cette situation. D?autant plus, dit-il, que le Luxembourg a financé l?achat d?équipements nécessaires aux hospices, couvents, « homes » et centre du ministère de la Sécurité sociale destinés aux handicapés à Pointe- aux-Sables. « Mais il n?y a pas suffisamment de physiothérapeutes ou de kinésithérapeutes pour prendre en main ces équipements, dont des appareils à ultra sons pour soulager ces vieux qui souffrent. »
De fait, à Maurice, il n?y a que 32 physiothérapeute qualifiés pour une population de 1,2 million d?âmes, alors qu?il y en a 400 pour 800 000 habitants à La Réunion. En sortant ces chiffres, Jean Félix, responsable de la formation des physiothérapeutes à l?université de Maurice, met le doigt sur un problème récurrent de la santé publique. Le manque de spécialistes ? d?infirmiers aux physio en passant par anesthésistes, neurochirurgiens, ophtalmologues et spécialistes en médecine interne? la liste est longue. La situation risque d?être catastrophique dans quelques années avec une population vieillissante et un taux élevé de diabétiques et de cardiaques.
Tout espoir n?est cependant pas perdu. Une quinzaine de physiothérapeutes obtiendront leur BSc Honours à la fin du mois après une formation de quatre ans à l?université de Maurice. D?ici quatre ans, l?université aura formé, à la demande du ministère de la Santé, une soixantaine de physiothérapeutes de haut niveau. La formation est assurée par une équipe de médecins et de physio locaux et étrangers alors que les examens sont assurés par un examinateur externe de Londres.
Ceux qui sont inscrits à ces cours ont un solide bagage d?études secondaires ? grades BBC minimum en matières scientifiques. Kelly Chan, ex-étudiante du Queen Elizabeth College, en troisième année d?études de physio, a préféré la physiothérapie à la médecine avec un solide HSC. « Je préfère m?occuper du suivi des malades, je préfère ce métier qui consiste à soulager et atténuer la douleur. »
Retenir et payer les professionnels</B>
En attendant que tous les physio soient formés, le pays a recours à des moyens artisanaux pour pallier le manque de spécialistes. Fabrice Léclezio, kinésithérapeute formé à ses frais en France et qui exerce dans le privé à Maurice, souligne qu?ici tout le monde a le droit de pratiquer. Aucune restriction sur les masseurs des coins de rues qui font fortune. « Ils font souvent plus de mal que de bien en massant ou en craquant certains malades, surtout ceux souffrant de hernie discale lombaire » affirme Jean Félix.
Cette situation dangereuse se retrouve également dans les hôpitaux au niveau des infirmiers. « Il n?est pas possible que les infirmiers qui s?occupent des malades en soins intensifs, des malades entre la vie et la mort ne soient pas formés. Vous avez la même situation dans les unités pour bébés prématurés ou les centres de dialyse. Il faut que ces infirmiers soient formés si on veut améliorer la qualité des soins de santé dans nos hôpitaux », affirme Cassam Kurreeman, président de la Nurses Union.
Or la formation des infirmiers, ceux du SAMU et des soins intensifs a été assurée dans le passé par le Mauritius Institute of Health. (Voir interview ci-contre). Mais la plupart ont quitté le pays pour des emplois plus rémunérateurs à l?étranger.
« Nous assurons la formation de nos infirmiers et infirmières au centre de Cardiologie, car on ne peut envisager des opérations cardiaques sans un personnel paramédical très formé en réanimation et soins intensifs. Nous avons formé une centaine d?infirmiers et d?infirmières avec l?aide d?organisations humanitaires étrangères », affirme Siven Poinoosawmy, executive director du centre de Cardiologie. Or, des 100 infirmiers qui ont été formés, le centre ne dispose que d?une cinquantaine aujourd?hui. « On a perdu beaucoup de ces infirmiers », dit Siven Poinoosawmy, qui prépare en ce moment d?autres formations pour d?autres infirmiers.
Mais certains se demandent aujourd?hui si le pays pourra retenir et se payer les services de tous ces spécialistes qu?on forme sans un système privé d?assurance santé. « Est-ce que le pays pourra recruter et payer les 60 physio que l?université forme en ce moment sans un système généralisé d?assurance santé. La qualité des soins va dépendre du système qu?on va pouvoir mettre en place », affirme un spécialiste du ministère de la Santé.
QUESTIONS AU?
<B>Dr Jagdis C. Mohith directeur du «Mauritius Health Institute»</B>
● <B>Pourquoi le pays se retrouve-il avec un manque de personnel médical et paramédical ?</B>
Le problème a surgi pour plusieurs raisons. La plus importante étant que les jeunes Mauriciens qui quittent le collège n?obtiennent pas de bourses d?études comme avant. Des pays, comme la France et l?Inde notamment, nous accordaient pas mal de bourses dans le passé. Il y avait aussi un grand nombre de bourses destinées à ceux qui voulaient se spécialiser dans différentes disciplines médicales. Depuis une dizaine d?années on n?obtient plus de bourses pour la formation de spécialistes car on ne fait plus partie de la zone prioritaire. Maurice est considéré comme plus développé par rapport à d?autres pays. De plus, la formation en Europe est de plus en plus coûteuse et carrément hors de prix pour notre classe moyenne qui arrivait dans le passé à payer ces études.
● <B>Devant ce constat, quelle est la solution pour éviter un manque de médecins, infirmiers et autre personnel spécialisé ou avec une formation basique ?</B>
Je suis convaincu que nous devons assumer nos responsabilités. Maurice a aujourd?hui un potentiel pour la formation de médecins spécialistes et d?infirmiers, c?est-à-dire la formation poste-basique. Il nous faut investir davantage dans ce créneau pour éviter que le pays ne se retrouve avec un manque aigu de spécialistes ou d?infirmiers spécialisés.
● <B>Vous formez aussi des infirmiers spécialisés ?</B>
Oui, certainement. Nous formons des médecins et du personnel paramédical ainsi que des « dispensers » pour les pharmacies des hôpitaux et des dispensaires. Nous formons non seulement pour Maurice, mais également pour les pays de la région ? les Seychelles, Madagascar, les Comores et Djibouti notamment. Ainsi, tous les infirmiers affectés au SAMU ont été formés par le Mauritius Institute of Health. C?est une formation régulière d?une année avec des formateurs locaux encadrés par des formateurs étrangers, principalement de l?université de Bordeaux. On commence dans quelques jours la formation d?infirmiers qui travailleront à l?Aids Unit du ministère de la Santé. Des infirmiers des Seychelles, des Comores et de Madagascar seront formés en même temps. Leur formation sera payée par la COI et ces infirmiers seront également en stage pratique à La Réunion, dans une unité spécialisée dans les soins aux séropositifs et sidéens.
● <B>Le pays manque d?infirmiers aux unités de soins intensifs. Ils ont été formés sur le tas et doivent parfaire leurs connaissances. Est-ce vrai ?</B>
Nous avons formé des infirmiers pour les salles de réanimation et de soins intensifs. Cette formation a été assurée il y a un certain temps. Pour les infirmiers du SAMU, la formation est régulièrement organisée alors que ce n?est pas le cas pour ceux affectés aux soins intensifs.
● <B> Six cardiologues dont la formation a été assurée par votre programme rentrent au pays en octobre ?</B>
Oui, Ils ont été envoyés à Bordeaux pour une formation de deux ans après leurs deux premières années de formation à Maurice. Ils avaient été choisis après un concours parmi des médecins généralistes du ministère de la Santé. Après les deux années de formation pratique et théorique au Mauritius Insititute of Health par des professeurs de Bordeaux, ils ont passé un examen pour poursuivre deux autres années d?études là-bas.
Nous organisons dans quelques jours un examen pour la formation de huit anesthésistes et huit spécialistes en médecine interne. Cette spécialisation est la priorité du ministère de la Santé et évitera que le pays ne se retrouve en situation de manque dans ces spécialités. Ceux qui se classeront aux examens suivront trois années de cours théoriques et pratiques à Maurice avec l?aide des professeurs de Bordeaux et ensuite une année à Bordeaux s?ils sont reçus aux exames de fin de troisième année à Maurice.
● <B> Combien de spécialistes avez-vous formé jusqu?ici ?</B>
Presque une cinquantaine depuis que nous avons commencé ces programmes post-basiques en 1999. Je dois vous dire que nous avons cherché à donner des formations crédibles.
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