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Manifestation Souchon contre film ?cochons?

8 mars 2006, 00:00

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Notre actualité de ce début de mars 2006 fait la part belle à la diffusion galopante d?un clip qualifié de porno et mettant en scène une mineure, brillante collégienne, et quatre partenaires masculins. On s?amuse, on s?ébat, on s?envoie en l?air, on se filme et cela fait le tour de l?île. L?éducation élitiste et la police pas toujours brutale s?émeuvent. Pas assez vite pour intercepter un acteur avant son départ. Notre police ne sait pas que l?hôtel du gouvernement flambe, qui a tué Ramlugon, qu?il y avait une pellicule non développée dans l?appareil photographique de Vanessa Lagesse, que le portail du Réduit est une passoire. En revanche, le clip porno n?aura aucun secret pour elle. Parole de policier. Cochon qui s?en dédit.

Au début de mars 1981, le porno occupe déjà le devant de la scène. Mais sous une forme moins mobile. Pas de clip porno mais des affiches les plus salaces, annonçant, au vu et au su de tous, enfants compris, les titres les plus suggestifs qu?étayent les détails les plus scabreux du scénario.

Pas la peine de se voiler la face. Le cinéma se meurt en 1981, victime des coups de boutoir d?une télévision qui n?est pourtant pas encore satellitaire ni à péage. Les salles ferment les unes après les autres. Certaines deviennent des usines manufacturières. D?autres flambent et ne sont pas reconstruites comme le cinéma des Familles, rue Mère-Barthélemy. Le porno maintient en vie quelques salles bien particulières. Soupape de sécurité, assurent quelques représentants de l?ordre public. Plus question d?importer des nouveaux films. On repasse les mêmes, en changeant les titres et en mélangeant les bobines, pour donner le change. Entre propriétaires de salle, censeurs et policiers, c?est le jeu du chat et de la souris. Anastasis manie lourdement les ciseaux. Aux proprios de recoller les morceaux. Les policiers ne sont pas des experts en montage pelliculaire. On se refuse de priver de son gagne-pain un ti-dimoune, dont le seul crime est de ne pas fermer une salle de cinéma. La société mauricienne s?accommode aisément de cette situation indécente et offensante pour les bonnes m?urs. Tout le monde accepte sans sourciller. Mais pas Henri Souchon.

Pressé par des paroissiens, il décide de passer à l?action. Un paroissien pas satisfait de la prolifération du porno, ça va. Dix paroissiens mécontents, passe encore. Mais cent, mais mille et davantage : bonjour les dégâts ! Henri Souchon en tête, les forces vives de la paroisse de l?Immaculée-Conception défilent dans les rues du Ward IV, manifestant contre les salles recourant aux films cochons. Elles collent des affiches, stigmatisant ce genre de projections. Films cossons nous pas lé ! Décaméron interdit ! Respectez nos religions ! La police accourt et prend, curieusement, la défense des pornographes.

Henri Souchon ne craint rien. Ses gardes du corps l?accompagnent. Jacques Harel pour la dissuasion. Philippe Goupille pour la diplomatie et les négociations. Il apprend aux policiers médusés que Seewoosagur Ramgoolam vient de promettre à Mgr Margéot qu?il fera arrêter les projections des films cochons. Mais il y a loin des promesses à leur réalisation. La police ne va quand même pas conseiller aux manifestants de se méfier des promesses travaillistes. La situation devient cornélienne pour nos pandores. Si vraiment Ramgoolam est allergique aux films cochons, la police doit soutenir la manifestation Souchon et non plus les films cochons. Mais si Ramgoolam fait des promesses en l?air, les films cochons ont encore des beaux jours devant eux. Pas facile de faire la police dans un pays aussi complexe. Et comment faire taire ce Père Souchon qui, mégaphone aidant, multiplie les sermons sur le thème : ?L?île Maurice est déjà un dépotoir. Pourquoi la salir davantage avec des films cochons ??

Paul Fleuriau-Château, au nom du ?Mouvement pour un meilleur cinéma? entre en action? civique. Pour ce comité, la pornographie la plus répréhensible est celle qui s?attaque lâchement aux religions, à qui les réalisateurs des films cochons n?offrent pas l?occasion de se défendre. Il veut savoir comment la censure et notre police, payées par les contribuables, peuvent autoriser la diffusion de films bafouant les religions et les personnes consacrées. Pas tousse banne relizions, susurre pourtant Seewoosagur. La police explique d?un air penaud qu?il faut, paraît-il, qu?un membre du public dépose une plainte contre la diffusion d?un film porno pour qu?elle puisse agir et éventuellement prendre action si la plainte est fondée. Le flagrant délit ? Elle connaît pas. Flagrant délire convient davantage à une situation aussi ubuesque.

La censure est une passoire, composée de 225 personnes, désignées par le bureau du Premier ministre. Il suffit de désigner les moins pornophobes d?entre eux pour que le Décaméron ne soit pas interdit, par exemple. Les pornophobes les plus agressifs n?ont plus qu?à aller censurer les dessins animés et autres films pour enfants, sinon nourrissons. Une pétition du Mouvement pour un Meilleur Cinéma a pourtant recueilli 100 000 signatures. Cent mille personnes disant ?Non ! aux films cochons? peuvent-elles retenir l?attention du ministère de l?Intérieur et de notre police ? Si encore ces signatures étaient des plaintes ! SSR promet un comité ad hoc pour amender la Cinematograph Ordinance. Des mots ! Rien que des mots ! Toujours des mots ! Le projet de loi serait prêt. Malheureusement l?Assemblée législative est en vacances. Et pendant ce temps, les films cochons bafouent la religion, que cela plaise ou non à Henri Souchon.

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