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Manda Boolell : la MBC ne sait pas se servir de sa liberté

20 septembre 2006, 20:00

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En ces jours où l’Hôtel du GM peste contre les abus allégués de la liberté de la presse et de l’irresponsabilité, dont pourraient faire preuve des journalistes-prostituées sinon diaboliques, il est plaisant et agréable d’entendre une de nos meilleures journalistes, Manda Boolell, proclamer que les employés de la Mauritius Broadcasting Corporation (techniciens comme journalistes) ne savent pas utiliser la liberté dont ils disposent. Reste à savoir si la nouvelle direction de la rue Pasteur, incarnée par deux de ses confrères, à savoir Bhijaye Madhou et Fareed Jangheerkhan, sont, aujourd’hui, du même avis que leur consoeur.

A la mi-septembre 1981, Manda Boolell compte déjà une quinzaine d’années de service à la MBC/TV. Elle se sent pourtant autorisée de déplorer que ses collègues sont, dans une grande mesure, parvenus “au drame de l’autocensure”.

Elle ne rédige certes pas le journal télévisé, l’objet de toutes les attentions de la plupart des ministres de tous les gouvernements qui se sont succédé à la tête du pays, depuis l’introduction de la télévision à Maurice en 1965. Elle se sent, en revanche, libre, entièrement libre, de faire ce qu’elle veut, dans ses reportages et entretiens radiodiffusés ou télévisés. Elle déplore que trop de journalistes à la rue Pasteur pensent que les ministres voudraient leur entendre dire ceci ou cela et, dociles, ils s’exécutent sans même avoir obtenu la confirmation que la réalité et les relations ministres-journalistes de la radio-télévision correspondent exactement à leurs craintes et appréhensions.

Pas de question de ce genre pour elle. Au contraire, le plaisir de pouvoir faire ce qui lui plaît même si elle confesse quelques mésaventures malheureuses. Elle sait tirer parti judicieusement des libertés à sa disposition ou qu’elle conquiert. Il suffit d’assumer ses responsabilités et de veiller à ce que le résultat final l’emporte substantiellement sur les risques encourus. Il est vrai qu’elle sait pouvoir compter sur l’intelligence et le discernement d’un directeur général du calibre de Jean Delaître, peu disposé à se laisser dicter sa conduite et celle de ses subalternes par un ministre né de la dernière pluie, surtout s’il s’agit d’un transfuge, connu pour ses frasques politiques et policières. En bon matou, il sait hérisser sa moustache et sortir ses griffes dès que l’Hôtel du GM menace de piétiner ses prérogatives, sans l’aval du bureau du Premier ministre. C’est qu’il a été député de Quatre-Bornes de 1959 à 1963 quand quelques-uns des ministres de 1976-82 usaient encore leur fond de culotte sur des bancs d’école

Manda Boolell confesse que tout interviewer ne doit jamais prendre les membres du public pour des idiots. Ils savent déjà les questions à poser. Si elles ne le sont pas par lâcheté ou par accomodation abusive, ils sont déçus et zappent sur l’ennemi, RFO-Réunion, suprême honte – espérons-le, aujourd’hui encore – pour tout employé digne de ce nom de notre MBC. Manda précise : on peut dire mille choses à la télévision. Il suffit de savoir le dire. Le geste qu’il faut, un sourire ironique et voilà le public et les rieurs du côté de la presse et les gouvernants sur la sellette, sinon au pilori.

Elle sait que tout gouvernement, connaissant le pouvoir médiatique de la radio et de la télévision, s’efforcera d’en user, d’en abuser et même de le contrôler à son bénéfice exclusif. Aux journalistes de se montrer plus intelligents et plus rusés que le pouvoir autoritaire, sinon absolu, quand il n’est pas, plus sinistrement, policier. Elle regrette – et elle est loin d’être la seule – que le gouvernement, dans son ensemble, et chaque ministère, en particulier, ne sache pas mieux que cela utiliser à bon escient cet outil incomparable qu’est la télévision. Elle professe qu’un ministre à la télévision ne sert pas uniquement à couper des rubans inauguraux ni à se faire enguirlander béatement. “Il y a des choses à dire et qu’ils ne disent pas”, regrette-t-elle. Les journalistes de la MBC doivent demeurer des professionnels de la communication, au service de la population et non à la solde d’un parti politique, au pouvoir, pendant un lustre donné, à la solde de simples locataires de l’Hôtel du GM.

Manda Boolell récuse le label de championne du féminisme que son interviewer, Alain Gordon-Gentil, veut lui octroyer, à la mi-septembre 1981. Elle entend défendre la femme mais pas le féminisme. Les deux causes ne sont pas obligatoirement compatibles. Pas facile pour une femme de travailler comme journaliste, à la MBC ou dans un journal. Elle doit, quand il le faut, travailler jusqu’à des heures indues, loin de son époux et de ses enfants. Les rumeurs vont alors bon train. Preuve s’il s’en faut que même les journalistes, surtout femmes, n’échappent pas à “l’indistri palab” qui obsède Rashid Beebeejaun. Manda ne craint pas les rumeurs. Elle déplore toutefois que des personnes, qu’elle pensait plus intelligentes, y prêtent foi et les colportent autour d’elles. Cela la stupéfie.

Elle est vivement encouragée, en début de carrière, par Padma Ghurburrun, une de nos speakerines les plus populaires et les plus sympathiques. Elle l’aide à surmonter les premiers chocs émotionnels et professionnels. En début de carrière, on admet difficilement que des personnes, vous connaissant à peine, sinon pour vous voir apparaître sur l’écran de leur téléviseur, puissent vous juger aussi sévèrement et sur de simples a priori. En attendant le rêve d’une jeune fille en fleur devient davantage réalité, à chaque apparition devant les caméras, à chaque intervention devant un micro. Manda s’accroche car, au bout de l’écoute, au bout de l’image, il y a un public avide de dialogue, d’écoute, de partage, de communion. Elle n’entend pas le décevoir.

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